Carole Hazé et Robert Visciano (Solimut) : « Notre politique partenariale doit préserver notre identité »

Carole Hazé et Robert Visciano (Solimut) : « Notre politique partenariale doit préserver notre identité »
Robert Visciano, directeur général de Solimut Mutuelle de France et Carole Hazé, présidente de Solimut Mutuelle de France © photos : LAETITIA DUARTE

Issue de nombreuses fusions, la mutuelle basée dans les Bouches-du-Rhône prépare son rapprochement avec Matmut tout en défendant son identité solidaire et militante, héritage du monde des mutuelles de travailleurs.

Argus de l'Assurance : Comment évoluent la mutuelle et le groupe Solimut ?

Carole Hazé - Solimut Mutuelle de France est issue d’un certain nombre de fusions, la derniè­re étant celle, il y a deux ans, de la Mutuelle de France prévoyance (MFP) – qui était l’une des mutuelles de prévoyance des Mutuelles de France – et de Mutuelle de France Plus. Cette opération nous a procuré le double agrément en santé et en prévoyance, ce qui constitue un atout majeur. Quant à l’Union mutualiste de groupe (UMG) Solimut, qui existe depuis 2012, elle est devenue prudentielle au sens de Solvabilité 2 depuis janvier 2018. Elle compte aujourd’hui cinq mutuelles membres, en l’occurrence Solimut Mutuelle de France, la mutuelle Solimut Centre-Océan, Mutami, La SMH et Mutuelle de France Alpes-du-Sud.

Cela permet de consoli­der financièrement les mutuelles entre elles, de renforcer leur solidi­té et de leur apporter l’ensemble des servi­ces prudentiels nécessaires (juridique, contrôle de gestion, combinaison des comptes, gestion des risques…

Les fonctions clés (audit interne, gestion des risques, actuariat et conformité) de Solvabilité 2 sont remontées au niveau de l’UMG. Nous avons complété cette structure avec une union de groupe mutualiste (Ndlr : UGM, non prudentielle), qui regroupe quelques autres mutuelles (Mutuelle familia­le de Corse, Somupos, Mutuelle des Servi­ces publics, Mutuelle familiale de Normandie, Mcrn…). Cette union est le pôle de coordination du développement collectif, marketing et communication pour l’ensemble des mutuelles.

Cette structuration vous a-t-elle permis de vous développer sur le marché, notamment dans le contexte de l’ANI

Robert Visciano - Nous avons stabilisé nos effectifs en santé, même si nous avons un peu souffert en santé individuelle du fait de l’ANI, heureusement compensé par le collectif.

Grâce à notre agrément prévoyance, nous avons pu nous développer et réaliser une bonne année 2017. Nous avons remporté un gros contrat collectif de prévoyance avec la Caisse centrale d’actions sociales du personnel actif et des retraités des industries électri­ques et gazières, IDCP, qui couvre 115 000 adhérents et représente une trentaine de millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous avons aussi gagné un appel d’offres en prévoyance pour la branche des ports et docks. La complémentarité fonctionne au sein du groupe, puisque nous intervenons sur la Chaîne thermale du soleil, en santé, avec les mutuelles du groupe notamment Mutami, Msco... Nous avons égale­ment gagné des contrats en prévoyance individuelle.

Pourquoi avoir choisi de vous rapprocher de Matmut et non plus d’Aesio, comme prévu initialement ? Le rapprochement de Matmut et AG2R La Mondiale peut-il changer la donne ?

C. H. - Notre politique partenariale est non-exclusive et doit préserver notre identité et notre mode de fonctionnement. Les membres d’Aesio ont constitué une UMG avec l’idée d’arriver à la fusion des mutuelles. Nous, nous ne sommes pas dans une logique de fusion. Avec la Matmut, qui accepte l’entrée d’une UMG dans la Sgam, nous pouvons préserver notre mode de fonctionnement et nous restons dans cette logique partenariale non-exclusive. Ainsi, nous ne prévoyons pas de sortir d’Unalis (ndlr : une UGM adossée au groupe Apicil). Le rapprochement de Matmut et AG2R La Mondiale ne change rien à nos projets.

R. V. - Nous misons sur des échanges croisés. Nous proposerons par exemple à la Matmut une offre de prévoyance pour certaines conventions collectives nationales et nous, nous diffuserons le produit Matmut pro Iard pour les TPE/PME.

Vous avez annoncé un plan stratégique voici quelques mois. Avec quels objectifs ?

C. H. - Après avoir bâti une mutuelle concurren­tielle sur le marché, il était important de se poser la question de ce que nous voulons faire à un horizon de trois ans. Nous avons mené un travail en collaboration avec nos comités d’action mutualistes sur le territoire. Nos militants ont été associés à l’état des lieux de nos forces et faiblesses et ont travaillé sur nos valeurs et nos fondamentaux. Il en est ressorti quatre axes : faire rayonner l’identité solidaire et militante de Solimut mutuelle de France ; utiliser l’innovation pour garantir aux adhérents un service spécifique et différenciant ; fidéliser et développer les effectifs mutualistes par une offre globale ; pérenniser la mutuelle, renforcer notre modèle économique et développer les partenariats. Au-delà des mots, l’identité solidaire et militante est importante. Cette idée marque la spécificité des Mutuelles de France.

Que signifie cette appartenance, alors que les mutuelles se banalisent ?

C. H. - Nous sommes issus de la mutualité des travailleurs. Dans un marché qui est certes concurrentiel, et où la complémentaire santé est banalisée, nous pensons que notre identité va faire notre force, si tant est que nous arrivions à unifier notre discours et notre action sur le terrain. Dans le cadre du projet stratégique, nous avons recruté une personne chargée de la coordination et de l’action de proximité sur les territoires afin, entre autres, de faire venir à nous des personnes nouvelles. Nous allons lancer à l’automne une campagne pour faire connaître nos valeurs, et ensui­te on va les relayer en 2019 par quatre temps particuliers de campagnes spécifiques.

Comment s’incarne cette identité auprès du marché ?

C. H. - Cela se traduit par exemple dans la manière d’envisager les actions de prévention. Sur la santé au travail, qui est un axe fort dans les contrats collectifs, l’idée est de ne pas se limiter à des sujets comme l’alimentation, le diabète ou le bien-vieillir, qui sont des actions de santé publique que l’on peut mener aussi en dehors du cadre professionnel. Ce qui peut faire notre spécificité, c’est une réflexion sur le sens du travail, l’évolution du travail dans la société. La santé au travail est un déterminant de santé extrêmement fort, qui interroge l’organisation du travail, le fait que les salariés dans l’entreprise se sentent en situation d’épanouissement dans leur vie professionnelle. Cette vision nous apporte une expertise différenciante dans la conception d’actions de prévention. Et comme nous sommes historiquement issus des mutuelles d’entreprise, nous avons encore des militants pour porter cette vision. Mais l’idée est aussi de discuter avec tous les acteurs de la santé au travail. Un autre élément constitutif de notre identité Mutuelles de France est la complémentarité entre le livre 2 et le livre 3. Nous avons toujours porté un projet de société, l’accès aux soins pour tous, ce qui passe par la complémentaire santé d’une part, et par l’offre de soins sur les territoires d’autre part. Le livre 3 est constitutif de notre identité, nous gérons des centres de santé de médecine coordonnée et sans dépassement d’honoraires.

Ces activités de livre 3 sont-elles à l’équilibre ?

C. H. - Nous ne les gérons pas en propre, ce sont des unions mutualistes de L3 qui sont gestionnaires. Cela dit, je prendrai la question différemment. Soutenir le développement d’une offre de soins en secteur 1 répond à un besoin de santé sur le territoire. Et il faut la financer avec les autres acteurs des territoires, l’Agence régionale de santé (ARS), l’État, les communes… Quand nous avons un centre de santé, nous avons des frais structurels et nous prenons en charge toute l’activité de tiers payant, de secrétariat, et ces coûts ne sont pas du tout pris en compte dans les rembour­sements de l’Assurance maladie. Nos réalisations de livre 3 jouent une mission de service public et doivent avoir le soutien des pouvoirs publics.

Ce soutien, l’avez-vous ?

R. V. - Oui, nous l’avons eu pour le Grand conseil de la mutualité (ndlr : GCM, premier réseau de soins à but non lucratif des Bouches-du-Rhône). L’ARS a complètement reconnu son rôle sur les territoires, et elle a pris les mesures pour l’accompagner et l’aider. Si on supprime le GCM, 200 000 personnes ne bénéficient plus d’un accès à des médecines spécialisées, à des soins dentaires. Il y a des villes, comme Port-Saint-Louis (Bou­ches-du-Rhône) qui compte 10 000 habi­tants, dans lesquelles il n’y a quasiment plus aucun médecin en dehors du GCM. Le centre de santé joue donc complè­tement son rôle d’accès aux soins que la médecine libérale n’est pas arrivée à construire.

Robert Visciano, directeur général de Solimut Mutuelle de France

Âgé de 58 ans, Robert Visciano est titulaire d’un master en ergologie, obtenu en formation continue à l’université d’Aix–Marseille en 2008 et a accompli toute sa carrière professionnelle dans le monde mutualiste, initialement en tant qu’agent technique puis guichetier et agent de maîtrise.

  • 1989 Responsable d’unité sanitaire au centre de santé de Gardanne
  • 2008 Responsable puis directeur de réseau de la Mutuelle France Sud
  • 2016 Directeur général de Solimut Mutuelle de France

Carole Hazé, présidente de Solimut Mutuelle de France

Âgée de 45 ans, Carole Hazé est titulaire d’un DEA en sciences politiques, et a commencé sa carrière comme responsable du développement dans la Mutualité étudiante, puis au sein de l’Union des Mutuelles d’Île-de-France (Umif).

  • 2002 Présidente de l’Umif et responsable du pôle jeunesse de la Fédération des mutuelles de France (FMF)
  • 2016 Élue secrétaire générale de Solimut Mutuelle de France
  • 22 juin 2018 Élue présidente de Solimut Mutuelle de France

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