Daniel Collignon (Spirica) : «Notre stratégie est de limiter la souscription des fonds euros»

Daniel Collignon (Spirica) : «Notre stratégie est de limiter la souscription des fonds euros»
Daniel Collignon Directeur général de Spirica

Spirica, filiale de Crédit agricole Assurances, fête cette année ses 10 ans d’existence. L’assureur vie affiche une croissance à deux chiffres, fruit de choix stratégiques qui tranchent sur le marché, que nous explique son directeur général Daniel Collignon.

Argus de l'Assurance : Quel bilan dressez-vous de l’année 2016 pour Spirica ?

Daniel Collignon (Spirica) : Le premier semestre 2016 a connu une bonne dynamique en termes de collecte, en progression d’environ 30% pour s’établir à 700 M€ environ, encore largement investis en fonds euros. À partir du second semestre, nous avons mis en place des mesures pour imposer des parts en unités de compte pour les nouvelles souscriptions. Nous avons constaté une légère baisse de la collecte sur la deuxiè­me partie de l’année : fin septembre, la progression s’établissait autour de 20 % par rapport à 2015 et le chiffre d’affaires s’élevait à 1 Md€ contre 850 M€ en 2015.

Quelles sont les mesures que vous avez prises à partir du second semestre ?

Il y a eu deux opérations différentes. D’une part, un changement des conditions générales de tous nos contrats pour passer d’une garantie du capital net de frais de gestion à une garantie du capital brut de frais de gestion pour nos fonds en euros. Cela s’applique sur les nouveaux contrats souscrits après juillet 2016. D’autre part, nous avons imposé une part minimale d’unités de compte pour toutes les nouvelles souscriptions, comprise entre 25 % et 50%.

Donc sur les fonds en euros, la garantie du capital peut être moindre que 100% ?

En effet. Mais cette logique est celle des fonds croissance lancés en 2013. Nous avons pris soin d’expliquer cette démarche à nos partenaires distributeurs. La garantie du capital à 100% oblige à maintenir nos investissements en obligations bien notées et donc à ne plus générer de rendement. Il faut donc s’orienter vers plus de diversification : les 1 à 2% de capital non-garanti nous permettent d’augmenter notre poche de diversification. Nous visons des rendements plus élevés en investis­sant, notamment sur de l’immobilier. En outre, cela nécessitera moins de fonds propres dans le cadre du régime pruden­tiel Solvabilité 2.

Vous avez donc introduit des restrictions aux souscriptions sur les fonds euros ?

Nous avons effectivement fermé à la commer­cialisation les contrats de capitalisation pour les personnes morales soumises à l’impôt sur les sociétés : cela nous permet d’éviter une collec­te 100% fonds euros. Pour les autres contrats, nous avons mis en place une stratégie de limitation à la souscription des fonds euros. Cependant, il y a des exceptions pour les personnes âgées de plus de 80 ans et pour les personnes protégées. Nous n’avons pas rencontré de réticence particulière auprès des clients, et notre part d’unités de compte dans la collecte a progressé pour s’établir à près de 40%.

Quel regard portez-vous sur les nouvelles mesures introduites par la loi Sapin 2 en assurance vie ?

C’est une bonne loi, car elle permet de lutter contre une éventuelle situation de panique, conduisant à des retraits massifs de l’épargne par les assurés, mais elle a été très mal expliquée. La perspective d’un blocage de l’épargne pendant trois à six mois fait peur, plus au niveau des fonds euros que des unités de compte. Concernant les mesures sur la dotation de la provision pour participation aux bénéfices, nous pensons que le fait d’avoir pris cette loi a fait réagir le marché vers plus de prudence, comme on le voit avec les premières annonces de taux de rendement pour 2016.

Et pour Spirica, quelle politique allez-vous mettre en place pour les taux de rémunération au titre de 2016 ?

Il y a un réel enjeu concurrentiel mais nous baisserons nos taux de rendement au minimum de 50 centimes, c’est-à-dire que pour les taux qui étaient de 2,55 % en 2015, ils seront portés au maximum à 2,05 % au titre de 2016. Cette baisse est un minimum, mais pour certains fonds en euros, elle pourra être plus importante. Mais il faut noter que l’enjeu de rendement est moins fort chez les clients. En outre, à ce jour, nous serons en mesure de doter la provision pour participation aux bénéfices. Nous ne l’avions pas fait jusqu’à présent, car notre stock n’était pas suffisamment important.

Il y a actuellement un projet de créer une nouvelle réserve appelée provision pour rendements futurs. Qu’en pensez-vous ?

Cette provision s’inscrit dans la logique d’un marché rétif à faire des provisions. C’est une démarche intelligente qui permet de préparer l’avenir, mais elle serait inopérante si les taux d’intérêt remontaient au-delà de 1,5 ou 2 %. En revanche, cette nouvelle provision n’est pas tout à fait adaptée à Spirica en raison de l’évolution du stock. En effet, eu égard à la croissance rapide de celui-ci, la société n’ayant que 10 ans d’existence, la pondération des rendements de l’actif, nécessaire pour le calcul de la provision pour rendements futurs, ne serait pas révélatrice de notre rende­ment réel.

SON PARCOURS

Daniel Collignon, 62 ans, ingénieur de l’École Polytechnique, est directeur général de Spirica depuis 2010.

  • 1976 Entame sa carrière au sein de la Commission de contrôle des assurances.
  • 1981 Sous-directeur au sein de la Fédération Continentale, filiale du groupe Generali, puis directeur et directeur général.
  • 2001 Directeur général adjoint de Generali France Holding, en charge des nouvelles technologies appliquées au développement.
  • 2006 Membre du directoire d’April Group et directeur général d’April Group Vie-Épargne.
  • 2007 PDG de la compagnie d’assurance vie d’April Group, Axéria Vie (devenue Spirica).
  • Depuis 2010 Directeur général de Spirica, filiale de Crédit agricole Assurances.

Avez-vous fait évoluer votre stratégie d’allocation d’actifs ?

Il n’y a pas encore de changement significatif au niveau de notre allocation d’actifs. Aujourd’hui 75 % sont investis en obligations corporate et bancaires et 25 % en actions et immobilier notamment. Nous avons également une part importante de trésorerie car, étant donné la croissance importante de notre portefeuille et le contexte de taux bas, il n’existe pas en permanence de poches intéressantes sur lesquelles investir. En 2017, nous envisageons toutefois de réduire légère­ment notre poche obligataire.

Par quel canal de distribution se fait principalement la collecte ?

Notre canal historique reste les plateformes de conseillers en gestion de patrimoine indépendants dont notre filiale commune avec Predica, UAF Life Patrimoine, qui réalise un quart de notre collecte, ou Nortia. Internet (avec notamment BforBank) représente environ 20 % de la collecte, le reste étant réalisé par le réseau banque privée et d’autres parte­nariats comme Cyrus Conseil. C’est notre cadrage stratégique et nous n’envisageons pas d’évolution majeure pour le moment.

Comment intégrez-vous les futures évolutions de la réglementation sur l’intermédiation en assurance ?

Nous travaillons sur de nouvelles modalités de rémunération au cas où les rétrocessions seraient interdites. En particulier, nous regardons attentivement le modèle à l’anglaise dans lequel la rémunération des distributeurs dépend du conseil, et donc de l’allocation d’actifs, et non de l’actif sur lequel l’épargne est investie. Cette formule est actuellement effective dans le cadre de notre partenariat avec la société de gestion Athymis.

Cela peut également être mis en œuvre avec les placements proposés par les robo-advisors.

Avec les robo-advisors, l’investissement se fait sur des ETF (Exchange-Traded Fund ou fonds indiciel côté), qui ne donnent pas lieu à rétrocession. Déconnecter la rémunération du choix des supports s’inscrit dans le cadre régle­mentaire de la directive sur l’intermédiation en assurance. Nous avons déjà engagé des réflexions sur les robo-advisors et nous serons prêts en 2017 pour proposer ces solutions à nos distributeurs qui le souhaitent.

La mise en œuvre du règlement Priip’s va-t-elle modifier votre offre ?

Ce règlement européen part peut-être d’une bonne intention : assurer la comparabilité des investissements financiers packagés. Toutefois, certaines mesures envisagées sont contre-productives et n’auront pas pour effet de mieux informer les clients. Pour autant, nous n’envisageons pas de réduire la gamme de nos supports d’investissement. Nous sommes en architecture ouverte et, si besoin, nous aurons recours à des sous-traitants pour les documents d’information à produire.

Quel bilan faites-vous de la première année de mise en place de Solvabilité 2 ?

Sa mise en œuvre est compliquée. Toutes nos actions sont conditionnées par cette réglementation. Et il y a des problèmes de fond, notamment la notion de taux sans risque : un investissement en actions générant un besoin en SCR (capital de solvabilité requis) brut de 39 % est supposé rapporter la même chose qu’une OAT (emprunts d’État), dont le SCR est nul ; au moment où il faut financer le développement des entreprises, cette règle n’est, pour le moins, pas une incitation.

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