Suravenir mise sur les fonds de prêt à l'économie

Suravenir, déjà partie prenante aux fonds Novo, a décidé de miser sur le FPE que s'apprête à lancer Schelcher Prince Gestion, une autre filiale du groupe Crédit Mutuel Arkéa. Explications.

Depuis la modification du code des assurances intervenue l'été dernier (1) et le lancement des fonds Novo en octobre 2013, les fonds de prêt à l'économie (FPE), et plus généralement l'investissement dans les PME et ETI, semblent être le nouveau thème d'investissement à la mode. Reste néanmoins à transformer l'essai. Les véhicules nés de la désintermédiation bancaire sont loin d'avoir tous atteint leurs objectifs de levée de fonds, et ce type d'investissement requiert une grande sélectivité.

C'est dans ce contexte que Suravenir, déjà partie prenante aux fonds Novo, a décidé de miser sur le FPE que s'apprête à lancer Schelcher Prince Gestion, une autre filiale du groupe Crédit Mutuel Arkéa. Baptisé SP Eurocréances 2014, ce FPE prendra la forme d'un fonds commun de titrisation (FTC), « avec une structure calquée sur le format de place initié par la Caisse des dépôts avec le fonds Novo », explique Sébastien Barbe, directeur général de SP Gestion. Ce FPE , qui cible une taille de 150 à 200M€, disposera de trois ans pour constituer un portefeuille de 30 à 35 lignes. Il promet à ses futurs investisseurs un rendement cible d'environ 5%, là où l'OAT 10 ans se situe actuellement aux alentours de 1,80% (2).

Approche multiformat

SP Gestion entend se distinguer avec une approche multiorigination (pour ne pas être prisonnière d'une relation privilégiée avec une unique banque apportant les dossiers), multirégion (France et zone Euro, hors Europe du Sud), et multiformat. Multiformat, car « peu importe qu'il s'agisse d'une créance, d'un EuroPP, d'un mini-bond ou d'un Schuldchein, nous visons la rémunération du risque de crédit et la prime de liquidité », explique Sébastien Barbe.

Suravenir cite également comme élément différenciant une approche en termes de perte attendue (expected loss) (3) combinant analyse financière et analyse juridique. Reste à savoir si d'autres seront convaincus par l'approche. Suravenir indique avoir calibré son investissement de façon à ce que le fonds puisse se lancer, même en l'absence d'autres investisseurs.

(1) Décret du 2 août 2013

(2) au 19 mai 2014

(3) Perte attendue = probabilité de défaut multipliée par la perte en cas de défaut

THOMAS GUYOT, directeur technique et financier de Suravenir « Une classe d'actifs prometteuse »

En tant qu'investisseur, qu'attendez-vous des fonds de prêt à l'économie ?
Dans le contexte actuel de taux bas, dont on peut s'attendre à ce qu'il perdure, nous cherchons tous des relais de rendement, l'OAT ne rapportant plus suffisamment. La dette d'entreprise et la dette à haut rendement ont pu présenter un intérêt à certaines périodes, le surplus de rendement procuré étant supérieur au risque supplémentaire. N'étant pas les seuls à faire le même raisonnement, l'offre et la demande se sont équilibrées, et le risque supplémentaire n'est plus couvert aujourd'hui par un rendement suffisant. Nous avons aussi travaillé sur les collectivités locales, qui présentaient aussi une prime d'illiquidité. Mais là encore, les prix ne sont plus adéquats par rapport à ce que justifierait un investissement non liquide. Dans ce contexte, les fonds de prêts à l'économie apparaissent comme des relais de rendement présentant un profil rendement / risque équilibré. C'est donc une classe d'actifs prometteuse.

L'été dernier, le régulateur a offert aux organismes relevant du code des assurances, la possibilité d'investir en prêts directs et indirects jusqu'à 5% de leur encours. Que pensez-vous de cette limite ?
Cette limite porte sur notre stock, qui est déjà investi. Nous n'allons pas céder nos positions ni investir tous nos flux dans ce type d'investissement. Il y aurait de toute façon un problème de taille de marché et de capacité des différents fonds de prêts à l'économie à trouver des entreprises répondant aux différents critères. Nous avons donc encore de la marge de manoeuvre, et Suravenir, comme les assureurs dans leur ensemble, est loin d'avoir saturé la limite des 5%.

Les fonds de prêt à l'économie bénéficient d'un engouement médiatique depuis Novo, auquel vous avez participé. Comment s'y retrouver ?
Comme toute initiative de place, Novo souffre d'un cadre un peu contraignant car ses critères d'investissement additionnent les contraintes des assureurs qui y participent. Quant aux fonds de prêt à l'économie « privés », beaucoup sont en réalité encore en gestation. Certains fonds préexistants essaient aussi de surfer sur la tendance. Mais tout le monde n'a pas la légitimité, les compétences et l'expérience de la dette et des PME . Ceux qui viennent uniquement par opportunisme, pour faire un coup marketing, jouent un jeu dangereux, car ce sont des investissements qui demandent une extrême sélectivité. Derrière l'effet de mode, il y a néanmoins une véritable opportunité d'investissement sur les fonds de prêt à l'économie. À nous d'être sélectifs et de savoir choisir les sociétés de gestion avec lesquelles travailler.

Pourquoi avoir choisi le fonds de Schelcher Prince Gestion, dont vous êtes pour l'instant le principal investisseur ?
Y seriez-vous allé s'ils ne faisaient pas partie, comme vous, du groupe Crédit Mutuel Arkéa ? Oui, définitivement, compte tenu de leur ADN : Schelcher Prince a une spécialisation historique sur la dette d'entreprise et une approche originale. Notre montant d'investissement va d'ailleurs être significatif, car le produit nous convient. Il faut aussi savoir que nous avons largement travaillé ensemble à la constitution du fonds, pour définir en amont son univers d'investissement, ses objectifs en termes de risque et de rendement, ses zones géographiques, les règles de dispersion... Sans être un fonds sur-mesure, car il a vocation à être ouvert à d'autres investisseurs, il est adapté à nos besoins. Un autre argument a pesé, lié à leur volonté d'allier deux cultures : la culture historique buy side des sociétés de gestion, qui achètent des titres, et la culture sell side de ceux qui vendent des prêts et les syndiquent, et ont le savoir-faire de la structuration des opérations. Ils savent quels covenants et quelles garanties exiger pour sécuriser l'investissement. Ce choix n'est toutefois pas exclusif, et l'on ne s'interdit pas d'investir dans d'autres fonds de prêts à l'économie. Nous avons d'ailleurs plusieurs dossiers à l'étude.

Comment leur spécificité se matérialise-t-elle ?
Le mariage des deux cultures que j'évoquais nous a permis de définir l'univers d'investissement de façon un peu différente de ce qui se fait habituellement. Pour ce fonds, Schelcher Prince raisonne non pas en termes de rating, mais d'expected loss (perte attendue). Cette notion, qui vient du monde bancaire et de Bâle 2, combine le taux de défaut, notion classique, et la perte attendue, ce qui donne du poids à l'analyse des covenants et des garanties, de façon à apprécier le risque final. L'univers d'investissement du fonds a été calibré de façon à avoir une perte attendue inférieure à 1%. Cette approche est-elle compatible avec Solvabilité 2 ? Pas directement, car Solva 2, malgré sa logique de valorisation du risque, ne reconnaît pas les garanties. C'est donc un choix de gestion et de calibrage du couple rendement / risque, et non un choix réglementaire. Ces investissements ne devraient pas être trop pénalisés sous Solva 2, mais nous n'avons pas l'oeil rivé sur cette boussole lorsque nous investissons.

Le fonds pourra-t-il être lancé avec votre seule participation, quitte à en apparaître comme le sponsor ?
Nous avons calibré notre investissement de façon à ce qu'il puisse se lancer quoiqu'il arrive en juin, même si l'objectif est clairement d'en augmenter la taille. Cela démontre notre confiance envers la société de gestion et le fonds, mais nous ne revendiquons aucune paternité, et pas d'autre rôle que celui d'en être un investisseur important.

PROPOS RECUEILLIS PAR G. V.

Ce que change le décret du 2 août 2013

  • Le financement des PME et ETI se heurtait auparavant soit à des exigences de garanties coûteuses, soit au plafond résultant du ratio de diversification réservé aux investissements à risque et à forte rentabilité (ratio « poubelle »), soit à une exigence de cotation.
  • Le décret n°2013-717 réforme le code des assurances pour favoriser les investissements, directs et indirects (via des fonds de prêts), des assureurs dans les prêts accordés à l'économie réelle. - L'investissement des assureurs est plafonné à 5% de leur encours, soit une enveloppe globale d'investissement évaluée à 90 Md€ au niveau du marché français. - Les fonds de prêts à l'économie (FPE) peuvent investir dans des créances sur des sociétés françaises ou européennes ayant une activité commerciale, industrielle, agricole ou immobilière. L'extension aux holdings est à l'étude.
  • L'investissement dans un FPE peut bénéficier d'un traitement comptable favorable proche de l'article R. 332-19 du code des assurances (exemption au calcul de la provision pour risque d'exigibilité).
  • Bercy a promis que les codes de la mutualité et de la sécurité sociale seraient également modifiés, de façon à ouvrir aux mutuelles et aux institutions de prévoyance ce type d'investissements. Une consultation sur le projet de décret correspondant est ouverte jusqu'au 13 juin.

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