Pourquoi l'assurance mutualiste est partie pour durer ? (Fondapol)
Révolution numérique, transformations sociétales, comportement des consommateurs, bouleversements réglementaires constituent autant d’occasions de bousculer le modèle mutualiste comme mode d’entreprendre, par opposition aux sociétés de capitaux. Loin de l’affaiblir, ces défis pourraient bien conforter sa robustesse, selon les conclusions d’une étude du think tank Fondapol.

Le mouvement mutualiste, tel qu’il a émergé à la fin du XIXe siècle, serait-il devenu ringard à l’heure de l’économie collaborative, des transformations digitales et des nouvelles donnes réglementaires ? A cette question un brin provocatrice, le think thank progressiste et libéral Fondapol répond par la négative.
Un modèle peu agile ?
Dans une étude intitulée « Le mutualisme : répondre aux défis assurantiels », les deux co-auteurs, Arnaud Chneiweiss, secrétaire général du Gema et Stéphane Tisserand, responsable des affaires publiques du Gema et des relations institutionnelles de la Maif, s’interrogent sur la capacité des quelque 3000 mutuelles du Vieux Continent à relever ces défis : « Beaucoup en doutent, estimant que ce modèle d’entreprise fondé sur les personnes est trop contraignant, trop peu agile, trop national face aux sociétés de capitaux » Et les auteurs d’ajouter : « le modèle mutualiste a prouvé sa robustesse en traversant les crises. Il pourrait bien se révéler maintenant le plus utile à la cohésion de notre société ». Tour d’horizon des forces, défis et atout des assureurs mutualistes.
Les forces en présence
Les principales sociétés d’assurance mutuelle ont vu le jour entre les décennies 30 et 60 à l’instar de la Maif (1934), la GMF (1934), la Maaf (1950), la Macif (1960) et la Matmut (1961). D’abord organisées autour de la protection d’une corporation (agriculteurs, chauffeurs de taxis, instituteurs, artisans…), elles couvrent les risques incendies, accidents et risques divers (IARD). L’essor de l’automobile à partir des années 60 conforte leur implantation dans le paysage, dépassant ainsi leurs communautés affinitaires.
Aujourd’hui, les mutuelles d’assurance représentent :
- 60% du marché de l’assurance dommages en France
- 29,2 millions d’assurés en auto en France
- 5,3 millions d’assurés en assurance vie en France
- 50% des sociétés d’assurance en Europe et emploient 350 000 personnes
Au-delà de leur ancrage dans le paysage assurantiel français, les auteurs de l’étude arguent la résistance du modèle lors de la crise financière de 2008 : « Les entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) – dont font partie les mutuelles d’assurance – sont restées solides. Elles n’ont pas demandé un euro au contribuable pour les aider. »
Depuis dix ans, le secteur de l’ESS (tous secteurs confondus) a créé 440 000 emplois là où 750 000 ont été détruits dans l’industrie. Mieux, l’ESS devrait créer 600 000 nouveaux emplois d’ici à 2020.
Les défis des assureurs mutualistes
Les auteurs en détaillent trois principaux :
- L’émergence de nouveaux acteurs dont les bancassureurs (33% du marché vie et non vie), et les comparateurs d’assurance (vecteurs de moins de 10% du nombre de souscriptions des contrats d’assurance dommages, selon le Comité consultatif du secteur financier).
- La révolution numérique et la toute-puissance des fameux « Gafa » (Google, Apple, Facebook et Amazon). « Avec le développement du marché des objets connectés et un accès quasiment illimité aux données personnelles, ces acteurs s’immiscent dans la chaine de valeur de nombre d’industries, dont celle de l’assurance », constatent Arnaud Chneiweiss et Stéphane Tisserand.
- Le développement de l’économie collaborative qui engendre une remise en cause des modes de production et de consommation des produits de masse : transports, habitation, alimentation, financement de projets…
Les atouts pour faire face
En dépit de vents a priori défavorables pour le mutualisme du XXe siècle, les auteurs ont identifié quatre atouts susceptibles de défendre les positions de ce modèle d’entreprendre dans les années à venir :
- La lucrativité limitée : même si la mutuelle d’assurance se doit d’être rentable, « l’absence d’actionnaires à rémunérer crée un confort dans la gestion de l’entreprise ». Sans compter la modération dans les rémunérations. Et les auteurs de rappeler sans citer nommément l’entreprise qu’en 2014 « le total des dix plus importantes rémunérations du groupe Matmut était inférieur à la rémunération globale du seul PDG d’entreprises cotées du secteur de l’assurance ».
- Non « opéables », non délocalisables, gages de stabilité de l’entreprise.
- Le lien affinitaire : l’économie collaborative replace la dimension de communauté au cœur de la consommation.
- Le temps long : les mutuelles « ne dépendent pas des caprices des marchés financiers, n’ont pas à rendre des comptes aux agences de notations. »
Née en 2004, la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) est un think tank qui se définit comme « libéral, progressiste et européen ». Elle a pour objectif de contribuer à la rénovation de la pensée politique. La fondation se rattache aux idées politiques de droite et du centre.
- Elle est indépendante et n’est subventionnée par aucun parti politique. Ses ressources sont publiques et privées.
- Le soutien des entreprises et des particuliers contribue au développement de ses activités.
- Fondapol est présidée par l’homme d’affaires Nicolas Bazire, Dominique Reynié, professeur des universités à Sciences Po, en est le directeur général.
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