Bruno Huss (Adom) : « Beaucoup pensaient que la mutualité ne résisterait pas. Or, nous sommes toujours là ! »

Bruno Huss (Adom) : « Beaucoup pensaient que la mutualité ne résisterait pas. Or, nous sommes toujours là ! »
Bruno Huss Président de l’Association des directeurs des organismes de mutualité (Adom)

Solvabilité 2, généralisation de la complémentaire santé, révolution digitale... Bruno Huss, président de l’Adom, explique comment les dirigeants mutualistes ont réussi à se réinventer pour continuer à exister.

Argus de l'Assurance : Quelles sont les missions de l’Adom ?

Bruno Huss (Adom) : Créée dans les années 1980, l’Association des directeurs des organismes de mutualité (Adom) a pour objet de permettre à ses membres de se réunir dans un cadre informel, qui ne relève d’aucune instance institutionnelle. En effet, bien qu’ils soient potentiellement en situation de concurrence sur leur marché, nos adhérents – des directeurs généraux, mais aussi des cadres de direction, ainsi que des salariés ayant des fonctions de responsabilité de premier niveau – ont besoin d’échanger sur les sujets métiers qu’ils rencon­trent au quotidien. Une fois par mois, nous organisons donc une manifestation sur une thématique liée à l’actualité du secteur, et en parallèle, des groupes de réfle­xion se réunissent sur des problématiques qui touchent leurs organisations.

Combien de membres comptez-vous au sein de l’association ?

Nous approchons aujourd’hui des 300 adhérents. Soit trois fois plus qu’il y a trois ans. Quand j’ai été élu président de l’Adom en février 2015, nous avons mis en place un projet de redynamisation de l’association. Dans un premier temps, nous avons considéré que nous devions ouvrir l’Adom sur l’inter-livre et l’inter-code. Alors qu’ils étaient auparavant issus essentiellement du Livre 2 du code de la mutualité, nos adhérents se répartissent aujourd’hui sur l’ensemble des Livres (NLDR : 1,2 et 3). Et nous avons jugé que les directeurs – qu’ils relèvent d’une mutuelle 45, d’une mutuelle d’assurance ou d’une institution de prévoyance – avaient tous les mêmes problématiques métiers à partager. Puis, nous avons ouvert l’association à des directeurs de mutuelles avec lesquelles nous avions une proximité de langue. Dans cette logique de pouvoir échanger, nous sommes en relation aujourd’hui avec des mutuelles d’outre-mer, africaines, belges, luxembourgeoises et québécoises.

Quelles sont ces « problématiques métiers » rencontrées par vos adhérents ?

D’abord, nous avons beaucoup parlé de sujets liés au déploiement de Solvabilité 2. Il y a trois ans, nous découvrions ce qu’était une Union mutualiste de groupe (UMG), une Société de groupe d’assurance mutuelle (Sgam) voire une Société de groupe assurantiel de protection sociale (Sgaps). Nous avons donc travail­lé sur cet environnement, qui nécessitait d’acquérir de nouvelles compétences en actuariat, conformité et audit. Ensuite est venu le temps de la généralisation de la complé­mentaire santé. Nous redoutions beaucoup ce passage de l’individuel au collec­tif pour nos entreprises mutualistes, les compétences métiers n’étant pas les mêmes dans les deux univers.

Avec le recul, vos craintes sur l’ANI se sont-elles confirmées ?

Étant donné que beaucoup d’acteurs se sont positionnés sur la généralisation de la complé­mentaire santé : nous redoutions des pertes de parts de marché importantes pour les mutuelles. Nous craignions également qu’il y ait un impact sur l’emploi. Finalement, le passage à l’ANI s’est plutôt bien passé. Même s’il y a eu un peu d’érosion, les effectifs mutualistes ne se sont pas effondrés. Les marges non plus, d’ailleurs. Dans l’ensem­ble, les entreprises ont réussi à se réorganiser et à réorienter leurs réseaux de distribution vers le collectif, sans trop de dégâts.

Nous ne sommes pas dans une logique de mutation brutale, comme on peut le voir dans certains secteurs.

Quelle est la thématique métier qui préoccupe le plus aujourd’hui les membres de l’Adom ?

Depuis un an, nous sommes très axés sur l’innovation. Nos membres s’interrogent notamment sur la façon dont leurs entreprises doivent basculer dans la mutation digita­le, tout en conservant une relation direc­te avec leurs adhérents. De fait, après avoir évoqué le multicanal, puis le cross-canal, nous mettons désormais en avant l’omnicana­lité de nos acteurs. Ou comment chaque adhé­rent choisit le canal d’entrée qu’il veut – Internet, agence, téléphone – pour échanger avec sa mutuelle. Cette mutation nécessite une adaptabilité de nos métiers.

Quel rôle occupent les ressources humaines dans la transformation des mutuelles ?

Les organismes mutualistes ont une sensibilité particulière vis-à-vis de la gestion des ressources humaines. Nous ne sommes pas dans une logique de mutation brutale, comme on peut le voir dans certains secteurs. Nous essayons plutôt de faire évoluer progres­sivement nos organisations, sans casse sociale. Dans ce cadre-là, les RH ont une place prépondérante dans la transformation de nos entreprises. Elles sont la base de la conduite du changement.

SON PARCOURS

Titulaire d’un master en droit, économie, gestion (IEP d’Aix-Marseille), Bruno Huss évolue depuis plus de trente ans dans le monde de la mutualité.

  • 1986 Cadre financier de l’Union départementale sociale de gestion mutualiste.
  • 1993 Chef de la comptabilité du grand conseil de la mutualité.
  • 1999 Responsable financier des Mutuelles de Provence.
  • 2005 Directeur de l’Union de substitution des Mutuelles de Provence.
  • 2007 Directeur de la Mutuelle générale de Marseille.
  • 2011 Directeur général de la Mutuelle de France Plus.
  • 2015 Directeur général de Solimut Groupe et devient président de l’Adom.

D’après vous, quels sont les défis qui attendent désormais la mutualité ?

Déjà, nous devons aller au bout du repositionnement du marché par rapport à la généralisation de la complémentaire santé. Ainsi, de 5 à 10 % des TPE/PME ne sont pas encore en conformité avec l’ANI. Il y a donc encore un potentiel d’entreprises à accompagner sur ce sujet-là. Pour autant, tout en basculant sur le collectif, nos adhérents doivent garder leur appétence pour l’individuel. Car contrairement à d’autres opérateurs, nous avons vocation à couvrir toutes les populations qui ne sont pas concernées par l’ANI, que ce soit les jeunes, les retraités, les sans-emploi, ou enco­re les fonctionnaires. Autre enjeu qui nous attend : offrir à nos adhérents l’offre la plus large possible pour assurer leur protection. Bien que les mutuelles 45 soient historiquement concentrées sur le marché de la complémentaire santé, elles doivent désormais également proposer à leurs adhérents de la retraite, de la prévoyance, de l’auto et de l’habitation. L’élargissement du marché à d’autres acteurs oblige l’ensemble des mutuel­les à devenir des opérateurs globaux. Autant dire qu’il y a là aussi un sujet métier, puisque les collaborateurs des mutuelles doivent être formés à d’autres produits que ceux liés à la santé.

Tout en basculant sur le collectif, nos adhérents doivent garder leur appétence pour l’individuel.

Dans un marché de plus en plus concurrentiel, comment les mutuelles tirent-elles leur épingle du jeu ?

Afin de se différencier, nos membres doivent enrichir leurs offres par des services. À eux de proposer des prestations autres que le simple remboursement des soins. L’offre de soins du Livre 3 et la prévention sont différenciantes sur le marché. De nombreuses mutuelles développent des accompagnements sur les risques psychosociaux. Dans le cadre de la transformation digitale, d’autres mutuelles essaient de se positionner contre la fracture numérique parmi leurs adhérents. La qualité du service global rendu reste l’objectif central.

Alors que le nombre de mutuelles a diminué de plus de moitié sur les dix dernières années, êtes-vous inquiet pour l’avenir de votre secteur ?

Depuis toujours, les mutuelles ont une capaci­té de résilience à des événements qui ne leur sont a priori pas favorables. Beaucoup pensaient que la mutualité ne résisterait pas longtemps à l’ouverture du marché, puis à la généralisation de la complémentaire santé. Or, nous sommes toujours là ! Pourquoi ? Parce que nous avons su anticiper le changement, échanger entre nous et mutuali­ser nos réflexions d’évolution. Le fait que nos membres soient, aujourd’hui, sollicités par des grands groupes en vue de rapprochements prouve aussi que les mutuelles sont des interlocuteurs solides et crédibles. Ce n’est pas parce que leur nombre se réduit que les mutuelles rédui­sent leur potentiel d’attractivité ou le nombre de services qu’elles rendent...

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