Daniel Antoni (Thélem Assurances) : les inondations de 2016, « sinistre le plus important depuis la tempête de 1999 »

Daniel Antoni (Thélem Assurances) : les inondations de 2016, « sinistre le plus important depuis la tempête de 1999 »
PHOTOS :David Delaporte / Andia.fr Daniel Antoni Directeur général de Thélem Assurances

La mutuelle d’assurance s’est retrouvée l’année dernière en première ligne face aux inondations de la région parisienne. Dix mois plus tard, bilan de ce sinistre hors normes.

Argus de l'Assurance : Thélem a été particulièrement touché par les inondations de juin 2016. Quel est le bilan ?

Cela a été un événement marquant pour nous. Nous sommes extrêmement implantés dans les régions qui ont été touchées : le centre de la France, la Sologne, l’Orléanais et le sud du bassin parisien. Nous avons recensé 4 000 sinistres au total... Ce qui est quand même beaucoup. Les dommages s’élèvent à environ 40 M€. Nous sommes sans doute un des acteurs les plus impactés, environ quatre fois plus que le marché

Quels sont les principaux types de sinistres ?

C’est essentiellement du dommage aux biens physiques, plus précisément aux bâtiments pour l’essentiel. Il y a très peu de dommage automobile. L’inondation est quand même un ­sinistre que l’on voit un peu venir. Beaucoup de gens ont réussi à mettre leur voiture à l’abri.

Vous avez eu, vous-même, des agents qui se sont retrouvés les pieds dans l’eau.

Nous avons eu des agents généraux qui ont été touchés. Notre siège à Orléans ne l’a pas été directement. Mais les accès étaient rela­tivement compliqués. En revanche, nombre d’entre nous ont été touchés à leur domicile. Il faut dire que les niveaux de crue sur le Loing ont dépassé les crues de 1910 qui étaient historiquement les plus importantes recensées. Des quartiers entiers ont été inondés dans certaines villes. Je pense à Montargis ou Nemours. L’émotion collective était extrêmement importante.

Comment se gère concrètement une telle situation d’urgence ?

Nous avons mis en place un dispositif de crise pour assurer le service dans les meilleures conditions possibles. On a tout de suite essayé de prendre la mesure de l’événement. Au départ, cela a consisté à aller voir les assurés. Notre réseau d’agents s’est avéré très utile sur ce point, parce qu’un contact humain s’est établi immédiatement. Nos inspecteurs ­sinistre, basés au siège, ont également été très présents aux côtés des assurés dès les premiers jours. La suite, ce sont des expertises qu’il faut mettre en place très rapidement en ayant conscience des priorités. Parce qu’il y a forcément un engorgement. C’est là que la reconnaissance terrain immédiate montre son intérêt. Puisque l’on sait où il faut concentrer les moyens.

SON PARCOURS

Daniel Antoni, 62 ans, est diplômé de l’École polytechnique et ingénieur civil des Mines.

  • 1983 Directeur commercial et marketing, puis directeur technique et du réseau de distribution d’Azur.
  • 1998 Président-directeur général de GMF Assurances et GMF Vie.
  • 2000 Président du directoire d’Azur-GMF.
  • 2004 Directeur général adjoint, chargé de l’assurance dommages et de la réassurance d’Azur-GMF.
  • 2006 Rejoint Thélem Assurances.
  • 2007 Directeur général de Thélem Assurances.

Et aujourd’hui où en êtes-vous dans le règlement des dossiers ?

Nous sommes à jour. Nous avons réglé plus de 90 % des dommages. Les règlements se sont faits au jour le jour, en fonction des ­retours des rapports d’expert, dès le mois de juillet, c’est-à-dire quelques jours après ­l’événement.

Quels sont les cas restants ?

Les dégâts provoqués par les inondations peuvent être assez complexes à gérer. Il y a des dégradations insidieuses qui n’apparaissent pas dans un premier temps, tels que des ­effondrements de terrain ou des dommages sur les structures. Nous avons quelques cas comme ça. C’est pour cela que nous n’avons pas tout réglé aujourd’hui. Mais ­globalement nous considérons avoir bien fait face à l’événement. Enfin c’est plutôt à nos assurés de considérer que nous avons bien travaillé.

Vous avez fait des études de satisfaction ?

Nous avons des retours qualitatifs qui ­remontent par les réseaux de distribution, notamment par les agents généraux. Nous faisons également systématiquement une enquête après tout règlement de sinistre. Des ­questionnaires de satisfaction sont envoyés dans le mois qui suit la clôture. Tous les ­assurés ne répondent pas nécessairement. Mais des retours qui nous sont parvenus ­ressortent des indices très satisfaisants sur l’ensemble des sinistres.

Vous aviez déjà connu un événement aussi sinistrogène ?

C’est le sinistre le plus important que nous ayons connu depuis les tempêtes de 1999. Ce qui en fait un événement très significatif.

Les inondations vont-elles peser sur vos résultats ?

Ça pèse forcément. L’ordre de grandeur de notre chiffre d’affaires est de 340 M€. Un ­sinistre à 40 M€, ce n’est donc pas rien. Une partie significative de ce montant est trans­férée vers les réassureurs. Net de réassurance, le sinistre impacte le compte d’exploitation de l’année à hauteur de 10 M€.

L’ordre de grandeur de notre chiffre d’affaires est de 340 M€. Un sinistre à 40 M€, ce n’est donc pas rien.

Allez-vous rester bénéficiaire ?

Le résultat va rester de bonne tenue cette année. Donc largement bénéficiaire. Ce qui est une bonne nouvelle. La maison est quand même plutôt robuste !

Comment encaisse-t-on un tel coup ?

La réassurance joue beaucoup, puisqu’elle absorbe les trois quarts des sinistres. L’autre élément d’explication, c’est que la sinistralité globale de l’entreprise est favorable. Notre ratio combiné reste inférieur à 100 % pour l’année 2016.

Y a-t-il eu un impact sur vos contrats de réassurance ?

Les réassureurs regardent l’exposition ­globale aux risques. Les inondations étant consi­dérées comme un événement exceptionnel, les traités de 2017 ont pu être renouvelés dans de bonnes conditions. Nous avons aussi ­bénéficié d’un marché de la réassurance plutôt favorable, qui reste sur une tendance à la baisse depuis plusieurs années. Il faut ­souligner aussi que la majeure partie des ­sinistres a concerné le traité catastrophe naturelle, dans le cadre duquel la majorité des cessions s’effectuent vers la Compagnie ­centrale de réassurance (CCR), sous des ­conditions qui sont des conditions de ­marché.

Comment se porte la croissance de Thélem ?

Elle devrait être de l’ordre de 2 % cette année. Nous restons donc structurellement sur une croissance plus forte que la moyenne, avec un marché qui sera plutôt autour de 1,5 %. Sur les cinq dernières années on doit avoir un rythme de croissance de l’ordre de 5 % par an. Ce qui est plutôt bien, sur un marché qui a tendance à être plutôt fade.

La croissance de Thélem devrait être de l’ordre de 2 % cette année.

Il y a donc eu un ralentissement cette année. Comment s’explique-t-il ?

Les causes sont principalement réglementaires. Il y a d’abord la loi Hamon qui a autorisé la résiliation infra-annuelle sur l’auto et sur l’habitation. Entre son entrée en vigueur en 2015 et le courant de l’année 2016, nous avons observé une accélération des résiliations. La réforme a permis aussi d’augmenter les affaires nouvelles. Mais la hausse des r­ésiliations a été plus forte. Ce qui a ralenti les rythmes de croissance en auto et en habitation. La croissance dans ces secteurs est tout de même restée positive. D’autant que le ­phénomène est en train de s’inverser. Depuis la fin de l’année 2016, nous retrouvons les tendances de long terme, qui sont plutôt à la baisse des résiliations.

Comment l’ANI vous a-t-elle impacté ?

Nous avons enregistré une perte de l’ordre de 7 % en 2016 de notre portefeuille santé individuelle. C’est moins que ce que l’on pensait, mais c’est quand même une perte significative. Traditionnellement, nous avions plutôt des croissances de 10 % dans ce domaine. Donc la différence est extrêmement importante. Ce contrecoup a surtout été ressenti début 2016. À la fin de l’année, nous avons progressivement retrouvé l’équilibre. Et en 2017 nous sommes à nouveau en croissance.

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 18 octobre 2019

ÉDITION DU 18 octobre 2019 Je consulte

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Prestation d'assurance

Amiens Aménagement

18 octobre

80 - Amiens

Prestations de services d'assurances IARD pour une durée de 4 ans.

Ville de L'Ile d'Elle

18 octobre

85 - L'ILE D'ELLE

SERVICE D'ASSURANCES DES RISQUES STATUTAIRES.

Communauté de Communes du Savès

18 octobre

32 - LOMBEZ

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Daniel Antoni (Thélem Assurances) : les inondations de 2016, « sinistre le plus important depuis la tempête de 1999 »

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié