Bernard Cohen-Hadad (CGPME) : «Un assureur ne sait pas investir 10 000 € dans une TPE»

Bernard Cohen-Hadad (CGPME) : «Un assureur ne sait pas investir 10 000 € dans une TPE»
© photos : LUC PERENOM

Impliqué dans les travaux de conception des fonds de prêts à l’économie au titre de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), Bernard Cohen-Hadad défend le rôle de garant de l’assureur dans le financement des TPE.

Au titre de la CGPME, vous avez demandé la création des fonds de prêt à l’économie (Novo, Nova, Novi). Ont-ils répondu à l’objectif de concilier diversification des investissements des assureurs et besoin de financement des PME et ETI ?

Nous avons réussi un pari qui semblait impos­sible parce que le véritable enjeu consistait à drainer l’épargne des Français vers un investissement dans les PME. Jusqu’à présent, nous avions ce mythe de 3 600 Md€ d’épargne – le bas de laine des assureurs – qui ne contribuait pas à la dynamique entrepreneuriale. La création de ces trois fonds a permis de réconcilier l’investissement avec une nécessité de soutenir les entreprises dynamiques, et non à perte, qui ont besoin de se financer dans un contexte de compétition internationale.

SON PARCOURS

Bernard Cohen-Hadad, 55 ans, est diplômé d’économie et d’histoire contemporaine. Il a une maîtrise en Droit.
  • 2007 : Gérant d’un cabinet de courtage en assurances.
  • 2009 : Membre de l’Observatoire de l’épargne réglementée (OER).
  • 2009 : Membre du Comité consultatif du secteur financier (CCSF).
  • 2009 : Membre de l’Observatoire du financement des entreprises par le marché.
  • Depuis 2010 : Président de la Commission financement des entreprises de la CGPME.
  • Depuis 2013 : Représentant de l’UEAPME-­CGPME auprès de la Banque centrale européenne (BCE).

 

"Les assureurs ont leur part à prendre en matière de garantie dans le financement du crédit comme de la dette."

"Nous assistons à une judiciarisation de nos activités, sujettes à conflits et procédures judiciaires dans le cadre de la relation clients-fournisseurs."

Le succès de ces fonds ne révèle-t-il pas toutefois l’incapacité du capital-investissement à financer de plus petites structures telles que les TPE ?

Pour plus de 75 % des TPE de moins de 2,5 M€ de chiffre d’affaires, il faut bien se rendre compte que leur principal fournisseur en matière de crédit reste la banque. Mais la prédominance bancaire a tendance à s’éroder sous l’influence de nouvelles formes de financement à l’instar de l’assurance-crédit, le crowdfunding (financement participatif) dont le volume a été multiplié par 13 en un an (de 15 à 200 M€) ou, depuis peu, du crédit ­interentreprises, disposition de la loi ­Macron (1). Quant aux business angels, ceux-ci interviennent essentiellement en phase d’amorçage des entreprises, mais assez peu dans celle du développement. Or, les faits ­démontrent que les TPE se heurtent à un vide de financement entre la troisième et la ­cinquième année après leur création.

Est-ce à dire que le financement participatif peut compenser les faiblesses des assureurs-investisseurs en capital-investissement sur la cible des TPE ?

Je ne crois pas qu’il faille opposer capital-­investissement et crowdfunding. Les assureurs ont toujours exprimé une certaine tempérance à l’égard du capital-investissement en raison de mauvaises expériences passées. On s’aperçoit que sur beaucoup de projets de développement en territoire, le private equity reste un outil d’accompagnement du chef d’entreprise parce qu’il induit une aide à la gouvernance. Ne mélangeons pas les genres, ne restons pas sur des années sombres. Un assureur ne sait pas investir 10 000 euros dans une TPE. Et quand bien même il le pourrait, les frais de gestion seraient tels qu’ils ­rendraient, in fine, la démarche contre-­productive.

Comment embarquer davantage les assureurs dans le financement des crédits des entreprises ?

Les assureurs ont leur part à prendre en ­matière de garantie dans le financement du crédit comme de la dette. Nous militons pour qu’ils puissent concevoir un produit de ­garantie crédit pour les TPE. Il ne s’agit pas d’enlever le « pain de la bouche » des assureurs-crédits, mais il est regrettable de ­constater qu’aucune couverture assurantielle n’existe sur les petits crédits de 5 à 10 M€. Cela fait partie intégrante des territoires à défricher à travers une plus grande implication des assureurs. Tant que la mutualisation des risques et les coûts de gestion ne seront pas maîtrisés, de telles protections ne pourront pas voir le jour. Ce champ ne doit pas seulement être occupé par une garantie de BPI France. Ce n’est pas facile mais c’est clairement un enjeu pour la préservation de la ­trésorerie de nos TPE et PME.

Le 30 octobre dernier, la CGPME – tout comme le Medef, l’UPA, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC – a signé l’accord visant à renflouer les caisses de l’Agirc et de l’Arrco. Considérez-vous cet accord comme une avancée ?

Il faut toujours privilégier le mouvement au conservatisme. Ce qui a été signé est un accord de court terme, mais aussi de moyen terme qui devrait contribuer effectivement à la pérennité des régimes de retraite complémentaires. Il ne pèsera que modérément sur les actifs et en particulier sur les employeurs. Néanmoins, il est à souligner que sur le long terme la pérennisation des régimes de retraite complémentaire, comme celle des régimes de base, reste liée au relèvement de l’âge légal des droits à la retraite au-delà de 62 ans et au retour d’une croissance significative. Enfin, il faudra bien s’attaquer un jour à l’inéquité entre le public et le privé en particulier en ce qui concerne le mode de calcul des pensions.

Dans le cadre de la généralisation de la complémentaire santé, la CGPME a référencé April Entreprise et Harmonie Mutuelle pour proposer une offre aux PME encore non équipées. Quels sont les premiers retours ?

L’Accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013 (ANI) n’a pas forcément été désiré par les entreprises, reconnaissons-le, même si nous l’avons soutenu. Le rôle de la CGPME est d’attirer l’attention sur une offre, mais il appartient davantage aux professionnels de l’assurance d’accompagner les entrepreneurs à travers le choix d’une garan­tie qui correspond à la taille de l’entreprise et au projet sociétal en accord avec ses salariés. Notre organisation se devait, par contre, de ne pas abandonner les plus petites entreprises dont certaines ne relèvent pas d’une branche professionnelle. Notre dispositif Santé PME est donc une sorte de voiture-balai destinée à éviter des garanties au rabais.

La prévoyance collective (ANI 2) sera-t-elle l’étape d’après en matière de protection des salariés ?

Nous en sommes tout d’abord à apprécier le coût et les charges de l’ANI sur nos entreprises dans un contexte de crise. Il est encore un peu tôt pour aller plus loin, mais il est évident que les entrepreneurs ne pourront pas faire l’impasse sur une vision prospective liée à la prévo­yance et à l’épargne salariale qui restent encore très ­largement sous-développés en France.

L’environnement lié aux risques et aux responsabilités du dirigeant d’entreprise a-t-il changé ?

Nous assistons à une judiciarisation de nos activités, sujettes à conflits et procédures ­judiciaires dans le cadre de la relation clients-fournisseurs. Cette complexification des échanges freine l’initiative individuelle ou fragilise les dirigeants et, par voie de conséquence, leurs entreprises. Parmi les risques de plus en plus prégnants citons le risque environnemental, le risque de RC du dirigeant, le risque financier ou encore politique. Lorsque vous engagez vos capitaux propres, vous êtes en droit d’exiger des garanties sur la pérennité de votre activité au-delà des aléas comme dans le cas de la fraude financière aux dirigeants. Il est important de garantir l’entrepreneur et d’apporter une tranquillité au salarié responsable du transfert de fonds. Nous avons notamment contribué, avec le soutien des forces de police et de gendar­merie, à mieux tracer ces délits.

Quelles sont les préoccupations des TPE et des PME en matière de manque de couvertures assurantielles ?

Il existera toujours des trous dans la raquette. Le principal problème reste l’incapacité des entreprises en difficultés économiques à trouver un assureur en dommages. Lorsque vous êtes confronté à un redressement ­judiciaire, les assureurs procèdent encore trop souvent à des résiliations ou des refus de facilités de paiement. Cette situation est ­regrettable. Nous vivons dans un monde complexe qui exige moins de complexité. Les préoccupations des professionnels se cristallisent sur l’amélioration de leur carnet de commandes et l’allégement de leurs charges récurrentes. Il faut protéger la capacité de l’entrepreneur à pouvoir exercer son activité dans un cadre apaisé même si cela ne doit pas signifier son manque de responsabilité.

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