[DOSSIER] Spécial entreprises : Gouverner les risques 4/12

Brigitte Bouquot (Amrae) : « L'assurance dommages est clairement secouée »

Brigitte Bouquot (Amrae) : « L'assurance dommages est clairement secouée »
Bruno Gouhoury / Alpaca / Andia.fr Directrice des assurances et de la gestion des risques de Thalès, Brigitte Bouquot préside l’Amrae depuis mai 2015.

Marseillaise d’origine, la présidente de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise, Brigitte Bouquot, orchestre, du 7 au 9 février, les 26es Rencontres de l’Amrae sur ses terres. Elle y défend la nécessité d’instaurer une gouvernance des risques.

Les 26es Rencontres du risk management portent, cette année, sur L’intelligence des risques. Pourquoi ce choix ?
Nous assistons à un bouleversement général de notre monde qu’il faut collectivement reconstruire. L’intelligence des risques s’est donc imposée, induisant plus de prospective et de stratégie. Cela s’oppose d’ailleurs au schéma assurantiel classique où les risques sont travaillés un par un. L’idée n’est pas de faire un état des lieux des bouleversements puisque nous avons déjà travaillé sur les risques systémiques et climatiques pour la Cop21 et sur la digitalisation l’an dernier. Le risque est traité à tous les étages de l’entreprise, lorsqu’elle travaille sur les cat’nat’, ses systèmes d’information, RGPD, la loi Sapin 2, l’intelligence artificielle ou de nouvelles méthodes de management.

Qu’est ce qui change ?
Ce qui est nouveau, en 2017, ce sont les tournants économiques, politiques et sociaux. Le Brexit et la Catalogne traduisent un repli sur soi de certains états européens, la politique américaine décomplexée interpelle et la route de la soie s’impose comme une alternative économique, voire politique. Apparaît le fair trade versus free trade. En toile de fond de nos rencontres, la question est : est-ce que le système macroglobal qui suppor­te notre process assurantiel de transfert du risque est durable ? Même si, début 2018, on voit arriver un nouveau cycle de croissance, notamment en France qui retrouve de l’influence sur la scène internationale, nous demeurons dans un monde inconfortable, plus incertain aux changements rapides sur fond d’accélération des échanges.

Votre credo consiste à dire que le risk management est l’écologie de l’entreprise. Comment le rôle du risk manager évolue-t-il ?
Le risk management est une discipline transversale où tous les risques doivent être abordés. Le chief risk officer doit donc aussi s’inquiéter de l’évolution de l’homme dans la nouvelle économie immatérielle qui se crée. Mon credo reste la gouvernance des risques dont le risk manager est le chef d’orchestre. Son rôle s’affirme et il est de plus en plus reconnu du fait de la mondialisation des périls. Nous faisons d’ailleurs tout pour en faire une filière d’excellence (lire p. 44). Je continue évidemment de penser que le risk management est l’écologie de l’entreprise dans le sens où seuls leurs politiques et investissements de préven­tion contractuelle, RH, industrielle, informatique – malheureusement pas toujours budgétés – les rendent résilientes et empêchent qu’elles ne soient tuées par un sinistre. Les PME, par exemple, ne sont pas prêtes vis-à-vis du RGPD. Or, reconstrui­re la prévention ex-post est toujours plus compliqué. Les entreprises sont, avec ce règlement, rattrapées par la conformité. Mon point est de faire comprendre que le risk management est plus noble que la conformité. Il est consubstantiel à l’entreprise.

Les entreprises sont aujourd’hui en prise avec des risques globaux, interconnectés et systémiques. L’assurance répond-elle de façon satisfaisante à ces menaces ?
Il faut éviter le gap entre le marché de l’assurance et les besoins de l’entreprise. Les assureurs ont longtemps voulu imposer leur modèle. Par construction, ils se fondent sur le passé pour tarifer des polices futu­res. Cette méthode les place sur un marché de l’offre qui est aujourd’hui challengée par les risques émergents, comme le cyber, les véhicules autonomes, les crises sur les chaînes alimentaires ou le climatique à grande échelle. Il y a donc des enjeux de coconstruction entre entreprises et assureurs et des espoirs avec les technologies prédictives. Comment mutualise-t-on sans statistiques ? C’est d’une complexité inouïe. Sur le cyber, par exemple, les capacités atteignent au mieux 1 Md$ alors que le Lloyd’s fait état d’un scénario de sinistre à potentiellement 55 Md$...

Les captives d’entreprises sont-elles une solution efficace pour ventiler le transfert de risques ?
Cet outil d’assurance permet aux entreprises de concentrer les conséquences d’une sinistralité de fréquence qui intéresse peu les grands assureurs, comme par exemple les aléas sur la qualité des produits. Dans ce cas, les frais de retrait restent dans le bilan de l’entreprise et les assureurs n’interviennent que dans un second temps à des seuils plus élevés et sur des scénarios qui dépassent le seul cadre de l’entreprise avec la conjonction d’événements dont elle est victime. La rétention par la captive présente de l’intérêt sur les sujets émergents car elle instaure une logique de partage de sort avec l’assureur. La place de Paris pourrait être plus attractive sur les captives.

Quels ont été les faits marquants de 2017 ?
Wannacry et Notpetya, les changements politiques et leur implication sur les marchés plus fragmentés où les cat’nat’ ont réveillé la conscience des entreprises. L’assurance dommages est clairement secouée.

D’un point de vue business, avez-vous le sentiment que les entreprises achètent davantage d’assurances ?
Oui, mais je ne peux pas clairement le mesurer. Il y a une propagation du modèle anglo-saxon où tout le monde est enclin, aujourd’hui, à s’assurer sur tout.

Quels sont les chantiers prioritaires de l’Amrae en 2018 ?
L’année 2018 s’inscrit dans la continuité, nos actions stratégiques tant sur le métier que sur l’assurance gagnent en visibilité car le sujet « risque » monte dans les entreprises. Il faut retravailler les questions d’éthique, les « humanités » du risk management, qui n’est pas que de la finance, du droit et de la bureau­cratie.

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