Assurance emprunteur individuelle : les verrous sautent

Assurance emprunteur individuelle : les verrous sautent

La fiche standardisée d’information sur l’assurance emprunteur ne sera effective qu’au 1er octobre, mais, déjà, les premiers signes de déverrouillage du marché apparaissent.

Stigmatisée pendant longtemps comme un marché verrouillé par les bancassureurs, l’assurance emprunteur vit sans doute ses derniers moments d’obscurantisme. Dès le 1er octobre, chaque emprunteur recevra de son conseiller bancaire, dès la première simulation de crédit, une fiche d’information standardisée précisant la liste des critères de garanties exigés par la banque. « À partir du 1er octobre, le client ne pourra plus dire qu’il n’était pas au courant de la possibilité de souscrire une assurance ailleurs », affirme Fabrice Couturier, cofondateur du courtier grossiste Bpsis.

5,96 Md€

Les cotisations d’assurance de prêts immobiliers en 2013 (FFSA-Gema)

15,2%

La part des cotisations des délégations d’assurance de prêts immobiliers en 2013 (FFSA-Gema)

Afflux de demandes

Sur ce marché, dont le taux de délégation (c’est-à-dire les assurances souscrites en dehors du contrat de groupe de la banque) a reculé de 16 % en 2012 à 15,2 % en 2013 sur les crédits immobiliers, on voit poindre les premiers signes tangibles de déverrouil­lage. « Nous avons enregistré une hausse de 380 % des demandes d’assurance en délégation » entre début 2015 et 2014, confirme Antoine Fruchard, fondateur du courtier Internet Réassurez moi, récemment lancé. Même constat chez des courtiers plus anciens, avec « une croissance de 25 % des sollicitations d’assurance en délégation sur les cinq premiers mois de 2015 par rapport à 2014 », relève Corine Monteil, directrice générale de nousassurons.com.

Dans des agences bancaires parisiennes, les demandes de délé­gation auraient doublé depuis quelques mois. « Certains établissements ont relâché la pression sur l’assurance de groupe en s’ouvrant à la délégation d’assurance », selon Fabrice Couturier. Cet afflux créerait même un engorgement côté assureurs. Olivier Sanson, directeur général d’Afi-Esca, reconnaît ainsi une situation de « légère surchauffe » du marché (lire ci-dessus).

De même, les premiers effets de la loi « Hamon » autorisant la résiliation dans l’année qui suit le prêt se font sentir. Chez Réassurez-moi, la plupart des 3 000 à 4 000 devis par mois proviennent certes d’em­prun­teurs n’ayant pas signé le prêt, mais « désormais, 20 % nous sollicitent pour résilier leur contrat après le prêt. Fin 2014, ils n’étaient que 5 % », confie son fondateur. La possibilité de résilier ses contrats auto et habitation, autre mesure phare de la loi « Hamon », touche aussi l’assurance emprunteur, « les assurés ayant davantage l’idée de renégocier tous leurs contrats… même celui-ci », constate Corine Monteil.

Par ailleurs, le taux de crédit immobilier historiquement bas favorise la renégociation des crédits, mais renchérit jusqu’à 40 % le poids de l’assurance dans le coût total du crédit, selon AcommeAssure. Enfin, l’actualité autour de l’équivalence de garanties lors de la parution de l’avis du Comité consultatif du secteur financier en janvier alimente « l’effet délégation ».

La clé, c’est la rapidité

Jamais depuis la loi « Lagarde », l’assurance emprunteur individuelle n’avait bénéficié d’un alignement de planètes aussi favorable à son déverrouillage. Le marché va-t-il pour autant dépasser le cap des 15 % de taux de délégation auquel il est rivé depuis des années et monter à 20 ou 30 % ? « On verra au mois de décembre », confie prudemment Olivier Sanson.

Car deux paramètres entrent en jeu. Le premier est la stratégie défensive des banquiers, comme ils l’avaient fait en 2011 avec leurs propres contrats en délégation. Des réflexions seraient en cours pour lancer des offres complètement séparées de la signature ou de la renégociation du prêt. Ensuite, interviennent la qualité et la simplicité de l’offre des assureurs alternatifs. « La vraie clé d’entrée sur ce marché, c’est la dématérialisation des processus de souscription », confie Antoine Fruchard. « Ce n’est pas le prix qui fera la différence, mais le service et la réponse la plus rapide », renchérit Corine Monteil. Allusion à peine voilée aux délais de plusieurs semaines qui ont cours encore chez certains acteurs, même sur des dossiers simples. Tous les assureurs n’ont sem­ble-t-il pas encore trouvé la bonne clé d’entrée…

Olivier Sanson, directeur général d'Afi Esca : «Un marché en légère surchauffe»

«En assurance emprunteur individuelle, le début d’année a été très dynamique, avec une croissance supérieure à 25 % par rapport à 2014, mais nous avons du mal à analyser son origine entre l’afflux d’affaires apportées par nos nouveaux partenariats, les renégociations de crédit ou encore l’effet « délégation ». Au plan opérationnel, cela a nécessité des heures supplémentaires dans nos équipes. L’ensemble du marché de la délégation vit certainement une légère surchauffe du même type. Nous travaillons à la rapidité côté client et la simplicité côté courtiers. Le nerf de la guerre, c’est d’être capable d’assurer tous les types de dossiers et de maintenir les délais : fournir un certificat d’assurabilité immédiatement ou en vingt-quatre heures pour les dossiers simples, ou en quelques jours en cas d’examen médical,et émettre les contrats en dix jours.»

Une délégation facilitée dès l’automne prochain

  • Dès la première simulation avec un conseiller Le 1er octobre, le futur emprunteur recevra une fiche d’information standardisée précisant les exigences de la banque, soit 11 critères (sur 18) parmi les garanties obligatoires et 4 critères (sur 8) pour la garantie perte d’emploi, si elle est exigée (décret du 22 avril 2015).
  • À la signature du prêt Connaissant les exigences de garantie de sa banque, le candidat au crédit peut demander une offre à un assureur alternatif, qu’il remettra à sa banque, en vertu de la loi bancaire de juillet 2013.
  • Dans l’année qui suit la signature du prêt, l’emprunteur peut substituer à son contrat de groupe initial un contrat alternatif équivalent en garanties (loi « Hamon » de juillet 2014).

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