Le transport maritime face aux nouveaux risques

Le transport maritime face aux nouveaux risques
© cgetty images-gonzalo azumendi

Le volume des marchandises transportées dans le monde ne cesse d’augmenter, et 90 % le sont par voies maritimes. Pourtant, les assureurs et intermédiaires, réunis début mai à Paris pour le Rendez-vous de l’assurance transports, ne cachent pas leur inquiétude dans un secteur en surcapacité et menacé par des risques complexes, de la piraterie au piratage informatique.

Le marché français de l’assurance maritime et transports conserve une place de choix au niveau mondial. Le chiffre d’affaires tricolore est de 2 Md$, soit 5 % de l’activité mondiale, alors que le PIB de la France n’en représente que 3%. « L’attractivité du marché français de l’assurance maritime et transport est forte », explique Patrick de La Morinerie, président de la commission des assurances transports (Comat) de la FFSA et directeur général d’Axa Corporate Solutions. « Elle est liée aux clients français qui exportent, mais aussi à celle de clients étrangers, en raison des capacités du marché national. »

Les cinq premiers assureurs maritimes en France sont Axa, Helvetia (ex-Groupama Transport), Allianz, Generali et Covéa. En assurance des corps (voir schéma), la concurrence asiatique ne se développe guère qu’au niveau local, peu ouvert aux étrangers. Pour les facultés, les Français peuvent répondre à la quasi-totalité de la demande. Enfin, « nous constatons l’arrivée d’acteurs qui se développent sur de nouveaux secteurs comme l’éolien en mer, à mi-chemin entre le maritime et l’offshore », explique Mathieu Berrurier, directeur géné­ral de Groupe Eyssautier.

+336%

L’augmentation du nombre de tonnes transportées, de 2,5 Md$ en 1970 à 8,4 Md$ en 2010

(Source : FFSA)

2 Md$

Le naufrage le plus coûteux de l’histoire, celui du « Costa Concordia »

(Source : FFSA)

Des marges à rude épreuve

Toutefois, ces fortes capacités françaises posent des problèmes de rentabilité, aux nouveaux arrivants comme aux assureurs historiques, qui tiennent à rester sur ce petit marché parce qu’il est très important pour leurs clients.

Autre évolution, le transport de marchandises, qui a longtemps compensé d’éventuels dérapages de l’assurance des corps, a vu baisser le niveau de ses primes. Les marges techniques sont également soumises à l’inflation du coût des sinistres et à la menace constante d’un événement majeur lié à la piraterie, au piratage, à la collision ou à la pollution. Le poids des pertes totales s’est néanmoins allégé de 40 % sur les deux années 2013 et 2014. Les armateurs tiennent donc à rappeler leur enga­gement en matière de sécurité. « Ce n’est pas parce qu’il y a moins de sinistres que nous vivons pour autant une situation de calme avant la tempête », explique Cécile Bellord, déléguée générale d’Armateurs de France.

Ainsi la moyenne d’âge des navires de la flotte française est de 7,5 ans contre 12,5 ans pour l’Union euro­péenne. Lors du Rendez-vous de l’assurance transports, début mai, à Paris, Francis Vallat, président du Cluster maritime européen, s’est réjoui de voir les acteurs du transport maritime prendre le micro pour parler de sécurité et non plus seulement de réduction des coûts. Mais au-delà, l’augmentation constante de la taille des porte-conteneurs, donc la concen­tration inédite de valeur sur un même navire, inquiète.

Course au gigantisme

En mars, le géant français du transport maritime, l’armateur CMA-CGM, a annoncé qu’il finalisait l’acquisition de trois porte-conteneurs de taille inédite, pouvant accueillir 20 600 conteneurs chacun. Ces navires seront plus longs que quatre terrains de football mis bout à bout. La course au gigantisme, comme plusieurs décennies auparavant pour les tankers, n’a donc pas été arrêtée par la crise de 2008. « L’humain explore et teste les limites, c’est dans sa nature, commente AGCS dans son rapport annuel. Les infra­structures maritimes et l’assurance vont devoir suivre. »

Les assureurs se préparent donc à un sinistre majeur pouvant dépasser le milliard de dollars, sachant qu’un sinistre d’intensité maximale ne se limite plus au navire, à sa marchandise et à l’interruption d’activité de l’armateur, mais peut aussi inclure des conséquences environnementales et des coûts élevés de traitement de l’épave comme pour le « Costa Concordia ».

Vigie pirates

Des nuages persistent également du côté des risques de piraterie. En effet, si le nombre d’attaques a baissé, notamment dans le golfe d’Aden en raison des actions armées et de la présence de gardes à bord des navires (autorisée en France depuis six mois), le taux d’efficacité de ces attaques a augmenté. « Aujourd’hui, quatre attaques sur cinq donnent naissance à un sinistre », observe Patrick de La Morinerie. Le secteur de l’assurance maritime et transports redouble donc de vigilance.

Après les flibustiers, les hackers

Le transport maritime est très exposé aux cyber-risques, et très vulnérable avec une aide électronique qui prend de plus en plus de place, des navires de plus en plus grands et des équipages de plus en plus restreints. Les armateurs ont pris les devants en cherchant des solutions aux détournements de navire qui se produiraient en mer. Mais les assureurs craignent encore davantage les attaques en zones portuaires, qui pourraient causer des sinistres multiples de forte intensité, et « tout est connecté, les grues, les portiques, les ponts, les écluses... », alerte Patrick de la Morinerie, président de la commission des assurances transports de la FFSA (Comat). Le piratage des données des armateurs, transporteurs et responsables portuaires peut également être utilisé pour le vol de marchandises.

Nous observons un décrochage entre la croissance du transport maritime et l’évolution des primes. La réduction des marges de l’assurance est liée à l’agressivité tarifaire des clients, mais aussi à celle des acteurs eux-mêmes.

Patrick de La Morinerie, président de la commission des assurances transports de la FFSA et directeur général adjoint d’Axa Corporate Solutions

Nous avons désormais le droit d’embarquer des gardes armés pour parer les menaces de piraterie dans certaines zones. Cependant, les assureurs peuvent envisager cette mesure comme le signe d’une aggravation du risque. Nous souhaitons une baisse des primes lorsque nous agissons pour l’amélioration de la sûreté.

Cécile Bellord, déléguée générale adjointe d’Armateurs de France

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