L’investissement durable et les assureurs : 4 piliers clés pour une mise en œuvre réussie

L’investissement durable et les assureurs : 4 piliers clés pour une mise en œuvre réussie

Face aux problèmes environnementaux et sociétaux actuels et aux contraintes règlementaires qui en découlent, l’investissement durable est devenu un sujet incontournable pour les assureurs. En effet, cela leur offre un cadre pour gérer les risques de durabilité auxquels leurs actifs pourraient être exposés et leurs implications financières ainsi que les risques de réputation. Deux éléments supplémentaires sont ici en jeu : comprendre comment les risques de durabilité pourraient se répercuter sur leurs passifs et freiner l’aggravation de risques difficilement assurables. 

Au-delà d’une gestion exhaustive des risques, l’investissement durable peut offrir aux assureurs des opportunités d’investissement intéressantes. Des tendances structurelles, comme la transition énergétique, peuvent générer des poches de croissance de long terme. Les assureurs sont aussi sensibles aux souhaits de leurs clients finaux, qui s’intéressent de plus en plus à la durabilité, ce qui peut présenter des opportunités de positionnement produit.

La façon de mettre en œuvre l’investissement durable de manière à en faire une source d’opportunités est désormais au cœur des préoccupations des assureurs.

Les 4 piliers clés de la mise en œuvre de l’investissement durable

Il n’existe pas de formule standard pour mettre en œuvre l’investissement durable, l'important étant la pertinence de l’approche par rapport aux spécificités de l'assureur, notamment la composition des actifs. Les stratégies d'investissement durable doivent également répondre aux autres exigences règlementaires, tels que Solvabilité II. C’est pourquoi l’élaboration d’une charte d’investissement durable autour de 4 piliers clés peut s’avérer utile : la recherche et l’analyse, la méthodologie d’implémentation, le « Stewardship » et le reporting.

1. Recherche et analyse

La recherche et l’analyse forment la base de l’évaluation des risques et opportunités liés aux questions de durabilité, aussi connus sous l’abréviation ESG – environnementaux, sociaux et de gouvernance. Une évaluation ESG motivant les décisions d’investissement de mauvaise qualité pourrait involontairement maintenir des risques ESG dans le portefeuille de l’assureur et le faire passer à côté d’opportunités ESG. Ces analyses nécessitent expertise et ressources, et certains assureurs les ont, de ce fait, développées en interne. Beaucoup se tournent vers des gestionnaires d'actifs externes ou des fournisseurs de recherche spécialisés. Certains éléments méritent l'attention des assureurs lorsqu'ils évaluent la manière dont ces fournisseurs externes mènent leurs analyses ESG.

Dans l’évaluation ESG des entreprises, deux autres éléments sont particulièrement cruciaux. Premièrement, une analyse approfondie de la capacité des entreprises à gérer les relations avec leurs parties prenantes, c’est-à-dire l'environnement et la société, ainsi que les employés, clients, fournisseurs et investisseurs. Deuxièmement, l’analyse de l’exposition des entreprises aux tendances globales en matière de durabilité et les risques et opportunités que cette exposition engendre.

L’analyse des pays est aussi importante, les obligations souveraines représentant une allocation importante de l’actif général. Dans le choix de la méthode d’analyse de la durabilité souveraine, les assureurs peuvent tout d’abord se poser la question : « Le capital naturel est-il pris en compte de manière adéquate ? ». Le point de départ de l’analyse ESG des émetteurs souverains est l’évaluation de la capacité des pays à développer durablement leurs quatre formes de capital : capital naturel, humain, social et économique. Certaines approches ESG sont basées sur le principe que ces quatre formes de capital sont substituables. Cela implique que le capital naturel et le capital manufacturé sont interchangeables, sous-entendant que le capital naturel est illimité. Ces approches peuvent donner une appréciation trompeuse, car en réalité le capital naturel est fini et ne peut être indéfiniment remplacé. Une approche reconnaissant que le capital naturel est limité et non substituable est donc préférable. Deuxièmement, les assureurs ont tout intérêt à se concentrer sur la matérialité, qui signifie que les données ESG sont pondérées en fonction de leur pertinence et de leur adéquation pour chaque économie : les données sur les voitures électriques auront une pondération plus importante pour un pays comme la Norvège que pour l’Ouganda où la sécurité alimentaire est plus déterminante pour la durabilité du pays. Un troisième élément important est l’étendue et la profondeur des données utilisées. Évaluer la durabilité d’un pays est complexe et il n’y a pas d’obligations internationales pour les gouvernements en termes de publication des données ESG. La disponibilité des données s’améliore, mais la quantité et la qualité des données utilisées varient grandement entre les fournisseurs.

2. Méthodes d’implémentation

Les résultats des analyses ESG peuvent être implémentés dans les portefeuilles via différentes méthodes, qui peuvent être combinées pour correspondre au portefeuille et aux objectifs et contraintes de l'assureur. Chacune de ces méthodes présente des avantages et des points d’attention particuliers, comme l’illustrent les exemples suivants.

Exclusion

La sélection négative consiste à exclure les entreprises et pays qui ne satisfont pas à certains critères. Pour les entreprises, cela peut concerner par exemple le Pacte mondial des Nations Unies ou certaines activités controversées. Pour les pays, cela peut consister à exclure ceux classés « non libres » par Freedom House, les régimes oppressifs ou encore les pays sujets à un appel à l’action du Groupe d'action financière. Une fois ces exclusions opérées, le gérant sélectionne des valeurs dans l’univers résiduel sur base de critères financiers.

Une des principales limites de la sélection négative est qu’elle vise prioritairement à éviter les risques. Les opportunités liées à la durabilité ne sont pas exploitées. De nombreux assureurs développent ainsi d’autres méthodes en plus des exclusions.

Best-in-class et best-in-universe

Dans l’approche best-in-class, chaque entreprise se voit attribuer une note ESG de sorte que toutes les entreprises d’un même secteur peuvent être classées par note ESG. En vertu de cette approche, les entreprises dont la notation est trop faible sont exclues. Ne demeure que le top (par exemple 20 % ou 30 %) au sein duquel le gérant va sélectionner les opportunités d'investissement.

L’approche best-in-universe est aussi basée sur une évaluation ESG des entreprises ou pays mais dans la globalité de l’univers d’investissement. De même que pour le best-in-class, un certain pourcentage des mieux classées, par exemple le top 50 %, constitue l’univers au sein duquel le gérant peut sélectionner les opportunités.

Intégration

L’intégration désigne une méthode d’implémentation dans laquelle l'analyse financière traditionnelle est combinée à l'analyse ESG. Cela signifie que les risques et les opportunités de chaque titre, qu'ils soient financiers ou liés à l'ESG, sont évalués au cours de la même étape, ce qui permet une analyse intégrée qui englobe les considérations ESG et financières traditionnelles. Contrairement à l’exclusion et au best-in-class, best-in-universe, dont l’objectif est de limiter l’univers d’investissement, l’intégration fait des performances ESG un facteur nécessaire pour analyser chaque investissement.

Lors de la sélection de stratégies externes appliquant « l’intégration », il est important que les assureurs gardent à l'esprit que cette approche est interprétée de différentes manières. L’étendue et la profondeur de l’intégration peuvent varier considérablement. Une attention particulière doit donc être accordée à la clarté des indicateurs de durabilité permettant de mesurer l’effet de l’intégration.

3. Stewardship

Un autre fondement de l’investissement durable est le stewardship, c’est-à-dire le vote et l’engagement. Il s’agit d’exercer activement les droits actionnariaux en soutenant des résolutions qui aident au progrès des entreprises en matière de durabilité. L’exercice des droits de vote est encouragé par la récente actualisation de la directive SRD II. Les assureurs collaborant avec des gestionnaires externes examineront ainsi leur politique et historique de vote.

L’engagement peut prendre la forme d’un dialogue direct avec les entreprises investies ou d’un dialogue indirect par le biais d’initiatives collaboratives rassemblant différents investisseurs institutionnels. Le dialogue avec les entreprises peut contribuer à les faire progresser dans la direction souhaitée et permet aux investisseurs de mieux comprendre les raisons qui font qu’une entreprise se comporte d’une certaine façon par rapport à des critères ESG spécifiques. Les processus d’engagement sont longs et mobilisent beaucoup de ressources. Les assureurs peuvent ainsi envisager de définir des domaines d'intervention particuliers sur lesquels concentrer leurs efforts d’engagement.

4. Reporting 

Les reportings ESG doivent permettre à l’assureur de suivre les risques de durabilité auxquels le portefeuille est exposé et l’impact de la politique d’investissement durable sur le portefeuille. Les reportings constituent aussi un élément clé des principales réglementations en la matière. Par exemple, SFDR requiert une transparence sur les risques ESG ainsi que sur les principales incidences négatives des investissements sur l’environnement ou la société. Par ailleurs, les clients finaux étant de plus en plus friands de produits intégrant la durabilité, proposer des reportings faciles à comprendre est un élément important dans le positionnement d’un produit durable. Ce quatrième pilier de la mise en œuvre de l’investissement responsable n’est donc pas négligeable.

Faire de l’investissement durable une opportunité, grâce à une mise en œuvre réussie

L’investissement durable devient une clé de la viabilité financière, règlementaire et commerciale des investissements des assureurs. Grâce à une mise en œuvre réussie, adaptée au portefeuille, l’investissement durable ne se résumera pas à une question de conformité réglementaire mais pourra devenir une source potentielle de valeur ajoutée.

Quatre piliers clés peuvent aider à structurer cette mise en œuvre : une analyse approfondie de la durabilité des entreprises et pays constitue la base d'une identification efficace des risques et des opportunités liés à la durabilité. Le choix des méthodes d’implémentation commence souvent par des exclusions, mais beaucoup d’assureurs y ajoutent des méthodes de sélection positives afin de profiter des opportunités émanant de grandes tendances structurelles telles la transition vers une économie plus circulaire. Le stewardship, via le vote et l'engagement, est un levier important pour les assureurs afin d’améliorer le niveau de durabilité de leurs investissements. Et enfin, des reportings clairs sont essentiels pour permettre à l'assureur de comprendre l'impact de l'investissement durable sur son portefeuille, ainsi que pour la communication avec les régulateurs et les clients finaux.

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