Michel Larigauderie (CBP Group) : « L’ouverture du marché vers l’assurance emprunteur individuelle est inéluctable »

Michel Larigauderie (CBP Group) : « L’ouverture du marché vers l’assurance emprunteur individuelle est inéluctable »

Récemment promu à la direction générale déléguée du spécialiste français de l’assurance emprunteur, le « CBP Boy » du groupe, tel qu’il est surnommé, mène un projet de développement européen axé sur la diversification dans un contexte porteur.

Quel est le positionnement de CBP dans le marché de l’assurance emprunteur ?

CBP est une entreprise, née il y a plus de vingt-cinq ans au sein du cabinet de courtage Bessé, qui a abordé la problématique de l’assurance emprunteur sous un angle original avec deux axes de développement : l’expertise actuarielle et le service. Un modèle que nous avons développé et répliqué dans six pays européens. Avec, aujourd’hui, plus de 750 collaborateurs, CBP, qui est le pôle courtage assurance du groupe Financière CEP, est le leader européen de l’assurance emprunteur avec plus de 3 Md€ de primes sous gestion.

Quelle est la place de la plateforme française, à Saint-Herblain, d’où tout est parti ?

La France reste la filiale la plus importante avec un chiffre d’affaires de 148 M€. On est, sur ce marché, leader de l’assurance emprunteur, aussi bien en contrat collectif qu’en individuel. Mais la structuration du groupe est européenne. Nous accompagnons nos partenaires dans différents pays et ils ont besoin d’une organisation visible et lisible. C’est pour cela que nous sommes organisés autour de CBP Group qui chapeaute les activités du pôle courtage assurance dont j’ai la charge. Ce pôle regrou­pe certaines fonctions transversales, puisque nous calquons notre organisation sur celle de nos partenaires, et que le déploiement de produits, les sujets règlementaires, digitaux ou marketing traversent les pays. La stratégie est donc globale même si, évidemment, le commerce se noue localement.

Vous venez d’être promu à la direction générale déléguée de CBP Group. Quelle étape cette évolution marque-t-elle ?

Depuis les années 2000, j’ai activement contribué à développer, commer­cialement, la structure en France, puis créé, en 2008, la filiale italienne qui s’est hissée dans le Top 10 des entreprises de courtage et emploie 85 collaborateurs… Aujourd’hui, l’étape consistant à répliquer la bonne recette française ailleurs est derrière nous. Je déjeunais récemment avec le dirigeant d’un grand groupe bancaire européen qui n’a pas d’implantation en France. Il ne connaît donc pas le CBP historique nantais. Je lui ai proposé que nous collaborions en Europe de l’Est. Il m’a dit « on parle beaucoup de vous en Italie. Est-ce que vous êtes aussi bons ailleurs ? » Mon action, aujourd’hui, se focalise donc sur CBP Group en tant qu’entité européenne avec trois axes de développement : géographiques, en investis­sant d’autres pays européens, la diversi­fication, avec la volonté de déployer des offres de prévoyance individuelle et, enfin, la digitalisation.

Inconnu du grand public, CBP fonctionne en B to B sur le marché de l’assurance emprunteur en tant qu’intermédiaire entre les assureurs et les distributeurs. Avec qui travaillez-vous ?

Nous mettons, en effet, en relation des distributeurs avec des porteurs de risques. On se positionne en intégrateur entre le distributeur du produit d’assurance et le marché des preneurs de risques en proposant à nos parte­naires assureurs, notamment ceux qui entrent sur ce marché, des débouchés variés : des banques, des agents, des courtiers crédits ou de proximité… Nous permettons, à l’inverse, à travers des flux industriels unifiés, aux distri­buteurs de faire porter le risque par un choix d’assureurs. En Pologne, on va jusqu’à créer des produits et les mettre à disposition d’un réseau de distribution retails tel un courtier grossiste. Nous pouvons travailler, comme nous le faisons, par exemple, en France avec le courtier grossiste iAssure, avec des réseaux indépendants non exclusifs, développer des réseaux partenaires, voire propriétaires. La clé réside dans notre patrimoine d’applicatifs informatiques propriétaires qui assurent la mise en œuvre de ces services : ses@me, dont nous avons validé la V4 en full digital et Odisae pour la gestion de sinistres. Nous avons, d’ailleurs, une direction des technologies et du digital qui est le fer de lance du déploiement européen que je coordonne.

Y-a-t-il réellement de plus en plus d’accords paneuropéens avec vos partenaires ? C’est souvent un concept très théorique…

C’est vrai, c’est pourquoi je crois qu’il est nécessaire d’avoir une structure qui interagis­se avec les décideurs des grands sièges européens. Ensuite, il est tout aussi nécessaire d’avoir une structure locale qui serve les clients dans la réalité de leur marché. On voit bien que la directive sur la distri­bution d’assurances (DDA) est un sujet qui traverse les frontières. Mais, selon les pays, elle aura des impacts très différents. CBP peut et doit décliner les conséquences de DDA sur chacun de ses marchés. Nos juris­tes, développeurs de produits issus de nos différents pays d’implantations, sont actuellement chargés de bien appréhender les avantages et opportunités de DDA.

Et qu’est-ce que DDA pourrait changer pour CBP ?

Nous sommes capables de fournir aux distributeurs les outils de distribution de produits d’assurance qui leur permettront d’être en parfaite conformité avec cette réglementation. Et nous pouvons, grâce à notre support actuariel, traiter les données qui permettent aux assureurs de bien cibler la population visée. Notre rôle clé d’intermédiaire sera donc renforcé, sinon vital.

En France, selon le 25e observatoire du crédit immobilier, les demandes de délégation d’assurance progressent, mais stagnent toujours à 12 % et les banques cherchent surtout à vendre leurs produits. Quel regard portez-vous sur l’évolution du marché ?

L’ouverture accrue du marché vers des contrats individuels d’assurance emprunteur est inéluctable. Cela touche aujourd’hui une clientèle avertie, mais les initiatives de la part des compagnies d’assurance traditionnelles pour proposer à leur clientèle d’assurance dommages une couverture d’assurance emprun­teur alternative sur leurs contrats de crédit se multiplient. Les acteurs sont en train de se positionner par rapport à ce nouveau cadre juridique, mais ce n’est effectivement pas un processus violent.

Y a-t-il une exception française ?

Le marché de l’assurance emprunteur en France offre des solutions à tous les profils. C’est un cas unique… Ailleurs en Europe, le taux de couverture des crédits par des disposi­tifs d’assurance emprun­teur est beaucoup plus faible. En Allemagne, il est de 20 %. En France, les gens se couvrent sur l’assurance emprunteur, d’où les produits sur les risques atypiques et les délégations qui pallient l’absence de garanties adéquates dans les polices d’assurance « groupe ». Après, le passage entre le collectif et l’individuel est une question de curseurs économiques et d’offres.

Comment anticipez-vous l’ouverture du marché, à compter du 1er janvier prochain, sur la résiliation annuelle ?

Ce ne sera pas un big bang. Personne n’anticipe une bascule de la totalité des encours ! Mais cela va, justement, changer les niveaux de ces curseurs. Les distributeurs bancaires vont proposer, à côté des contrats groupes, des contrats individuels d’assurance emprunteur. D’autres acteurs vont apparaître, dont les courtiers crédits qui, comme vous le savez, sont présents au sein du groupe Financière CEP. Il s’agit de répondre aux besoins du client qui n’est pas toujours un besoin de nature écono­mique, d’apporter du conseil et des couvertures adaptées dans la durée. Des risques sont encore mal couverts comme la perte d’emploi. La capacité financière reconstituée pour le client final – la réduction qu’il a obte­nue – peut, par exemple, être consacrée à de la prévoyance, de la dépendance ou de l’épargne.

Peut-on imaginer l’émergence de nouveaux acteurs à l’image des start-up ou e-courtiers BPSIs naoassur, Utwin Assurances… ?

Oui. Il y a des offres de qualité proposées par ce type d’acteurs qui sont toutefois moins intégrés que CBP dans l’ensemble du processus. Car la partie distribution n’est qu’un pan du dispositif. CBP est aussi un gestionnaire qui traite un million de courriers et 500 000 adhésions par an.

Vous êtes membres du directoire de Financière Holding CEP. Le fonds d’investissement JC Flowers cherche à céder ses parts… Savez-vous quand sera finalisée la transaction ?

Non. Nos actionnaires actuels accompagnent le déploiement de notre projet européen. Je n’ai rien à ajouter à ce stade.

Son parcours

Âgé de 53 ans, Michel Larigauderie est titulaire du Capes de mathématiques et d’un DESE d’actuariat au Cnam. Instigateur du déploiement de la filiale italienne de CBP, il participe activement, depuis dix-sept ans, à l’évolution du groupe Financière CEP.

  • 1992 Chargé d’étude actuariel au sein de l’UAP (ex-Axa).
  • 1997 Chargé de prévoyance collective au sein du groupe Crédit agricole.
  • 2000 Intègre le cabinet de courtage Bessé à la prospection et au conseil, participant à la création de CBP.
  • 2008 Fondateur et directeur de la succursale italienne de CBP.
  • Depuis le 1er septembre 2017 Directeur général délégué de CBP Group, membre du directoire de Financière Holding CEP.

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