Dominique Gaillard (Afic / Ardian) : «Le private equity a retrouvé grâce aux yeux des assureurs»

Dominique Gaillard (Afic / Ardian) : «Le private equity a retrouvé grâce aux yeux des assureurs»
A gauche, Michel Chabanel, Président de l’Association française des investisseurs pour la croissance Afic), et Dominique Gaillard, Membre de l’Afic, membre du comité exécutif d’Ardian. © photos : LUC PERENOM

L’Association française des investisseurs pour la croissance (Afic), qui regroupe les 279 sociétés de capital-investissement françaises, a pris son bâton de pèlerin pour redorer le blason de cette classe d’actif redevenue attrayante.

Quel est l’intérêt du capital-investissement ?

Michel Chabanel – Le private equity sert à accompagner et financer les entreprises de toute taille, des start-up aux grandes entreprises. Notre rôle n’est pas seulement d’apporter des capitaux, mais aussi du conseil, un savoir, une vision plus globale. Le métier a beaucoup changé. Aujourd’hui, les gérants sont plus impliqués au côté de l’entrepreneur dans la stratégie de l’entreprise.

LEUR PARCOURS

Michel Chabanel

Ingénieur de l’École des Ponts Paritech et titulaire d’un master en finance (ESCP Europe), président de l’Afic depuis juin 2014.

  • De 1995 à 2003 Spécialiste du financement d’acquisitions chez Indosuez, au Crédit agricole Indosuez, puis chez Royal Banque of Scotland (RBS).
  • 2003 Associé et membre du directoire de Pragma Capital.
  • 2011 Président de Céréa Partenaires.

Dominique Gaillard 

Polytechnicien et diplômé des Ponts et Chaussées, de l’IAE de Paris, Master of Sciences de l’université de Berkeley (Californie), il a été vice-président de l’Afic et président de la commission relations avec les investisseurs jusqu’en avril 2015.

  • 1990 Chaterhouse France.
  • 1997 Axa Private Equity, devenu Ardian en 2013. Membre du comité exécutif.

Il est encore peu développé en France...

M. C. – Dans la culture française, l’entrepreneur a moins l’habitude d’ouvrir son capital que dans les pays anglo-saxons. Mais tous ceux qui y ont goûté y sont favorables. Notre baromètre de fin 2014 montrait que 93% des chefs d’entreprise financés par le capital-investis­sement estiment que cela leur a permis de se développer plus vite.

En 2014, le secteur a connu un regain d’activité. Pour quelle raison ?

M. C. – Après la crise de 2008-2009, la levée de capitaux est devenue plus compliquée. Pendant quatre années de suite, nous avons levé moins de capitaux que réalisé d’inves­tissements, les réserves se sont appauvries. Mais en 2014, qui confirme l’amélioration déjà enregistrée en 2013, nous avons retrouvé des montants de levée de capitaux proches d’avant la crise, avec plus de 10 Md€ levés pour 8 Md€ investis.

"Les assureurs ont maintenant une très bonne compréhension de ce marché du non-coté apparu il y a trente ans. En outre, les acteurs se sont spécialisés selon les classes d’actifs."

Quelles sont les différentes formes de capital-investissement ?

Dominique Gaillard – Le capital-innovation soutient les entreprises en très forte croissance. Le capital-développement concerne les participations minoritaires. Le capital-transmission vise les participations transmises par les chefs d’entreprise ou par des fonds qui sont déjà présents au capital. Le capital-retournement, pour les entreprises en difficulté, concerne quelques acteurs spécialisés. Enfin les fonds d’infrastructures sont une classe d’actif appréciée, soit sur des projets de construction comme le TGV Tours-Bordeaux, soit sur des infra­structures existantes comme les autoroutes françaises cédées par l’État en 2005-2006. La dernière classe d’actif est la dette privée du capital-transmission.

L’Afic s’était alarmée il y a quelques années du désengagement des assureurs. Sont-ils revenus ?

D. G. – Avant 2008, il y avait beaucoup d’idées fausses. Depuis, nous avons adopté un dialogue constructif et démonté les préjugés sur la cherté du capital-investissement, sur son niveau de performance ou son illiquidité supposée. Nous sensibilisons petit à petit les assureurs à l’opportunité d’ouvrir une partie de leur portefeuille, entre 3 et 4%, au capital-investissement. D’autant que les institutionnels recherchent des actifs offrant un rendement élevé et solide.

N’est-ce pas la crise, et surtout Solvabilité 2, qui ont freiné les assureurs ?

M. C. – En effet, la crise a conduit à Bâle 3 pour les banques et à Solvabilité 2 pour les assureurs. Les banques ont ainsi divisé par cinq leurs allocations au capital-investissement par rapport à la moyenne d’avant 2008. Dans la réglementation Bâle 3, le capital-investissement coûte très cher en pondération en capital. Le même phénomène s’est produit dans une moindre mesure avec Solvabilité 2 : les assureurs ont dû réduire leurs allocations dans ce domaine. Depuis deux ans, on constate une remontée des assureurs, même si on n’est pas revenu au niveau d’avant-crise.

C’est un métier désormais mature, qui offre tout ce que peut souhaiter un investisseur institutionnel en transparence, reporting, réglementation, liquidité, avec l’existence d’un marché secondaire, et performance.

La réglementation s’est assouplie pour le capital-investissement...

D. G. – L’Afic, avec toute la profession, a effectué un intense lobbying à Bruxelles pour diminuer les pondérations en fonds propres pour le capital-investissement. Le ratio est passé de 49 à 39 %. Les assureurs se sont aperçus que ses performances étaient très bonnes sur une longue durée, leur permettant de supporter cette immobilisation de fonds propres. S’ajoute le fait que le capital-investissement est beaucoup moins volatil que les actions cotées pour une charge en capital désormais identique. Le private equity a retrouvé grâce à leurs yeux.

Vous souhaitez aller plus loin que les 39 %...

M. C. – Une étude réalisée par Oliver Gottschalg, professeur à HEC, à partir des données de l’Afic, a démontré que la volatilité du capital-investissement était bien moindre qu’imaginé. En diversifiant l’investissement dans plusieurs fonds, on arrive vite à des taux de value at risk plutôt situés entre 18 % et 25 % que 39 %. Donc pour nous, un niveau de 25 % de fonds propres serait un très bon ratio. En France et en Europe, l’anticipation des contraintes liées à Solvabilité 2 a lourdement pénalisé le financement de l’économie réelle. Si l’on veut que l’épargne des Français via l’assurance vie se tourne vers l’entreprise, il ne faut pas de ratio qui freine ces investissements.

Aujourd’hui, quel est le poids du capital-investissement dans les portefeuilles des assureurs ?

M. C. – En France, il représente à peine 1 % de leurs actifs, contre 3 % en moyenne en Europe et entre 6 % et 10 % aux états-Unis.

Quelle est la proportion d’assureurs parmi les investisseurs en private equity ?

D. G. – Assurances et mutuelles, tous pays confondus, représentent 16 % des levées de fonds réalisées en France en 2014, soit exac­tement le poids des family offices et personnes physiques. Les compagnies d’assurances privilégient plutôt des stratégies plus matures comme le capital-transmission ou les fonds d’infrastructure.

Quels sont les autres investisseurs ?

M. C. – En 2014, les fonds de fonds représentent 26 %, le secteur public, c’est-à-dire la Banque publique d’investissement (BPI), près de 14 % et les fonds souverains 11 %. Les caisses de retraite pèsent 8 %, les banques 7 %. Les 2 % restant sont, par exemple, des industriels investissant dans les start-up de leur secteur (corporate venture).

En dix ans, l’image du capital-investissement a-t-elle changé ?

D. G. – Les assureurs ont maintenant une très bonne compréhension de ce marché du non-coté apparu il y a trente ans. En outre, les acteurs se sont spécialisés selon les classes d’actifs. Il y a dix ou quinze ans, le marché était peut-être plus flou. Aujourd’hui, il s’est largement professionnalisé. Le travail de conviction auprès des assureurs doit se poursuivre : dans ce cadre-là, l’Afic organise depuis deux ans des forums de vulgarisation, cosponsorisés par la FFSA, le Gema et l’Association française des investisseurs institutionnels (AF2I).

M. C. – C’est un métier désormais mature, qui offre tout ce que peut souhaiter un investisseur institutionnel en termes de transparence, de reporting, de réglementation, mais aussi de liquidité, avec l’existence d’un marché secondaire, ou de performance : en 2014, le rendement du capital-investissement était de 11 %, soit quasiment deux fois ceux de l’immobilier, de la Bourse ou des hedge funds, et beaucoup plus que celui de l’obligataire.

Certains assureurs sont-ils plus réticents ?

D. G. – Les petits assureurs ou les petites mutuelles n’ont pas forcément les équipes dédiées, et c’est plus facile pour elle d’investir dans des bonds ou des obligations assimilables du Trésor (OAT).

Que pensez-vous de l’appétit des assureurs à l’égard des fonds de prêt à l’économie ?

M. C. – C’est un dispositif complémentaire issu d’une forte volonté politique pour développer le marché obligataire, car, depuis quelques années déjà, et à l’avenir, les banques prêteront moins. Pour l’investissement en capital, il y a l’équivalent avec France Investissement, un accord dans lequel les grandes compagnies d’assurances s’engagent à investir.

Etes-vous satisfaits de la création de la société en libre partenariat (SLP) ?

M. C. – Nous avons été fortement aidés par le gouvernement pour la mise en place de ce nouveau véhicule dans le cadre de la loi Macron. Il s’adresse en premier lieu aux investisseurs étrangers. Par exemple, du fait de leurs nouvelles réglementations, les mutuelles allemandes ne pouvaient plus investir dans des fonds français comme les FPCI. Or, entre 40 et 45 % de nos fonds sont levés auprès d’investisseurs étrangers. Avec la SLP, nous espérons pouvoir garder les fonds en France et ne pas les délocaliser à l’étranger.

Quelle est la feuille de route de l’Afic pour les années à venir ?

M. C. – Nous devons accompagner davantage d’entreprises. à l’horizon de cinq ans, nous devrions doubler de taille. C’est pourquoi il faut continuer à convaincre les investisseurs institutionnels français à allouer plus de capitaux.

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