Daniel Havis, président du groupe Matmut : "Les grands groupes n'ont pas démontré leur réelle efficience »

Daniel Havis, président du groupe Matmut :
Daniel Havis Président du groupe Matmut

Figure du mutualisme français, Daniel Havis a fait les grandes années de la Matmut. Le président de la mutuelle rouennaise revient, pour L’Argus de l’assurance, sur l’après Sferen, fustige le jusqu’au-boutisme réglementaire et évoque sans fard son propre avenir.

En avril 2015, vous avez cédé la direction générale à Nicolas Gomart dans une logique de continuum en matière de gouvernance. Vous comme président, lui aux affaires courantes. Est-ce bien cela ?
Oui et pour bien le matérialiser, j’ai quitté la rue de Sotteville où se situe le siège historique de la Matmut à Rouen pour des bureaux sur la rive droite. Une première ! Les gens y ont vu une simple réponse à l’exigence réglementaire des quatre yeux. C’est inexact. Je crois surtout que les dirigeants doivent adapter la gouvernance de leurs sociétés à leur moment. Après 23 ans, j’ai laissé la main à Nicolas ­Gomart qui gère désormais le fonctionnement opérationnel du groupe, ses options techniques. Il s’occupe du quotidien de la Matmut, moi je m’en préoccupe, et nos échanges sont permanents. Après, statutairement, le groupe pourrait, si cela correspond alors au moment, renommer un PDG.

Dans votre rapport d’activité 2015, vous expliquez faire « un métier sociologique, accompagner une évolution sociétale, y appliquer de la statistique et en déduire des facteurs de risques ». Y en a-t-il plus qu’avant ?
Chaque époque comporte ses risques. Et ­certains assureurs en réinventent ! La faute, sûrement, aux habillages marketing… Prenez les formules contractuelles « Pay as you... », c’est un avatar du contrat profil des mutuelles du Mans de 1992 !

Comment définiriez-vous la Matmut par rapport aux autres mutuelles ?
Nous sommes atypiques, à Rouen quand les autres sont à Niort ou à Paris, avec une très forte culture interne. Je connais tous mes proches collaborateurs de très longue date. Et nous sommes peu diversifiés, dans le sens où nos offres et services sont centrés sur le domaine assurantiel. La Matmut est, enfin, marquée par la longévité des mandats de ses dirigeants. Paul Bennetot (1962-1993), puis moi. Ça laisse le temps d’orienter.

Comment était Paul Bennetot ?
Il n’était pas assureur, donc on peut penser que cet enseignant titulaire d’une licence en droit n’aurait pas été reconnu  fit & proper  par l’ACPR pour créer une société d’assurance. Cela pose question, vu le succès rencontré par la Matmut… Il m’a transmis sa perception sociologique du métier, sauf qu’il était plus directif. Pour ma part, je reste persuadé que l’erreur commune crée le droit… Le rôle d’un assureur est d’accompagner les changements.

Parlons de Sferen. Où en est le divorce d’avec la Macif, acté en mai dernier ?
Dans le cadre de Sferen, nous sommes partis à trois et avons essayé de poser des règles à trois. On a peut-être eu tort, moi le premier, de ne pas bien avoir reposé toutes les questions qu’il aurait fallu, quand la Maif est sortie fin 2014. Lors de la construction de la Sgam Sferen au sens de Solvabilité 2, la Macif a voulu faire valoir qu’elle avait plus de sociétaires, donc devait se voir accorder une place plus importante. Pour ma part, j’étais plutôt sur le schéma une mutuelle, une voix. Si nous ne sommes pas arrivés à surmonter cet ­obstacle, peut-être est-ce parce que nous n’avions plus assez d’appétit…

Vous avez toutefois bâti de nombreuses coopérations avec la Macif, telles Inter Mutuelles Assistance, Darva, OFI, Socram Banque, puis plus récemment Sferen Réparation, Sferen Innovation, sans oublier la collaboration dans le cadre d’Inter Mutuelles Entreprises … Qu’en restera-t-il ?
Beaucoup datent d’avant les fiançailles, il n’y a aucune raison qu’elles s’arrêtent. Il est ­possible qu’il y ait des évolutions, mais les intérêts de massification demeurent.

Vous avez présidé le Groupement des entreprises mutuelles d’assurance (Gema). Quel jugement portez-vous sur son action ?
Le Gema a été un syndicat extrêmement ­efficace, avec des résultats très positifs. On a par exemple beaucoup transpiré sur le ­bonus-malus, dont on nous disait qu’il était une atteinte au marché unique. On travaillait ensemble, avec une forte capacité de mobilisation, tout en restant concurrents.

Quel regard portez-vous sur la nouvelle Fédération Française de l’assurance ?
Étant un des pères fondateurs, avec Gérard de la Martinière, de l’Association Française de l’assurance, je l’accompagne de tous mes vœux. Mais ce sera certainement compliqué.

C’est pourtant censé simplifier le lobby du monde de l’assurance…
Oui. Si les acteurs jouent le jeu de la représentation légitime de la FFA auprès des pouvoirs publics, et n’utilisent pas tel ou tel ministre qu’ils connaissent personnellement pour porter leur bonne parole. Il y avait une communauté culturelle au Gema qui devra désormais travailler avec des assureurs avec ­lesquels les mutualistes étaient jusqu’ici d’une certaine manière en opposition et avec la Réunion des organismes d’assurance mutuelle (Roam) qui sont autant de personnalités et donc de courants qui arriveront en masse, à même de créer des blocages.

Cela sent le vécu. C’est ce que vous avez connu à la Fédération nationale de la Mutualité Française dont vous êtes le vice-président ?
Non, parce que la force de la FNMF est qu’elle est univoque. Et si Thierry Beaudet, le nouveau président, dont j’ai soutenu la candidature, le souhaite, je resterai à ses côtés, comme j’ai accompagné ses prédécesseurs. Je me retrouve dans la ligne de cette fédération et je n’accepte pas ceux qui disent qu’elle est en échec. La FNMF n’est pas qu’un syndicat, elle est une tête de Mouvement et joue un rôle politique et même social. Ce n’est pas un hasard si tous les Présidents de la République viennent à notre congrès et pas– pas encore ? – à celui de la FFA, dont la fonction est plus technique.

Quel rôle comptez-vous jouer au sein de la FFA ?
Un rôle de facilitateur, faire en sorte que les différentes formes de mutualismes se parlent.

En matière de santé, le Groupe Matmut concrétise sa démarche de fusion avec la mutuelle du Sud-Ouest, Ociane. Quelle est votre stratégie ?
Les assemblées générales ont voté la fusion rétroactive au 1er?janvier 2016. Ociane va rentrer dans la Sgam Matmut prudentielle, à savoir notre vieille Sgam Viana rebaptisée groupe Matmut, qui réunira Matmut, Matmut Mutualité, la Mutuelle AMF, Ociane et Mutlog (NDLR : mutuelle spécialisée dans la garantie emprunteur), sous réserve de validation par l’ACPR et l’Autorité de la Concurrence.

Ociane nous permet de nous développer en santé, et cela sera une réalité opérationnelle dans les réseaux d’agences et auprès des PME-PMI en prévoyance.

Quid du ralliement de Mutieg ?
Avec la Mutuelle des industries électriques et gazières, nous sommes plus dans la logique d’une Union de groupe mutualiste (UGM). Nous avons prévu de nous voir début ­septembre.

Où en est-on de la renégociation du pacte d’actionnaires entre Adréa Mutuelle, Apréva, Chorum, Eovi-MCD mutuelle, Harmonie mutuelle, Ociane et la centaine de mutuelles adhérentes à Mutex Union au sein de Mutex (1) ?
En tant que président de la Matmut et vice-président d’Ociane, le groupe est dans ce véhicule avec lequel nous voulons travailler. Il faut en resserrer la gouvernance et la rendre plus efficace. Mutex est un bel outil ­technique. Mais il est essentiel de d’abord travailler à résoudre les problèmes avant d’en parler à l’extérieur ! Je pense que ce n’est pas avec le capital qu’il faut jouer. Les sociétés anonymes ne fonctionnent pas comme des mutuelles. Il faut rééquilibrer selon les activités, pas la part de chacun. Prédominant, Harmonie Mutuelle est totalement légitime pour détenir une majorité, mais le pacte d’associés doit rester fondé sur le principe d’égalité des porteurs. Avec Matmut et Ociane, nous sommes minoritaires avec 8,6 %.

En IARD, votre cœur d’activité, comment Matmut peut-elle affronter des blocs comme Covéa ?
En faisant bien notre travail et en nous ­renforçant, avec des alliances opérationnelles pour augmenter l’emprise et le maillage. Les grands groupes n’ont pas ­encore démontré leur réelle efficience. Ils ont leur logique, leur industrialisation, et per­formance. Nous avons la nôtre. À nous de faire en sorte que la balance du bénéfice client penche de notre côté.

Matmut a consolidé son activité dommages en 2015, notamment en gelant ses tarifs. Avec un ratio combiné à 101,8 %, pouvez-vous tenir techniquement cette politique ?
Ce qui compte, c’est le bilan, pas le compte de résultats. Nous recherchons la performance économique et le moindre coût, au bénéfice de nos sociétaires. Aujourd’hui, les assurés se tournent vers des offres à la carte, mais qui tiennent leurs promesses opérationnelles. L’objectif est donc de maintenir des niveaux de contact, et d’accentuer le devoir de conseil. Car le contrat est la loi des parties. Nous redéfinissons aussi le rôle de nos différents canaux de distribution dont nos 520 agences. Avec le principe d’une seule gamme, quel que soit le canal de souscription.

Ressentez-vous les effets de la loi Hamon ?
Le Groupe Matmut a toujours été souple en matière de résiliation à la demande de nos assurés. Nous constatons un effet régulateur. Nos concurrents ont calmé le jeu sur les propositions commerciales de mois gratuits. Et cela lisse les résiliations.

Que pensez-vous de Solvabilité 2 ?
Comme toute chose intelligente, elle peut devenir sotte quand on la pousse trop loin. On est sur une logique d’ingénieur. Et il faut prendre garde de ne pas se perdre dans le détail. Les trois piliers sont une disposition intelligente, tout comme le fait d’avoir un mode moins rustique d’appréciation économique. Mais imposer une même règle aux caisses des incendiés et à Axa… Il faudrait certainement être un peu plus dans l’esprit du texte que dans la lettre du texte.

Vous aurez 61 ans cette année. Quels sont vos projets ?
Poursuivre la présidence de la Matmut. Le moment venu, je la transmettrai. Je ne traînerai pas mes guêtres. J’ai vu trop de gens qui avaient été de grands dirigeants promener leur fantôme dans les couloirs… D’ailleurs, je ne demanderai pas à avoir un bureau au siège, ni à la fédération. J’espère juste que, au moment où je partirai, on constatera que j’ai accompli quelque chose d’honorable.

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