Mutualité Française : les challenges du nouveau président

Mutualité Française : les challenges du nouveau président
NATHANAEL MERGUI/FNMF

Une Mutualité plus offensive, plus agile et plus économe. C’est le défi qui attend Thierry Beaudet, qui vient de succéder à Étienne Caniard à la tête de la Fédération nationale de la Mutualité française.

Cette fois, il n’y aura pas eu de huées. Contrairement à ­Marisol Touraine, dont ­l’arrivée au congrès de Nantes de juin 2015 avait été chahutée, le Premier ministre Manuel Valls a été sagement accueilli à l’assemblée générale de la Fédération nationale de la Mutualité Française du 23 juin dernier. Mais les propos du président sortant, et peut-être encore plus de son successeur, n’en ont pas moins été rudes envers les réformes menées par le gouvernement depuis 2012.

Des réformes critiquées

Étienne Caniard a ainsi cité la ­récente contribution de l’Igas sur la complémentaire santé qui « pointe les risques liés à l’accentuation de la segmentation du fait des récentes réformes, l’ANI et les “contrats seniors”, comme nous le répétons inlassablement, souvent écoutés avec attention, mais rarement entendus ». Seul candidat, Thierry Beaudet, élu par 87 % des délégués, s’est montré encore plus critique sur le projet de crédit d’impôt pour les plus de 65 ans : « Le cadre proposé est inadéquat et intenable économiquement. Nous ne pouvons l’accepter. »

Une forme de réponse à tous les mutualistes qui considèrent que le mouvement n’a pas été suffisamment incisif face au gouvernement, qui a notamment promu une généralisation de la complémentaire santé à rebours des idées défendues par les mutuelles. Et un changement de ton qui va dans le sens des évolutions souhaitées par le nouveau président. Thierry Beaudet a évidemment été largement impliqué dans le chantier de la réforme de la fédération ouvert au congrès de Nantes. Depuis sa candidature officielle, il pousse le concept d’un vrai syndicat professionnel en capacité de défendre le modèle mutualiste et les intérêts économiques de ses membres.

Selon le rapport Réflexions sur les missions et l’organisation des structures fédérales, que L’Argus de l’assurance s’est procuré, document discuté en assemblée générale, ce rôle « oblige à instaurer un rapport de force avec ces interlocuteurs. [...] La mission de fédération professionnelle impose des prises de position assumées vis-à-vis des pouvoirs publics, au risque d’exprimer des désaccords. » C’est le cas sur le terrain de la contractualisation en santé. Alors même que la Mutualité Française a incité à l’association des complémentaires aux négociations entre l’assurance maladie et les professionnels de santé, elle envisage aujourd’hui une « stratégie de négo­ciation conventionnelle bipartite ». Thierry Beaudet a d’ailleurs annoncé que « dans les prochains mois », il demanderait « à rencontrer les syndicats de professionnels de santé ». Considérant que la « capacité [des complémentaires] à influer sur la négociation pilotée par l’assurance maladie obligatoire est extrêmement faible, voire nulle », la Mutualité tire quasiment un trait sur l’Unocam où elle siège aux côtés du CTip et de la FFSA, proposant de donner à cette union « une dimension essentiellement de coordination technique ».

Bref, l’objectif est de bâtir une Mutualité Française plus autonome, plus offensive, qui intervienne « au-delà de la prise en charge des frais médicaux » sur des sujets de sociétés et de santé publique et se positionne comme « le lieu de rassemblement des acteurs non lucratifs de la protection sociale ». Ce qui sonne comme une fin de non-recevoir aux appels du pied répétés de la récente Association des assureurs mutualistes (AAM) liée à la Fédération française de l’Assurance (FFA). Lors de son discours d’investiture, Thierry Beaudet a d’ailleurs déclaré : « La Fédération, c’est votre maison, no­tre maison, la maison ­commune. » Une maison qui se renforce également en souhaitant intégrer la fonction employeur, alors que la négociation de la CCN de la ­Mutualité est aujourd’hui du ressort de l’Ugem.

Des ambitions fortes… dans un contexte difficile

Le nombre de mutuelles est passé de 1 200 en 2005 à moins de 500 désormais et le mouvement de concentration se poursuit. Les finances sont contraintes : la diminution des cotisations fédérales enclenchée sous M. Caniard va se poursuivre sous M. Beaudet, soit une baisse de 25 % entre 2011 et 2019. Une tendance qui n’est pas sans déclencher des inquiétudes en interne (voir ci-contre). Pour faire mieux avec moins, la FNMF va devoir établir des priorités et faire des choix au-delà de ses ­missions-forces – acteur du mouvement social, fédération professionnelle et soutien des mutuelles. « Il paraît donc opportun de recenser les services, pour distinguer ceux qu’il faut maintenir au sein de la Fédération de ceux qui pourraient être repris par des tiers, mutualistes ou non », peut-on lire dans le ­rapport précité.

Le mouvement mutualiste doit aussi revoir sa gouvernance, afin de gagner en agilité. « Notre bon fonctionnement exige d’une part une capacité d’association large et en amont des mutuelles et unions dans leur diversité, et d’autre part une capacité de décision réactive et efficace », a précisé M. Beaudet. Là aussi une équation complexe à résoudre dans la mesure où les positions et intérêts sont loin d’être unanimes dans le mouvement mutualiste. Le rapport présenté à l’AG évoque la création d’un « conseil national des territoires » afin de refléter au mieux la représentativité des unions régionales, mais il souligne aussi la nécessité d’une cohérence entre les décisions des fédérations et celles prises par les mutuelles au sein des instances régionales, ­allant même jusqu’à évoquer des sanctions pour les réfractaires.

Le programme des premiers mois de mandat de Thierry Beaudet s’annonce donc chargé. Les journées de rentrée de septembre et plus encore les réunions inter­régionales d’octobre seront des étapes importantes sur ce chemin de la réforme, avant l’assemblée générale extra­ordinaire de décembre chargée d’entériner les évolutions d’organisations et de structures. Autant dire que Thierry Beaudet a un peu moins de 200 jours pour convaincre.

Un instit’ rue de Vaugirard

  • La tradition est maintenue. C’est encore un représentant d’une mutuelle de fonctionnaires qui devient président de la Mutualité Française. Âgé de 54 ans, Thierry Beaudet a débuté sa carrière comme instituteur. Engagé dans le tissu associatif de l’enseignement, ce natif de l’Orne devient directeur adjoint de la section MGEN du Calvados en 1998, avant d’être élu administrateur de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale en 2003. Six ans plus tard, il succède à Jean-Michel Laxalt à la présidence de la mutuelle, sans avoir occupé comme ce dernier de responsabilités syndicales.
  • Élu par 87 % des délégués, Thierry Beaudet sera le premier président de la FNMF, dont le siège est situé rue de Vaugirard, à Paris, à conserver la présidence de sa mutuelle. Une MGEN engagée avec Istya et Harmonie mutuelle dans la création d’un géant mutualiste.

 

Des salariés soucieux pour leur avenir

Comment faire mieux avec moins de moyens ? Si cette question taraude la direction de la FNMF, elle suscite également beaucoup d’inquiétudes du côté de ses salariés. « Nous étions 325 à travailler à la Mutualité Française en 2012, nous ne sommes plus que 285 aujourd’hui. De nombreux départs – que ce soit en retraite, suite à une démission ou une rupture conventionnelle – n’ont jamais été remplacés », indique Ricardo Saez, délégué syndical CFDT. Conscient que la fédération doit désormais se réorganiser pour continuer d’exister, le syndicat majoritaire de la FNMF craint toutefois que ce réaménagement se fasse au détriment des effectifs. « On entend qu’il faut réduire les coûts. Or, la masse salariale constitue aujourd’hui 53 % des coûts d’exploitation de la FNMF », s’alarme Ricardo Saez. À l’heure où nous rédigeons ces lignes, la CFDT devait faire parvenir à la direction de la Mutualité Française, le 1er juillet, une liste de propositions pour préserver l’emploi et améliorer la vie dans l’entreprise.

 

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