Christophe Graber (Réunion aérienne et spatiale) : « Nous voulons asseoir nos positions sur le marché mondial »

Christophe Graber (Réunion aérienne et spatiale) : « Nous voulons asseoir nos positions sur le marché mondial »
photos : LAETITIA DUARTE

Rester offensif sur un marché qui a connu une baisse drastique du volume des primes depuis plusieurs années : c’est le pari que fait Réunion aérienne et spatiale. L’entreprise a ajouté le chinois PICC Property & Casualty à son tour de table et pourrait ne pas s’arrêter là.

Argus de l'Assurance : Le marché de l’assurance aviation est assez chahuté, en raison d’une baisse tendancielle du volume des primes. Comment s’en sort Réunion aérienne et spatiale ?

Christophe Graber : En 2017, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 153 M$ (environ 132 M€) dans la branche aviation, dont 107 M$ (près de 92 M€) sur le marché des compagnies aériennes, 27 M$ (23 M€) auprès des constructeurs et aéroports et 19 M$ (16 M€) dans l’aviation générale. Mais surtout, notre ratio combiné s’établit à 95 % contre 137 % l’année précédente. Nous avons donc réalisé une bonne performance.

Pour quelles raisons ?

Deux facteurs nous ont été favorables : le dynamisme du marché et l’amélioration de la sécurité. Sur le premier point, la demande est stimulée par l’augmentation continue du nombre d’avions et de passagers à l’échelle mondiale. La médaille a toutefois son revers : le gâteau attire de nombreux acteurs soucieux de se diversifier, ce qui crée une forte surcapacité. Nous avons par ailleurs bénéficié de l’amélioration très nette de la sécurité et des process. Selon les statistiques de l’Association du transport aérien international (Iata), 2017 a été l’année la plus sûre du transport aérien. Cette faible sinistralité peut toutefois avoir un effet pervers : la diminution de nos primes, qu’il est logique que l’on ajuste… jusqu’à un certain point. En 2018, nous constatons que la sinistralité repart un peu à la hausse sur le marché des compagnies aériennes. Cela vient nous rappeler la nécessité d’avoir un niveau de primes qui cesse de s’effriter.

Estimez-vous que l’érosion des primes peut être enrayée en 2018 ?

Nous n’avons pas encore de vision précise de la collecte car, sur le marché des compagnies aériennes, les renouvellements interviennent surtout de septembre à décembre. Mais nous avons clairement besoin de restaurer nos marges, et l’on constate que le marché dans son ensemble manifeste également une volonté de se stabiliser. Il est difficile d’apprécier le niveau de reprise que l’on pourra atteindre, mais une augmentation globale du volume de primes semble acquise.

Qu’en est-il sur le marché du spatial ?

Nous avons connu un exercice 2017 exceptionnel avec un ratio combiné de 30 % contre 90 % l’année précédente, le chiffre d’affaires s’établissant à 21,5 M\$ (environ 18,5 M€). Les niveaux de prix peuvent être considérés comme bas, mais ils sont corrélés à une sinistralité elle-même très faible. En 2018, on s’attend à une année de vaches maigres en termes de lancement. Cet aspect très cyclique du marché a bien sûr un impact sur les résultats mais, dans le même temps, nous souffrons moins de la concurrence de nouveaux entrants que dans l’aviation. L’assurance spatiale est vraiment un marché d’experts.

Comment travaille un intermédiaire comme vous sur ce marché de l’aviation et de l’industrie spatiale ?

Administrativement, en tant qu’agence de souscription, nous sommes effectivement un intermédiaire. Mais dans la réalité, nous nous considérons comme un assureur. Notre métier de tous les jours, c’est d’aller prospecter les marchés, d’analyser et souscrire les risques, de gérer les polices d’assurance, de payer les sinistres, de placer la réassurance et de constituer des bordereaux de reporting comptables et financiers conformes à la législation. Tous les intermédiaires de la place sont nos partenaires et non des concurrents.

Quels sont les axes de développement que vous explorez pour les années qui viennent ?

Il y a encore beaucoup de choses à faire au sein de notre branche. Sur l’aviation générale, par exemple, nous sommes très forts en France et en Afrique francophone, mais moins ailleurs. Notre terrain de jeu peut encore s’agrandir, notamment au travers d’alliances avec des opérateurs locaux qui ont la connaissance du marché et qui ont envie de travailler avec nous parce que nous sommes spécialistes d’une branche qui leur est moins familière.

Vous avez annoncé en juin dernier une alliance avec la première compagnie d’assurance de Chine en termes de chiffre d’affaires, PICC Property & Casualty. En quoi consiste-t-elle ?

Structurellement, nous sommes une plate-forme ouverte depuis notre création en 1953 – à l’époque sous le statut de Groupement d’intérêt économique (GIE). Ce n’est donc pas une rupture dans notre gouvernance ni dans notre politique commerciale. J’ai proposé au conseil d’administration de diversifier nos risques en nouant des partenariats avec des sociétés qui pouvaient s’intégrer dans notre écosystème et nous apporter une ouverture vers d’autres marchés. La première concrétisation, c’est l’alliance PICC P & C, qui représente désormais 10 % de notre tour de table, contre 30 % pour chacun des autres membres, Scor, MMA et Generali.

Pourquoi cette alliance ?

Compte tenu des perspectives de la Chine dans l’aviation, c’est une formidable opportunité pour nous, non seulement sur le segment des compagnies aériennes, mais également auprès des constructeurs et des aéroports. De son côté, PICC P & C accède ainsi à un portefeuille mondial sans avoir à ouvrir des bureaux. Nous proposons vraiment un contre-modèle, par rapport à la stratégie de beaucoup de compagnies qui veulent avant tout avoir leur réseau et leur marque partout dans le monde.

Cette initiative va-t-elle faire des petits ?

Il n’est pas question de passer à 25. Mais un tour de table à plus de quatre peut s’envisager. Des discussions sont en cours et elles pourraient aboutir dès l’année prochaine. L’idée est d’asseoir nos positions sur le marché mondial : PICC P & C a été la première pierre à l’édifice.

Quelles sont les grandes tendances du marché de l’aviation susceptibles d’avoir un impact sur les acteurs de l’assurance ?

La montée en puissance de l’Asie est évidemment un aspect important. Pour l’instant, le marché est assez bien réparti entre les trois grandes régions que sont l’Asie-Pacifique, l’Europe et l’Amérique. Cela se reflète d’ailleurs dans nos propres résultats, chacune de ces zones représentant respectivement 31 %, 26 % et 24 % de notre chiffre d’affaires sur le segment des compagnies aériennes. Autre tendance de fond : les fusions et rapprochements qui se sont opérés et se poursuivent parmi les compagnies aériennes, mais aussi les constructeurs.

Quels sont exactement les risques que vous couvrez ?

Une grande compagnie aérienne, aujourd’hui, achète en moyenne 2,5 M\$ (environ 2,16 M€) de capacité d’assurance. Dans les garanties, il y a bien évidemment un volet dommages aux aéronefs, qui représente environ 10 à 15 %. Mais le risque majeur en capacité, c’est la responsabilité civile. Dans le domaine du spatial, on couvre trois phases : le lancement, le déploiement des satellites et enfin leur vie en orbite.

Quid du risque cyber ?

Aujourd’hui, ce n’est pas un risque exclu dans notre branche. Il est évident que si un avion venait à s’écraser parce que quelqu’un en a pris les commandes à distance, l’assureur ne pourrait décemment pas envisager de ne pas indemniser les victimes. Mais c’est un risque qui mérite d’être clarifié et explicité. Nous avons détecté beaucoup de couvertures silencieuses dans notre branche, notamment les détournements de données personnelles des clients dont les compagnies aériennes sont dépositaires.

En tant qu’intermédiaire, êtes-vous concernés par la nouvelle législation DDA applicable au 1er octobre ?

Absolument ! Toutes nos affaires sont intermédiées, donc nous devons nous assurer que nous-mêmes et nos partenaires agents et courtiers soyons au bon niveau de respect de la réglementation.

Son parcours

Âgé de 51 ans, Christophe Graber est diplômé de l’Institut européen d’études commerciales supérieures de Strasbourg et du Centre des hautes études d’assurance (CHEA). Après avoir présidé le Gareat (Gestion de l’assurance et de la réassurance des risques attentat et actes de terrorisme), il est, depuis 2013, président du Comat (Comité maritime, aviation, transport).

  • 1989 Souscripteur de réassurance chez AM Strasbourg (Groupe Covéa)
  • 1996 Responsable marché français au sein de Tela Versicherung (réassurance des risques informatiques)
  • 2000 Directeur de la réassurance de Generali France
  • 2006 Il rejoint Groupama où il occupera notamment les fonctions de directeur de la réassurance externe et de directeur risques d’entreprises
  • 2013 Directeur général de Réunion aérienne et spatiale

 

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