Les multiples enjeux d'une réelle déconnexion

Les multiples enjeux d'une réelle déconnexion
Getty images 77?% des cadres consultent
leurs communications professionnelles en
dehors des heures de travail.

La connexion permanente des salariés s’avère tout aussi néfaste pour leur santé que pour l’entreprise. Dans l’assurance, les actions destinées à réguler l’usage des mails et des smartphones se font encore rares...

Difficile de résister à la tentation de regarder ses mails le soir, le week-end et pendant les vacances. Que ce soit par conscience professionnelle ou par pression managériale, de nombreux salariés restent connectés à leur entreprise après leur sortie du bureau. Selon une étude de l’Ifop pour Securex, spécialiste de la gestion du capital humain en entre­prise, 77 % des cadres consultent leurs communications professionnelles en dehors des heures de travail. « L’essor des nouvelles technologies a fait exploser la notion de temps de travail. Les salariés sont de plus en plus sollicités le soir et le week-end. Dans le secteur de l’assurance, les professionnels doivent être disponibles et réactifs en permanence pour répon­dre aux demandes des clients et des managers », constate Thierry Tisserand, secrétaire national de la CFDT banques et assurances. En période de crise, beaucoup se surengagent dans leur emploi et travaillent de chez eux de peur de ne pas être au niveau.

Sensibiliser aux bonnes pratiques

Cependant, cette hyperconnection représente un danger autant pour l’équilibre entre la vie profes-sionnelle et la vie personnelle que pour la santé… Le revers de la médaille peut être très lourd. « Les salariés ne prennent plus de distances avec leurs activités professionnelles. Ce surménage est contre-productif. Il peut conduire à certains risques psychosociaux, comme le burn-out », avertit Vincent Mandinaud, chargé de mission à l’Agence natio­nale pour les conditions de travail (Anact). Entre les arrêts maladies liés à une trop forte pression et une baisse de la productivité, l’activité même, n’est pas épargnée. « La connexion permanente impacte la performance et la qualité du travail. Sans cesse interrompus par les mails et les appels téléphoniques, les salariés doivent se concentrer davantage pour réaliser leurs tâches qui sont de plus en plus fragmentées », explique Magali Prost, enseignante-chercheuse à l’université Paris X spécia­lisée en psychologie du travail.

Conscientes de ces difficultés, les entreprises commencent à se pencher doucement sur le droit à la déconnexion. Blocage des serveurs le soir et le week-end, journées sans mails, charte du bon usage des outils de communication, envoi différé des messages … des initiatives voient le jour pour réguler les usages digitaux. Mais celles-ci sont rares dans l’assurance comme ailleurs. Axa France, qui a intégré le droit à la déconnexion dans son accord d’avril 2016 sur les principes de développement de nouvelles formes d’orga­nisation du travail, mise sur la formation et la sensibilisation des managers et des salariés aux bonnes pratiques du numérique. Parmi lesquelles, éviter de solliciter les collaborateurs par mail, appels téléphoniques, SMS hors des heures de bureau et tenir compte des plages horaires avant de contacter un salarié qui travail­le à distance. « Dans un groupe international, il est impossible de couper les messageries électroniques. Les salariés risqueraient d’utiliser leurs boîtes person­nelles pour communiquer ce qui nuirait à la sécurité des données. Axa privilégie la responsabilisation des utilisateurs. Le droit à la déconnexion demande un effort conjoint des collaborateurs et de l’entreprise. Sur ce point, l’exemplarité des managers est essentielle », insiste Sibylle Quéré-Becker, direc­teur du développement social d’Axa France.

Avec sa charte « Les six règles d’une communication moderne et effica­ce qui respecte le bien vivre ensemble », Allianz dissua­de, lui, ses collaborateurs d’envoyer des e-mails après 21 heures et le week-end, sauf en cas d’urgence. Il leur recomman­de aussi de privi­légier les réunions et le téléphone après plusieurs messages, de limiter aux personnes directement concernées l’envoi d’un courriel et d’oublier le plus possible l’option « répondre à tous ». Depuis 2013, les mails auraient ainsi fondu de 66 %. « Notre métier compor­te de nombreux cas, les inondations par exemple, où la disponibilité est nécessaire. Mais, pour être efficace, il est essentiel d’avoir un bon équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Les nouvelles technologies offrent aux salariés une souplesse dans l’organisation de leur agenda », souligne Virgine Fauvel, membre du comité exécutif d’Allianz France, en charge du digital et du market management.

Un droit consacré... mais flou

Inséré dans le code du travail, le droit à la déconnexion vise à « assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que de la vie personnelle et familiale ». À partir du 1er janvier 2017, l’article 55 de la loi El Khomry impose aux entreprises de plus de 50 salariés de négocier sur ce sujet lors des négociations annuelles obligatoires sur l’égalité professionnelle et la qualité de vie au travail. « La loi reste floue, elle n’édicte pas de règles à appliquer de façon uniforme », indique Emmanuel Nevière, avocat en droit social. Faute d’accord, les employeurs devront élaborer une charte après consultation. Celle-ci définira les modalités de l’exercice de ce droit et prévoira des actions de formation et de sensibilisation à l’usage raisonné des outils numériques pour tous. « La charte devra être affichée dans l’entreprise. Elle pourra être accessible sur l’Intranet ou remise au salarié en annexe du contrat de travail », conseille Emmanuel Nevière. Aucune sanction spécifique n’est prévue.

Mails et repos

Les actions pourraient se développer avec les nouvelles dispositions de la loi El Khomry. Sans oublier que les employeurs ont la responsabilité d’assurer la santé physique et mentale de leurs salariés, mais aussi l’obligation de respecter la durée de repos minimale (11 heures quotidiennes et 35 heures hebdomadaires pour les cadres au forfait jours) et l’articulation des temps de vie. « L’envoi de mails professionnels, durant les repos des salariés, avec obligation d’y répondre est considéré comme du temps de travail, prévient Patrick Thiébart, avocat en droit social au sein du cabinet Jeantet. La convention de forfait jours pourra alors être considérée comme n’ayant pas été exécutée de bonne foi et être annulée par le juge. Le cadre basculera dans le régime des 35 heures. Il sera alors en droit de réclamer le paiement de ses heures supplémentaires. »

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Prestations de services en assurances.

Ville de Caluire et Cuire

19 mai

69 - CALUIRE ET CUIRE

Prestations de service d'assurances diverses

Ville de St Gervais les Bains

19 mai

74 - ST GERVAIS LES BAINS

Prestations d'assurance.

Centre hospitalier Pierre Oudot

19 mai

38 - BOURGOIN JALLIEU

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Les multiples enjeux d'une réelle déconnexion

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié