Le nouveau colosse Gras Savoye-Willis ne bouleverse guère le marché

Le nouveau colosse Gras Savoye-Willis ne bouleverse guère le marché

L’acquisition du premier courtier français par Willis, préparée depuis plusieurs décennies, est observée à la loupe par la concurrence, des grands comptes aux acteurs régionaux.

Après la fermeture des marchés américains le 22 avril, Willis a déposé une offre ferme pour acquérir 70 % du capi­tal de Gras Savoye et monter à 100 %. Le courtier, pressé, envisage une clôture pour fin 2015, même si son option d’achat lui permet d’aller jusqu’à mi-2016. Willis souhaite ainsi s’appuyer sur les synergies établies depuis quarante ans par les deux courtiers pour accélérer le processus et consolider les résultats de Gras Savoye dans ses comptes pour l’année 2016 et. Voilà donc l’issue d’un très long scénario, né dans les années 70 aux États-Unis.

L’histoire était écritedepuis vingt ans

En 1975, le courtier français, créé à Lille soixante-huit ans plus tôt et engagé à l’international depuis dix ans, avec une première implan­tation en Espagne, rejoint Willis dans un réseau international non intégré réunissant des courtiers indépendants leaders de leur marché, devenu ensuite Unison. Quarante ans plus tard, et près de vingt ans après l’entrée de Willis au capital de Gras Savoye, le président du courtier français, Patrick Lucas, qualifie l’acquisition de « suite logique » de cette relation.

Pour le courtage, l’offre ferme de Willis marque aussi une nouvelle étape de l’influence anglo-saxonne, près de vingt ans après les fortes croissances externes d’Aon et Marsh & McLennan Compagnies (qui a absorbé en France Faugère & Jutheau et Cecar). Le courtage anglo-saxon ayant bénéficié de la dimension de son marché domestique, qu’il soit américain ou britannique, pour grandir rapidement.

Prouver la validité de cette stratégie 

La force du nouveau colosse est connue de tous : l’alliance de Willis et Gras Savoye ouvre un réseau de 131 pays, dont 84 filiales détenues en propre. Le premier courtier français utilise cet argument international depuis de nombreuses années. « Nous avons récemment remporté un grand appel d’offres grâce à nos atouts inter­nationaux », rappelle le directeur général de Gras Savoye, François Varagne, faisant référence à un client encore tenu secret.

De son côté, Willis accède à des marchés complémentaires aux siens et attractifs en matière de développement commercial. « Nous sommes très intéressés par les perspectives offertes au Moyen-Orient et en Afrique, où de nombreuses entreprises européennes, américaines, mais aussi russes ou chinoises cherchent à se déve­lopper », se réjouit le PDG de Willis International, Tim Wright. Ces implantations concernent des marchés matures, comme le Maroc ou la Turquie, des « hubs » en forte progression, comme le Cameroun, la Côte d’Ivoire ou l’Égypte, et des ouvertures plus récentes dans des pays émergents en forte croissance. L’Américain rappelle aussi que 31 des 500 sociétés du classement « Fortune Global 500 » sont basées en France, pays situé au quatrième rang mondial et à la première place européenne pour la présence d’entreprises internationales.

Verra-t-on pour autant une offensive du nouveau colosse sur la campagne 2016 des appels d’offres, pour prouver la validité de cette stratégie de rapprochement ? Comme le rappelle le PDG d’Aon France, Robert Leblanc, « la capacité d’un courtier tient à son talent, mais aussi à ce qu’il représente pour les assureurs qui sont en face de lui ». Du côté des risk-managers que nous avons consultés, on attend de voir l’attitude du nouvel acteur, notamment la composition des équipes qui leur feront face. Actuellement, Gras Savoye apparaît aux côtés de la quatrième société française, EDF, en RC et transport, et en dixième place avec Casino en RC, dommages, transport et RCMS.

Un grand écart entre régions et nations

L’autre interrogation que fait naître cette acquisition de Gras Savoye par Willis est la place laissée aux régions – axe majeur de développement du courtier français – dans la nouvelle organisation. « Nous avons rationalisé notre organisation en passant de huit à six régions », nous confiait ainsi François Varagne en amont des résultats 2014 annoncés en février. « Aujourd’hui, nos unités régionales ont une taille significative pouvant dépasser les 20 M€ de chiffre d’affaires. » Gras Savoye a poussé son développement dans l’Ouest et l’Est. « Nous continuerons à les ren­forcer à la fois en croissance organique, en assurances de personnes notamment, et en croissance externe. »

Du côté de Willis, Tim Wright se dit très intéressé par le maillage régional de la France, qu’il compare au développement de son groupe en Amérique du Nord. Autre signe de son intérêt, le responsable américain apprend le français avec enthousiasme.

Ils ont dit...

La décision stratégique qui permet à Gras Savoye de rejoindre un réseau international correspond à la demande de nos grands clients. Nous avons récemment remporté un grand appel d’offres grâce à nos atouts internationaux.

Francois Varagne, directeur général de Gras Savoye

Je crois qu’on a dans notre ADN la capacité à rester décentralisé pour s’adapter au mieux au marché dans tous les endroits dans lesquels on opère.

Gilles Bénéplanc, directeur général délégué France de Gras Savoye

Cela nous permet de profiter de la présence du maillage régional de Gras Savoye, qui représente un modèle de développement très intéressant, que nous pouvons comparer à celui de Willis en Amérique du Nord.

Tim Wright, PDG de Willis International

Le marché français est probablement le seul qui puisse enrichir le débat. Nous avons des pratiques différentes, avec une approche plus sur mesure des clauses applicables à une entreprise cliente. Les marchés anglo-saxons procèdent davantage par assemblage de clauses standards.

Robert Leblanc, PDG d’Aon France

  • 1997 Willis entre au capital de Gras Savoye à hauteur de 33 %, au côté des familles Gras et Lucas.
  • 2009 La part de Willis dans Gras Savoye passe à 31,8 % avec l’arrivée du fonds d’investissement Astorg Partners. Willis obtient la possibilité d’acquérir les 68,2 % d’actions restantes.
  • Mars 2013 Gras Savoye annonce aux partenaires sociaux un plan de sauvegarde de l’emploi.
  • Avril 2013 Willis repousse d’un an, à 2016, son option d’achat pour prendre le contrôle de Gras Savoye.
  • 22 avril 2015 Willis dépose une offre ferme d’acquisition pour monter à 100 % du capital de Gras Savoye.
  • Décembre 2015 Date prévue du closing, même si l’option d’achat de Willis lui permet d’aller jusqu’à mi-2016.

saga

Retrouvez notre saga du courtage français, « La mondialisation tourmentée » (n° 7314), l’évolution de l’approche de la gestion des risques (n° 7319) et l’innovation (n° 7327), par André Melly, ancien rédacteur en chef de l’Assurance française, dans notre e-dossier disponible sur argusdelassurance.com

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