Bernard le Bras (Suravenir) : «Nous sommes le premier fournisseur d'assurance vie pour les CGPI»

Bernard le Bras (Suravenir) : «Nous sommes le premier fournisseur d'assurance vie pour les CGPI»
Bernard Le Bras Président du directoire de Suravenir et membre du comité exécutif de Crédit mutuel Arkéa

Suravenir affiche des velléités de développement sur tous les fronts. Pour ce faire, la compagnie d’assurance, filiale du Crédit mutuel Arkéa, mise sur les avancées technologiques.

Argus de l'Assurance : Quel bilan dressez-vous de l’année 2016 pour Suravenir ?

Bernard Le Bras (Suravenir) : Globalement 2016 a été une bonne année pour Suravenir avec une collecte brute stable à plus de 4 Md€. La collecte nette est en léger recul à 1,7 Md€ en raison des mesures restricti­ves, décidées dès octobre sur les fonds en euros. L’année a connu deux périodes : jusqu’en septembre, la collecte a été très dyna­mique, puis en fin d’année nous avons constaté un fort ralentissement, en partie lié aux mesures votées dans le cadre de la loi Sapin 2.

Quelles restrictions avez-vous mises en place sur les fonds en euros ?

Sur l’actif général, nous avons imposé une part d’unités de compte (UC) de 30% pour les verse­ments supérieurs à 250 000 €. Sur les fonds eurodynamiques comme Suravenir Opportunités, la part d’UC imposée est de 30% au premier euro et sur le fonds Sécurité pierre euro, elle est de 50%, également au premier euro. L’objectif est de restreindre l’accès à ces fonds qui sont les meilleurs du marché, mais aussi de piloter leur taille pour des raisons de besoin de fonds propres exigés par Solvabilité 2. Nous souhaitons maintenir une collecte nette négative sur les fonds euros.

Comment avez-vous déterminé votre politique de participation aux bénéfices au titre de 2016 ?

Nous avons tenu compte des recommandations des régulateurs. Nous avons baissé la participation aux bénéfices de 50 à 60 centimes, ce qui est supérieur à la baisse réelle des rendements bruts de nos fonds euros. Cela nous a permis de doter nos réserves, ce qui est nécessaire pour un acteur récent comme Suravenir, qui a investi l’actif de ses fonds en euros à des taux d’intérêt moindre que des acteurs plus anciens.

Comment s’est comportée la collecte en unités de compte ?

Au global, le taux d’unités de compte dans l’encours est passé de 21 à 23% sur un encours de 37 Md€. Sur la collecte, il est de 29 %, légèrement supérieur à 2015. Sur la premiè­re partie de l’année, la situation des marchés financiers a été complexe et nous avons vu une amélioration certaine en fin d’année. En janvier, nous avons réalisé un taux d’unités de compte de 41 % sur la collec­te. Nous poursuivons notre objectif d’améliorer ce taux de 2 points par an sur le stock d’ici à 2020.

Comment comptez-vous parvenir à cet objectif ?

Nous allons continuer à développer les UC immobilières et produits structurés sur lesquels nous avons beaucoup de souscriptions. Nous proposerons deux nouveaux OPCI dans tous nos contrats cette année. Mais nous allons également intensifier notre offre de mandat d’arbitrage. Nous avons expérimenté ces options avec des fintech partenaires, comme Yomoni, et les résultats ont été bons. Nous allons donc lancer dans tout le réseau bancaire un contrat d’assurance vie avec mandat d’arbitrage systématique.

Vous multipliez les partenariats avec les fintech et les acteurs de l’assurance vie en ligne. Quelle est votre stratégie ?

Notre idée est d’être présent sur la totalité du marché Internet. La stratégie d’Arkéa a toujours été dynamique vis-à-vis des start-up et des fintech en participant à des levées de fonds notamment. Nous misons sur ces structu­res, même si l’on ignore si toutes réussi­ront. Elles font bouger les lignes et nous pensons qu’il vaut mieux être partenaires que concurrents. Certaines idées et techniques ou le développement de robo-advisor peuvent être intéressants à transposer dans les contrats classiques de nos réseaux. Et nous l’envisageons pour cette année.

Vous êtes aussi très présent sur le réseau des conseillers en gestion de patrimoine…

Nous sommes même le premier fournisseur d’assurance vie pour les CGPI avec 1,150 Md€ collectés en 2016 dont plus de 620 M€ par le réseau Vie plus, une marque Suravenir, et 530 M€ avec Primonial. Nous continuons à développer ce canal de distribution. D’ailleurs nos taux de rendement ont été homogènes sur les différents segments de clientèle.

Les contrats d’assurance vie avec un capital garanti brut de frais de gestion se démocratisent. Envisagez-vous ce levier dans vos contrats ?

En effet, nous allons le faire pour les nouveaux contrats du réseau Arkéa. Garantir le capital moins les frais de gestion est assez vertueux, tant pour le client que pour l’assureur. Pour le client, car il y a peu de chance que, dans les années à venir, les rendements des fonds euro soient inférieurs aux frais de gestion. Et pour l’assureur, car baisser le taux de capital garanti allège le besoin en fonds propres dans le cadre de Solvabilité 2 et crée une possibilité de diver­sification qui, au final, doit générer un rendement plus attractif pour le client.

En épargne retraite, quel bilan faites-vous de l’année écoulée ?

Nous avons enregistré une forte progression des souscriptions sur le Perp, notamment via le canal CGPI. On peut l’expliquer par la mise en place du prélèvement des impôts à la source et les incertitudes que cela entraîne sur les versements Perp en 2017. Le canal Internet a également bien fonctionné. Au global, nous enregistrons 37 500 contrats à fin 2016 avec un taux d’UC dans la collecte brute qui s’élève à 41 %.

Et en prévoyance ?

Nous avons réalisé un nombre impressionnant de contrats en assurance emprunteur. Le fait que nos deux contrats, Naoassur et Sérévi Emprunteur, soient accessibles en ligne a augmenté les souscriptions, de plus de 40 % en 2016 : le portefeuille s’établit aujour­d’hui à 42 000 contrats. En outre, nous pensons que la nouvelle loi permettant la résiliation annuelle va entraîner une plus grande mobilité des clients, notamment encou­ragés par l’action des certains acteurs de la place. En parallèle, nous allons apporter quelques ajustements à notre contrat groupe.

En emprunteur, pourquoi avez-vous choisi de faire votre entrée sur le comparateur LesFurets.com ?

Nous pensons que l’assurance emprunteur fait partie des produits que les clients compa­rent. Or, comme nous sommes en avance par rapport à certains acteurs avec notre process de souscription digitalisé, nous estimons que cela correspond bien au modèle Internet des comparateurs. Mais nous avons également cette démarche sur d’autres produits, notamment en dommages avec notre offre MRH qui figure déjà sur des sites de comparaison.

Justement en dommages, comment s’est déroulée l’année 2016 ?

La loi Hamon n’a pas vraiment augmenté les taux de résiliation. Sur ce segment notre produc­tion est encore faible, car nous avons moins de distributeurs, mais nous menons des réflexions sur nos offres, en travail­lant avec une start-up nantaise, pour intégrer les phénomènes d’automobile connectée, d’usage colla­bo­ratif, de tarif à l’usage, dans nos garanties dès cette année. De même que sur notre offre MRH pour développer le volet prévention.

En juin dernier, vos fonctions ont été élargies. Qu’est-ce que cela va changer dans votre stratégie ?

En effet, en plus de Suravenir, j’ai en charge le développement de Suravenir Assurances, la compagnie d’assurance dommages du groupe Arkéa, mais aussi le courtier Novélia, l’activité d’assistance avec Arkéa on Life, et l’asset management avec Fédéral Finance et Schelcher Prince Gestion. Je supervise également la participation d’Arkéa dans Primonial et Arkéa Immobilier conseil. L’idée est de renforcer ainsi les synergies entre les différentes entités de ce pôle Produits que je pilote, notamment en lien avec les innovations en dommages que nous prévoyons pour le courant de l’année.

Où en est le conflit entre la confédération et Crédit mutuel Arkéa ? Et quelles conséquences pour Suravenir ?

Nous attendons plusieurs décisions en 2017 concernant la gouvernance de la confédération et sa conformité aux textes nationaux et européens. ll en est ainsi de l’instance en cours devant la cour d’appel de Paris sur la forme juridique de l’organe central, du litige relatif à la légalité de la réforme statutaire de la confédération de mars 2016, ou encore du contentieux portant sur la légalité de la décision à caractère général de la confédération sur la solidarité. Nous avons des arguments solides et bon espoir de parvenir à la création de deux organes centraux distincts : le CM11-CIC d’un côté, et le Crédit mutuel Arkéa de l’autre. En ce qui concerne Suravenir, nous ne sommes pas impactés dans l’état actuel des choses. La stratégie de développement est autonome et propre à Suravenir.

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