« Les taux de rendement vont baisser, c'est mécanique »

Stéphane Dedeyan fait preuve d'un optimisme sans faille pour l'assurance vie, malgré la baisse des taux. Il apporte des réserves envers le projet de loi « Lagarde » sur la régulation bancaire et financière et revient aussi sur l'important travail d'amélioration de son back-office, encore peu perçu par les CGPI.

Que vous inspire la baisse des taux actuelle ?

C'est une donnée de marché qui s'impose à tout le monde. Comme nous avons été très économes dans la consommation de notre provision pour participation aux excédents, nous nous sentons assez armés pour faire face à cette baisse des taux longs. Il est clair, au niveau du marché, que les taux de rendements vont baisser, c'est mécanique.

Néanmoins, le contrat d'assurance vie reste le placement le plus intéressant. Le mécanisme de construction de la participation aux bénéfices fait que vous bénéficiez de l'historique de taux auparavant plus élevé. Quand vous comparez cet historique aux taux obligataires actuels, vous avez un différentiel positif. Après, si, par exemple, vous considérez aujourd'hui qu'il y a durablement du rendement financier à aller chercher sur les pays asiatiques, vous investissez au sein du même contrat dans une unité de compte marché émergents. Quel autre produit d'épargne offre toutes ces caractéristiques ? Aucun.

Le « business model » des assureurs vie ne doit-il pas être revu ?

L'univers de notre métier a changé. Le changement de business model consiste, entre autres, à être plus économe de ses réserves, à développer les unités de compte, à considérer que le produit en tant que tel est moins important qu'entouré de services en matière d'allocation d'actifs ou de services en ligne. Nos offres doivent s'adapter en temps réel à une conjoncture plus mouvante. Chez Generali, cela fait un moment que nous nous y préparons.

La nouvelle réglementation sur les taux garantis va-t-elle vous brider ?

De gré ou de force, tout le monde avait fini par en proposer. Le fait que la réglementation soit venue normaliser cette pratique est une très bonne chose. Mais ce qui est certain, c'est que, combiné à la baisse des taux longs, cela va amoindrir les capacités des acteurs à faire la différence par les taux de participation aux bénéfices. De mon point de vue, cela va inverser un peu la hiérarchie des facteurs de sélection : les dimensions d'innovation, de connaissance des clients, de service autour du produit et de qualité de gestion vont reprendre leurs lettres de noblesse.

Pensez-vous vous lancer un jour dans les contrats à annuités variables ?

Nous faisons partie de ceux qui pensent qu'il n'y a pas de fenêtre de tir pour lancer ce type d'offres. Néanmoins, cela fait trois ans que nous nous y intéressons, et nous avons un projet dans les cartons, mais quand vous voyez la volatilité actuelle des marchés, cette garantie a forcément un coup élevé. Soit vous prenez ce coût en charge en tant qu'assureur, mais dans ce cas, c'est votre potentiel de solvabilité qui peut être en jeu, soit vous le faites payer par le client, qui, du coup, ne l'achètera pas. Les conditions ne sont aujourd'hui pas remplies, donc notre projet reste pour l'instant dans les cartons.

Approuvez-vous les dispositions inscrites dans le projet de loi « Lagarde » sur la régulation bancaire et financière concernant l'appellation de CGP et l'inscription à un registre unique ?

Il y a une demande de clarification autour de la notion de conseil en gestion de patrimoine (CGP), notamment indépendant. Il ne m'appartient pas de juger si cela doit plutôt être un statut ou une appellation, mais réfléchir à donner une existence officielle à cette profession me paraît extrêmement important. C'est un vrai métier, dans lequel on combine de nombreux savoir-faire. Maintenant, il ne faut pas tout confondre. Les métiers de la banque et de l'assurance ne sont pas fongibles. Ce sont bien deux métiers différents, et c'est d'ailleurs bien pour cela qu'il existe deux collèges distincts au sein de l'Autorité de contrôle prudentiel. Il faut veiller à conserver les spécificités de chacun.

Comment votre activité CGPI s'est-elle portée cette année ?

Le marché a vécu des périodes de troubles financiers importants. Les CGPI ont eu la capacité de s'adapter à la conjoncture et d'apporter une valeur ajoutée à leurs clients. C'est pour cela qu'ils seront toujours un axe stratégique majeur pour nous. Ils sont un invariant de notre stratégie en épargne.

Comment expliquez-vous que votre back-office fasse l'objet de la vindicte de nombreux CGPI ?

Depuis quatre ans, nous avons mené une politique d'amélioration de notre back-office sur trois axes : l'axe ressources humaines, avec la professionnalisation de nos équipes, l'axe système d'information, avec la fiabilisation et l'automatisation de tout ce qui peut l'être, et l'axe organisation et processus. Quand vous voulez juger de la qualité d'un back-office, il faut prendre en compte la taille de ce que vous gérez et le niveau de personnalisation que vous êtes capable d'apporter. Nous, nous avons un important back-office, avec une grande personnalisation. Depuis un an, l'innovation a aussi consisté à segmenter nos équipes par type de partenaires, afin de conserver un haut degré de personnalisation, tout en mettant en commun ce qui pouvait l'être. Nous sommes fondamentalement sur une tendance à l'amélioration, qui commence à être perçue par nos partenaires. Le niveau des stocks a été divisé par deux et le niveau des dossiers dépassant deux semaines par quatre. Toutefois, avant que cela devienne une réalité totalement perçue par le marché, cela va prendre encore un peu de temps.

Comment se sont portés vos partenaires banques privées ?

Je trouve très positif le retour vers les unités de compte, notamment lié au fait que nous avons su construire avec les banques privées des unités de compte structurées ou à fenêtre et développer la gestion pilotée. Au global, pour Generali, la progression de la part des unités de compte est de l'ordre de cinq points, et d'une dizaine de points pour la partie CGPI, Internet et banques privées. Par ailleurs, la capacité de ces dernières à proposer à leurs clients des offres en architecture ouverte reste un atout fondamental. Concernant les grands comptes, nous avons entre quatre et sept nouveaux partenaires par an. Et nous sommes capables de soutenir un rythme de lancement de l'ordre de cent à cent vingt nouveaux produits ou mises à niveau de produits existants chaque année.

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