[DOSSIER] L'assurance face au Brexit (E-dossier) 4/8

Les assureurs britanniques vent debout contre le Brexit

Les assureurs britanniques vent debout contre le Brexit
Fotolia

Le secteur de l’assurance britannique reste convaincu de l’importance du maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Très coûteux, un Brexit resterait néanmoins supportable.

Brexit ou pas Brexit ? La date du référendum sur la question du maintien ou pas du Royaume-Uni dans l’UE a été fixée au 23 juin prochain. Et depuis le lancement de la campagne fin février, la vie est désormais rythmée outre-Manche par les prises de position des partisans d’un maintien, dont font partie le Premier ministre conservateur David Cameron, et le camp des détracteurs qu’a rejoint le tonitruant maire de Londres, Boris Johnson. Si les sondages continuent à jouer au coude-à-coude, les études des économistes, des plus eurosceptiques aux plus euro­philes, sont presque unani­mes à dénoncer les dégâts que pourraient occasionner une sortie. La croissance du Royaume-Uni pourrait ainsi en pâtir, selon HSBC, la croissance du PIB pourrait être entre 1 et 1,5 point de pourcentage plus faible au milieu de l’année prochaine, ce qui aurait tout simplement pour effet de réduire de moitié la prévision de 2,3 % réalisée par la banque pour l’an prochain. Le déclin des investissements étrangers tout comme l’impact sur la devise britannique sont aussi régulièrement cités parmi les conséquences négatives d’une sortie. Au total, selon une étude commandée par le patronat britannique, le Brexit pourrait coûter 100 Md£ à l’économie britannique. Preuve de l’importance de cette question, la City, relativement silencieuse depuis la crise, est sortie de sa réserve. D’une seule voix ou presque, les géants de l’assurance britannique, à l’image des grandes banques d’investissement internationales, se sont manifestés pour soutenir le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne.

  • Le passeport européen
    Le passeport européen permet à une société établie dans un pays de l’Espace économique européen de proposer ses services et produits dans l’ensemble des pays membres sans y être établie.
  • Le royaume-uni
    Le Royaume-Uni est le premier marché européen de l’industrie des produits d’épargne à long terme.

Le Lloyd’s prend parti

Lors d’un discours récent, Sean McGovern, responsable du risque au sein du Lloyd’s of London, résu­mait les trois avantages impor­tants de l’adhésion du Royaume-Uni dans l’UE du point de vue du marché de l’assurance : « Cela offre un accès au marché unique, encourage l’investissement direct étranger et facilite le commerce avec des pays à l’extérieur à l’UE ». Une sortie totale de l’UE affaiblirait le marché de l’assurance londonien, qui souscrit quelque 6 Md£ de primes provenant de l’UE. « La distribution et la structure de notre gestionnaire d’actifs M&G ainsi que sa base de clients sont en Europe. Il est dans notre intérêt que le Royaume-Uni reste dans l’UE » soulignait Mike Wells, direc­teur général de Prudential, à l’occasion de la publication des résultats annuels du groupe. Mais pour Pruden­tial tout comme pour Standard Life, l’effet d’un Brexit – dont ils ne veulent pas – resterait supportable. Sir Gerry Grimstone, président de Standard Life mettait ainsi en évidence que l’Europe continentale constituait une faible partie de ses activités, couvrant un peu plus d’un cinquième des reve­nus du groupe. L’Euro­pe repré­sente aussi 17 % des nouvelles affaires de l’assureur. L’unanimité des assureurs britanniques face à la question du Brexit s’expli­que donc principalement par l’importance de préserver le passeport européen. Ce sésame permet aux assureurs britanniques de vendre leurs produits et services dans d’autres pays de l’Union européenne sans l’obligation d’établir une filiale dans chacun des pays où ils souscrivent des activités. Les analys­tes s’accordent à penser que sa disparition pourrait occasionner des coûts supplémentaires pour le secteur, contraint de mettre en place des filiales domiciliées dans des pays de l’Union européenne afin de pouvoir poursui­vre la souscription d’affaires dans ces pays. La mise en place de ces entités pourrait ainsi s’accompagner de nouvelles exigences en matière de back-office ainsi que de nouveaux impératifs réglementaires. « Un Brexit, s’il se matérialisait, s’accompagnerait d’une période de négociations de deux ans qui pourrait potentiellement conduire à la perte du passe­port européen », expli­que ainsi Mark Nicholson, analyste assurance auprès de l’agence de notation de crédit S&P, « c’est pourquoi l’incertitude actuelle empêche les directeurs généraux des assureurs britanniques de donner un chiffre de coûts précis. Mais il est évident que ces coûts varieront en fonction de la structu­re de ces assureurs ».

33 % Part de marché de l’assurance européenne. Ce marché est le plus important dans le monde, avec des primes de 1 400 Md€.

Conserver son passeport

Pour S&P, ces coûts additionnels, sans doute lourds à porter, ne seraient pas de nature à transformer le secteur de l’assurance outre-Manche : « Du point de vue de la notation de crédit, une filiale nécessiterait cependant sa propre notation ce qui ne serait pas le cas d’une succursale. Et il est également possible qu’une petite filiale étrangère ne partage pas la même note que sa maison-mère alors que ce serait le cas pour une succur­sale » poursuit Mark Nichol­son. Les experts ne croient cependant pas à la possibilité pour le secteur de perdre complè­tement ses droits au passe­port européen. Sans, pour autant, que les solutions alternati­ves donnent pleinement satisfaction : « Si le Royaume-Uni reste dans l’Espace économique éuropéen et est soumis à la réglementation européenne mais dispo­se de moins d’influence dans les négociations, cela pourrait être tout à fait dommageable à l’indus­trie de l’assurance outre-Manche », explique Catherine Thomas, directrice au sein de l’agence de notation AM Best. « Par exemple, les assureurs-vie britanniques sont parvenus à négocier des aménagements de la directive Solvabilité 2 au sujet des garanties de long terme, qui constituent une large partie de leurs activités ». L’absence du Royaume-Uni à la table des négo­ciations inquiète d’ores et déjà les assureurs. Tout comme les incertitudes qui risquent de se poser sur le plan réglementaire : une sortie de l’UE signifierait-elle un détricotage des réglemen­tations déjà mises en place dans le cadre européen ? Peu probable, estime Mark Nichol­son : « Les assureurs basés au Royaume-Uni seraient amenés à continuer à suivre les recomman­dations de Solvabilité 2 ou équivalents. Nous ne prévoyons pas modifications substan­tielles dans ce domaine ». En l’absence de certitude sur le résultat du référendum et de l’issue des négo­ciations, l’assurance britanni­que n’a plus qu’à garder son flegme.

Sébastien Gros, associé chez Hogan Lovells
« Après le Brexit, les options restent ouvertes »

  • Quelle serait la meilleure alternative pour les assureurs britanniques en cas de Brexit ?
    Une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) pourrait signifier la fin de la licence unique et une rupture brutale de l’accès aux 27 pays de l’UE pour les assureurs basés au Royaume-Uni. De la même manière, les assureurs basés dans l’UE ne pourraient plus jouir du passeport européen au Royaume-Uni. L’absence de certitude actuelle sur l’issue d’éventuelles négociations post-Brexit rend toute hypothèse difficile. Néanmoins, l’extension au Royaume-Uni des dispositions applicables aux États membres de l’espace économique européen est le seul scénario permettant à l’heure actuelle de conserver partiellement les droits attachés au passeport européen.
  • Quelles pourraient être les solutions de contournement du Brexit pour les assureurs situés des deux côtés de la Manche ?
    Un assureur anglais souhaitant continuer à exercer ses activités en Europe n’aurait pour seul recours que de créer une filiale au sein de l’un des pays de l’UE à partir duquel il pourrait passeporter dans d’autres pays de l’UE. Dans le cas des assureurs basés dans l’un des pays de l’UE, ces derniers pourraient se limiter à ouvrir une succursale au Royaume-Uni, qui aurait vocation à exercer uniquement dans ce pays.
  • Quel impact le Brexit pourrait-il avoir sur les rachats dans le secteur de l’assurance ?
    Londres attire déjà beaucoup d’assureurs en provenance d’Europe continentale. L’hypothèse d’un Brexit laisse envisager plusieurs scénarios : les assureurs européens pourraient très bien ouvrir une succursale en lieu et place du rachat d’un opérateur sur place. Cependant, le rachat d’un assureur local leur permettrait d’éviter de demander un agrément qu’ils devront nécessairement obtenir pour exercer au Royaume-Uni. Les options restent donc ouvertes.
    Propos recueillis par s. s.

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

- Travaux de rénovation du salon du Centre Culturel Jean Ferrat

Ville de Ruelle sur Touvre

24 mai

16 - Ruelle-sur-Touvre

Rectorat-Nancy-Metz-Daf-2018-Assurances.

Rectorat de l'Académie de Nancy

24 mai

54 - NANCY

Marché de conseil et d'assistance financière pour la Communauté d'agglomération de ...

Communauté d'Agglomération de Cergy Pontoise

24 mai

95 - CERGY

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Les assureurs britanniques vent debout contre le Brexit

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié