Edgard Mathias (MAE) : « Nous restons centrés sur l'enfant et la famille »

Edgard Mathias (MAE) : « Nous restons centrés sur l'enfant et la famille »
Edgard Mathias Président national de la MAE

Fruit de l’école de la République, la MAE (Mutuelle accident élèves, à l’origine) changera de président en février 2017. Edgard Mathias – 17 ans de maison – défend toujours avec ferveur la pertinence de ce modèle mutualiste de niche.

Quelle est l’origine de la MAE ?
Les premières MAE étaient des caisses de secours scolaires nées dans les écoles. La premiè­re a vu le jour à Agen, en 1932. Les zones limitrophes ont dupliqué le concept à une époque où la Sécurité sociale n’existait pas ! En 1947, chaque département disposait de sa Mutuelle accident élèves, l’appellation d’origine.

Quels rôles ont joué les enseignants dans sa création ?
Il y a plus de 80 ans, les enseignants avaient d’abord mis sur pied des assurances pour se couvrir, eux. Les biens matériels avec la Maif, la santé et le corporel avec la MGEN ou encore la défen­se professionnelle avec la FAS (ndlr : Fédération des autonomes de solidarité). Ils ont voulu trouver une solution pour leurs élèves. Au démarrage, il s’est agi d’une tirelire dans laquelle, chaque jour, les écoliers déposaient une participation symbolique. En cas d’accident, la cagnotte venait en aide aux cama­rades malchanceux. Le principe s’est structuré sous la forme d’une vraie mutuelle. La MAE est donc née dans l’école, et reste gérée par des enseignants. Ils constituent 100 % de notre conseil d’administration. Cela nous diffé­rencie beaucoup de nos concurrents.

Cette singularité ne pose-t-elle pas question à l’ACPR ?
Si. Nous sommes donc amenés à expliquer notre fonctionnement à notre autorité de tutelle. En 2009, nous avons toutefois opéré un tournant historique pour être « Solva­bili­té 2 compatible ». Nos 92 MAE autonomes départementales ont fusionné en une seule mutuelle nationale et sont, depuis lors, des délégations. Notre siège est resté à Rouen avec plus de 200 salariés et 350 collaborateurs sont répartis sur le territoire. Notre gouvernance est en règle. Je préside et assure la fonction de directeur général, et Michel Maltret est directeur général délégué.

Est-ce que Solvabilité 2 vous sert ou vous dessert ?
Cela nous a conféré une force nationale. Nous avons embauché, repositionné des collaborateurs et pouvons mener des initiatives plus rapidement.

La rentrée, période-clé pour votre activité, s’est-elle bien passée ?
Oui ! Au 1er septembre, nous avions déjà 1 million d’adhérents par tacites reconductions et adhésions en ligne. Au global, nous totalisons 8 millions de bénéficiaires dont 3 millions d’enfants assurés directement par un contrat souscrit individuellement par la famille.

Le fait que l’assurance scolaire ne soit que partiellement obligatoire et que la MRH couvre la RC ne brouillent-ils pasla valeur ajoutée de votre offre ?
L’assurance scolaire est obligatoire en responsabilité civile et en individuel accident corporel pour les activités facultatives comme les sorties, mais elle ne l’est pas pendant le temps de l’école. Or, la multirisque habitation n’est pas une assurance scolaire, car elle ne couvre que la RC. Notre valeur ajoutée ? 40 % des dossiers en RC sont inférieurs à 120 €, donc en deçà des franchises appliquées par les MRH du marché. La MAE intervient, elle, dès le premier euro…

SON PARCOURS

Âgé de 65 ans, Edgard Mathias est enseignant de formation. Entré au conseil d’administration de la MAE en 1995, il en est devenu le 7e président, à la longévité record, depuis 17 ans.

  • 1971 Instituteur d’un village de 800 habitants en Alsace
  • 1978 Directeur d’école
  • 1995-1997 Administrateur de la MAE
  • 1997-1999 Secrétaire général adjoint de la MAE
  • Depuis 1999 Président de la MAE

Comment évolue le marché de l’assurance scolaire ?
Il a encore du potentiel car seuls 52 % des 12 millions d’enfants scolarisés en France disposent d’une assurance scolaire spécifique. Notre panier moyen est de 23 €. Notre recommandation porte donc aussi sur l’intérêt de se couvrir 24 h/24.

La Matmut communique depuis deux ans sur l’assurance scolaire. La concurrence des mutuelles généralistes s’intensifie-t-elle ?
Cela fait 30 ans que nous sommes attaqués ! Depuis que René Monory a interdit la collec­te de cotisations d’assurance au sein de l’école, les enseignants ne sont plus nos chargés de souscription et encore moins nos gestion­naires de sinistres. Ce qui nous différencie en particulier des autres mutuelles d’assurance est que ce qui est accessoire pour elles, est essentiel pour nous. La communication de Matmut contribue à sensibiliser le grand public sur l’importance de cette couverture et en ce sens, elle sert la MAE.

Y-a-t-il une guerre tarifaire sur ce marché ?
Oui, notamment en ligne et via la grande distri­bution qui devient un canal de vente choisi par les compagnies. De grandes ensei­gnes nous ont d’ailleurs sollicités pour ajouter la MAE sous blister à côté du rayon carta­bles. Nous refusons, par éthique. Notre relais privilégié pour promouvoir nos contrats est l’école. Notre prix ne doit pas varier selon les desiderata de tel ou tel intermédiaire.

Surtout, notre produit n’est pas un pack de lessive sur lequel on fait une action promotionnelle pendant 15 jours !

Quel est votre axe de développement ?
Rester centrés sur l’enfant et la famille. Renfor­cer nos offres pour qu’elles correspondent aux évolutions sociétales, sans nous diversifier. Et fidéliser nos adhérents, notamment lors des changements de cycles scolaires.

Notre relais privilégié pour promouvoir nos contrats est l’école. Notre prix ne doit pas varier selon l’intermédiaire.

Vous êtes à contre-courant des assureurs qui veulent multiéquiper leurs clients avec des gammes exponentielles…
Oui et je l’assume. Nous couvrons uniquement le foyer. Nous avons commencé à renforcer nos offres en 1999 avec le contrat MAE Famille pour que, quoi qu’il arrive, les parents puissent assurer la poursuite de la scolarité de leurs enfants. Puis nous avons créé une protection d’assurance scolaire étudiants, une assurance spécifique pour leur logement, jusqu’à proposer une MRH familiale MAE.

Vos adhérents sont-ils réceptifs sur votre offre en matière d’assurance habitation ?
Avec près de 30 000 nouvelles MRH souscrites au cours de l’exercice clos au 31 août 2016, notre progression sur ce produit est, en effet, proche de 40 %.

N’avez-vous jamais envisagé d’assurer les jeunes conducteurs ?
Non, l’assurance auto n’est pas notre métier, il y a des assureurs mutualistes qui le font très bien, depuis toujours. Pour le deux-roues, nous aiguillons nos adhérents vers la Mutuel­le des motards dont nous partageons les valeurs via un accord scellé en 2009.

Vos assureurs sont vos assurés… Pouvez-vous expliciter votre système de démocratie participative ?
Il y a une trentaine de personnes qui participent, par département, à nos assemblées générales locales. Les adhérents remontent leurs besoins de garanties, telles l’extension des couvertures en fonction de l’évolution des rythmes scolaires, la prise en charge du cyber-harcèlement ou du vol de bicyclette…

Comment évolue, justement, la sinistralité associée à l’assurance scolaire ?
Nous avons enregistré 120 000 déclarations pour 80 000 interventions l’an dernier. La sinis­tralité est en progression en raison du développement des activités périscolaires. L’enfant passe dès l’après-midi dans un environ­nement associatif sportif ou culturel plus propice aux situations accidentelles. D’où un relèvement de nos tarifs, de 9,90 € par an depuis 7 ans, à 11 € en 2015, puis 11,30 € cette année.

Le digital et la vente directe ne bousculent-ils pas l’évolution de votre organisation ?
Je vous le confirme : nous avons enregistré plus de 263 000 souscriptions en ligne soit deux tiers des souscriptions du jour de la rentrée. On a affaire à un public de jeunes parents, habitués aux écrans, tablettes, smartphones… Nous sommes donc aussi sur les réseaux sociaux. Notre prochain congrès, fin octobre, portera sur ce thème : « Le digital au service d’une relation humaine renforcée ». Il faut faire évoluer nos métiers. Il n’y a jamais eu de plans sociaux à la MAE qui est, au contraire, passée de 110 salariés en 1999 à plus de 200 aujourd’hui, au niveau du siège. Mais le numérique nous amène à faire évoluer nos compétences.

Pourriez-vous un jour être absorbé par la Maif ou la MGEN ?
Ni dans mes cauchemars, ni dans mes rêves, je n’ai pensé à ce genre de perspective. Mais notre fichier est un trésor qui est convoité.

L’accord de partenariat entre LMDE et Axa n’a pas du vous laisser indifférent…
Oh non ! C’est une alliance contre-nature.

En février, vous serez au terme de votre mandat… Qui vous succédera ?
Je prépare depuis trois ans le renouvellement des instances nationales au niveau du bureau composé de 9 membres. Tout en respectant la démarche démocratique, l’un des membres actuels devrait me succéder… J’ai dévelop­pé cette mutuelle en fonction de ma person­nalité, avec un focus sur l’humain. Mon prédécesseur départemental, sans doute pessimiste, m’avait en quelque sorte boosté en me disant, en 1990, « Tu verras, dans 10 ans, la MAE, c’est fini ». Depuis, tous les deux, on en rigole. Aujour­d’hui, je dirai à mon successeur national que ce passa­ge de relais est une nouvelle étape pour accentuer encore le développement.

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