Alain hernandez, président de l'Union des groupements des employeurs mutualistes : « Trop longtemps, nous avons vécu dans un monde préservé »

Alain hernandez, président de l'Union des groupements des employeurs mutualistes :  « Trop longtemps, nous avons vécu dans un monde préservé »

Confrontée à un environnement plus concurrentiel, mais également concernée par les récentes réformes du gouvernement, la mutualité est aujourd'hui dans l'obligation de se renouveler, selon le président de l'Ugem.

Quel est le rôle de l'Ugem ?

Nous sommes l'unique syndicat d'employeurs du secteur de la mutualité. À ce titre, nous regroupons toutes les mutuelles du pays, qu'elles soient ou non adhérentes à la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF). Notre rôle consiste notamment à négocier avec les organisations syndicales sur tous les sujets relevant d'accords de branche.

Quelles sont les négociations en cours ?

Si la branche planche sur un nouvel accord de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), le sujet qui préoccupe essentiellement la mutualité aujourd'hui est la rénovation de sa convention collective. C'est un dossier sur lequel nous travaillons depuis bientôt sept ans. Le monde de la mutualité a beaucoup évolué depuis la création de ce texte en 2000. Notre intention est donc de mettre à jour la convention, en révisant notamment la classification des métiers. Afin d'intégrer la montée en compétence des salariés, nous voudrions créer une classe supplémentaire à destination des techniciens. Malheureusement, sur ce dossier, nous sommes confrontés à un refus catégorique de la plupart des organisations syndicales, qui craignent que cette mise à jour ne soit l'occasion pour nous de remettre en cause un certain nombre d'avantages inclus dans la convention collective. Du coup, la situation risque de ne pas beaucoup évoluer dans les prochains mois.

Comment expliquer cette position ?

J'ai parfois l'impression que certains représentants syndicaux sont loin d'être en phase avec les aspirations du secteur. Cela reflète, d'une certaine façon, l'état d'esprit qui anime une majorité des salariés et des employeurs du monde de la mutualité. Trop longtemps, nous avons vécu dans un monde préservé du chômage ou des crises financières. Or, aujourd'hui, nous sommes rattrapés par cette réalité économique. L'assurance santé a été prise d'assaut par les institutions de prévoyance (IP) et les assureurs, les mutuelles sont de plus en plus concurrentes les unes des autres, et l'accord national interprofessionnel (Ani) du 11 janvier 2013 a mis en difficulté nos organisations mutualistes. Pour autant, malgré cet environnement tendu, beaucoup de personnes ont du mal à imaginer que demain puisse être différent d'hier.

Pourquoi l'accord national interprofessionnel de janvier 2013 ne serait-il pas favorable au monde mutualiste ?

Contrairement aux institutions de prévoyance, les mutuelles ne sont pas les mieux placées pour remporter des accords de branche dans les années à venir. Nous sommes constitués essentiellement de petites entités, et lors des prochains appels d'offres, nos entreprises risquent d'être dépassées par des grands groupes, spécialistes de la mise en place de régimes de santé collective. Notre crainte est donc de voir disparaître certains de nos membres. Les IP ont aussi l'avantage par rapport aux mutuelles d'être des organismes paritaires. Elles ont donc des relations privilégiées avec les organisations syndicales qui vont négocier les prochains accords au niveau des branches. Toutefois, les acteurs qui devraient le mieux s'en sortir dans les prochains appels d'offres sont ceux qui, certes, ont des proximités avec les organisations syndicales, mais qui bénéficient également d'un réseau important dans toute la France. Or, sur ce point, de par nos nombreuses implantations régionales, nous avons une carte à jouer. C'est pour cette raison que nous commençons à assister à des partenariats entre mutuelles et des IP.

La branche est-elle été également concernée par la réforme de la formation professionnelle du 5 mars 2014 ?

Avant de nous prononcer, nous attendons la publication des décrets d'application censés organiser la mise en oeuvre opérationnelle de cette réforme. Mais il est sûr qu'en l'état actuel, la loi remet en cause une grande partie du financement de notre système de formation. Et plus particulièrement celui de notre Organisme paritaire collecteur agréé (OPCA), qui se trouve être Uniformation. Selon cette nouvelle loi, les grandes entreprises ne seront plus obligées de confier leur plan de formation à l'OPCA. Elles pourront le gérer directement en interne. Résultat : des entreprises risquent de garder leurs fonds de formation, privant par la même occasion les OPCA d'une grande partie de leurs ressources. Face à ce danger, nous essayons donc d'inciter nos membres à continuer à verser leurs « subventions » de formation auprès d'Uniformation. Seulement voilà, ce n'est pas seul point inscrit dans la loi du 5 mars qui nous met dans l'embarras...

Quel autre point vous tracasse-t-il ?

Le gouvernement a profité de cette réforme pour procéder à des ajustements concernant la loi de sécurisation de l'emploi du 14 juin 2013, notamment sur le temps partiel. La durée minimale pour ces contrats a été fixée à 24 heures hebdomadaires. En d'autres termes, si, à l'avenir, les salariés demandent l'application de cette durée minimale à leurs employeurs, ces derniers ne pourront pas s'y opposer. Or, cette mesure risque de mettre en difficulté une partie de notre secteur, puisque nous avons beaucoup de métiers concernés. Imaginez si demain, tous ces salariés demandent à travailler davantage, comment fait-on ? Où trouve-t-on le budget ? C'est un vrai problème.

Avec tous ces changements, n'êtes-vous pas inquiet pour l'avenir de votre secteur ?

Je ne suis pas totalement serein, mais quand je regarde l'état de santé des secteurs autour de nous, je me dis qu'il faut relativiser. Très peu de mutuelles rencontrent des difficultés économiques. Elles sont gérées efficacement. Beaucoup ont fusionné au cours des dernières années, sans pour autant que cela entraîne des plans de sauvegarde de l'emploi (PSE). Par ailleurs, elles défendent, depuis toujours, des valeurs comme la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ou l'égalité hommes-femmes, qui sont aujourd'hui d'actualité dans toute l'économie française. Et dans la gestion de leurs actifs financiers, les mutuelles peuvent se targuer d'avoir des placements responsables. Ce sont des points auxquels les salariés qui rejoignent le secteur sont sensibles.

Les mutuelles sont-elles attractives aujourd'hui sur le marché de l'emploi ?

Même si elles ne proposent pas les métiers les plus rémunérateurs, les mutuelles sont séduisantes par les valeurs qu'elles défendent, mais aussi par le fait qu'elles ne sont jamais en pénurie d'emplois. Nous sommes d'ailleurs en pleine période de renouvellement des générations. Dans ce cadre, nous travaillons à un accord-cadre avec le ministère de l'Éducation nationale, afin de faire mieux connaître les métiers de la mutualité auprès des jeunes populations. Le principe consiste à aller dans les lycées et les universités pour présenter le monde de la mutualité. Avant la fin du mois, nous avons ainsi prévu aller à la rencontre d'étudiants dans l'académie d'Aix-Marseille. Il y a un tel rejet aujourd'hui du monde financier et capitalistique que ces échanges sont une bonne façon de montrer qu'il existe une alternative sur le marché du travail. Et aussi d'intégrer des candidats potentiels dans les métiers nouveaux de notre secteur, sur lesquels les anciennes populations ont plus de mal à se positionner.

Quels sont ces nouveaux métiers, et comment accompagnez-vous vos salariés « historiques » vers ces fonctions ?

Maintenant que tout est informatisé, les métiers de gestion, qui étaient majoritaires dans notre secteur, ont progressivement disparu. Ils ont peu à peu laissé place aux fonctions liées au développement. Les conseillers mutualistes, chargés de faire adhérer des gens à une mutuelle, sont donc en plein essor dans notre branche. Il en va de même pour les métiers relatifs à la relation au service, ainsi que les téléconseillers dans les centres d'appels. Du coup, pour nos populations en place depuis longtemps, nous avons créé des certificats de qualification professionnelle, afin de valider leurs compétences dans les métiers commerciaux. Dans les prochains mois, vu l'actualité, nous allons d'ailleurs certainement créer également un nouveau certificat à destination des métiers des collectives.

Son parcours

Alain Hernandez, 63 ans, a une formation initiale de professeur des écoles.

  • 1975 Directeur adjoint à la MGEN de l'Essonne.
  • 1991 Administrateur national de la MGEN.
  • 2001 Chargé des relations sociales et des centres de services à la MGEN.
  • 2002 Administrateur de l'Union mutualiste Retraite (UMR).
  • 2009 Président de l'UMR.
  • 2012 Président de l'Ugem.
  • 2013 Vice-président délégué de la MGEN.

L'assurance santé a été prise d'assaut par les institutions de prévoyance et les assureurs.

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Il y a un tel rejet du monde financier et capitalistique que les mutuelles séduisent par leurs valeurs.

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