Éric Jeanneau (UMR) : « Faciliter la sortie en capital de produits retraite va accroître la confusion »

Éric Jeanneau (UMR) : « Faciliter la sortie en capital de produits retraite va accroître la confusion »
Éric Jeanneau président de l’Union mutualiste retraite (UMR)

À la tête de l’UMR depuis un an, Éric Jeanneau entend se tourner vers l’avenir et saisir les opportunités de l’intégration de l’UMR dans Vyv Coopération. Les difficultés du régime de retraite en points Corem relèvent du passé. Explications.

Argus de l'Assurance : Quel bilan dressez-vous à l’issue de votre première année à la présidence de l’UMR ?

Éric Jeanneau : C’est d’abord une année de plein exercice. Celle-ci s’inscrit dans la continuité du travail entrepris les années précédentes, notamment en matière de consolidation de nos régimes dans un contexte de taux bas et d’anticipation des changements réglementaires applicables aux régimes en points introduits par la loi Sapin 2. 2017 a également été synonyme d’intégration de l’UMR au sein de Vyv Coopération afin de participer à la création d’une nouvelle offre de produits d’épargne retraite à destination des Français. Au final, il s’agit d’une année riche qui augure de bonnes perspectives pour 2018.

Comment intégrez-vous le contexte de taux bas ? Impacte-t-il les rentes servies aux adhérents ?

Dans notre stratégie de gestion d’actifs, nous diversifions de plus en plus vers les financements des entreprises non cotées et les infrastructures. Au passif, comme nous avons des régimes par points qui comportent une promesse de rendement, nous avons dû prévoir une baisse du taux technique ces dernières années. Pour 2018, il est fixé à 0,80 % pour le régime Corem, en cohérence avec le taux de rendement des placements sans risques.

La période qui vous a conduit à baisser les rentes en 2015 est-elle maintenant derrière vous ?

La décision que nous avons prise en 2015 portait sur un produit bien particulier, le R1, issu de la reprise du régime du Cref par l’UMR. Les taux d’escompte pratiqués sur ce régime par les anciens gestionnaires du Cref dans le contexte de forte inflation et de taux d’intérêt élevés des années 1980 se sont révélés inadaptés à la situation économique actuelle. Il a donc fallu ajuster les paramètres pour assurer les rentes à vie aux adhérents. Depuis 2017, nous avons entamé un processus de revalorisation régulière des rentes de ce régime. En ce qui concerne le Corem, notre principal régime, il n’y a eu aucune baisse de la valeur du point. Les régimes sont sécurisés et nous sommes provisionnés à 100 %. C’était l’objectif de l’UMR. Le provisionnement intégral est là, et nous pouvons envisager l’avenir sereinement.

Quelles sont les spécificités du régime Corem ?

Le Corem est un régime de retraite par points qui relève de la branche 26 du code de la mutualité. C’est un système que nous défendons, car il permet de mutualiser les placements pour réduire les risques individuels et de bénéficier des rendements de placements auxquels il est difficile d’accéder individuellement. Il permet aussi d’avoir une politique d’investissements responsables auxquels nous tenons beaucoup. Nous avons été parmi les premiers à proposer ce type de placements dans un produit retraite. Nous avons une charte ESG (critères environnementaux, sociétaux et de bonne gouvernance) que nous faisons régulièrement évoluer et nous sommes signataires des principes responsables en investissements de l’ONU.

Son parcours

Agrégé de sciences sociales, ancien professeur de sciences économiques et sociales, Éric Jeanneau est titulaire d’une maîtrise d’économie appliquée, d’un DEA « économie des institutions », d’un Master 2 « droit des ressources humaines et protection sociale » et d’un Master 2 « gouvernance mutualiste ».

  • 2009 – 2015 Délégué de section puis directeur de section à la MGEN
  • 2014 – 2017 Vice-président de l’UMR
  • 2017 Président de l’UMR.

 

Quels sont les résultats financiers de l’UMR ?

Les résultats sont conformes aux deux dernières années. Le résultat net se monte à 24 M€. Il découle d’une volonté de consolider nos fonds propres. Il résulte également du fait que les distributeurs ne commercialisent plus activement le produit de retraite à point, Corem, depuis 2015. Nous avons utilisé cette période pour réorganiser le fonctionnement de l’UMR. Nous avons rebâti notre service relation adhérent, poussé la digitalisation, consolidé la gestion financière et l’actuariat. En termes de solvabilité, avec le paquet branche longue, notre ratio de solvabilité s’élève à 380 % et nos fonds propres sont en augmentation. Au global, nous gérons aujourd’hui 10 Md€ d’actifs.

Comment se passe votre intégration dans le groupe Vyv ?

Le groupe Vyv a l’ambition d’apporter des réponses mutualistes sur l’ensemble des questions liées à la protection sociale. Notre participation dans ce groupe est née de la volonté de proposer aux Français une offre d’épargne retraite sûre et performante pour répondre à leurs besoins de vie lorsqu’ils seront à la retraite. Grâce à son expertise et à son savoir-faire, l’UMR est aujourd’hui en mesure de travailler sur deux éléments : un produit de retraite par points basé sur le Corem, et la création d’un Perp. Les travaux sont en cours, avec un objectif de commercialisation en 2019.

Allez-vous diversifier votre offre vers d’autres produits, comme vous l’avez déjà fait avec Coremimmo ?

Coremimmo, qui est une offre de viager mutualiste, répond à un besoin de liquidités, notamment pour rester à domicile tout au long de sa vie. Ce produit compte aujourd’hui 30 M€ d’encours, mais c’est une solution que l’on ne peut pas proposer sur l’ensemble du territoire, le marché de l’immobilier étant très hétérogène. Nous menons aussi des réflexions autour d’un meilleur accompagnement pour la préparation à la retraite. Aujourd’hui, trop peu de personnes connaissent le montant de leur future pension et le besoin de conseil est important. Ainsi nous réfléchissons, avec le groupe Vyv, à des services plus globaux pour les seniors : prévention, maintien à domicile, etc. L’accompagnement est essentiel pour permettre à nos adhérents de vivre au mieux une période qui représentera, demain, près d’un tiers de la vie des Français.

L’accompagnement [à la préparation de la retraite] est essentiel pour permettre à nos adhérents de vivre au mieux une période qui représentera, demain, près d’un tiers de la vie.

Quel est votre avis sur la réforme de l’épargne retraite prévue dans la loi Pacte ?

Il y a une vraie nécessité à développer l’épargne retraite. Pour autant, les Français n’arrivent pas à se projeter dans l’avenir et nourrissent des inquiétudes liées aux différentes réformes des retraites, à la perception d’érosion du pouvoir d’achat. Le projet de loi Pacte paraît à contre-temps par rapport à la réforme du régime général portée par Jean-Paul Delevoye. Sur le fond, l’objectif est bon. Mais favoriser la sortie en capital et offrir la possibilité de scinder la gestion entre la phase de constitution de l’épargne et la phase de liquidation posent question.

Quels problèmes cela pose-t-il ?

Sur la sortie de l’épargne à la retraite, nous sommes dans une situation de forte myopie qui ne permet pas aux Français de percevoir tout l’intérêt de la rente face au capital. Nous devons leur offrir les lunettes adaptées pour qu’ils aient une meilleure vision de la valeur d’usage des produits d’épargne retraite. L’assurance vie permet déjà de sortir en capital. Faciliter la sortie en capital de produits retraite va accroître la confusion. En outre, le capital peut partir en fumée, alors que la rente garantit de pouvoir faire face aux dépenses jusqu’au bout de la vie, de maintenir le plus longtemps possible sa santé et son autonomie. Pour lutter contre les réticences des Français par rapport à la rente, l’UMR propose une option « rente certitude » qui garantit le versement du capital à la personne de son choix si l’assuré décède avant ses 80 ans. Il y a un enjeu de conseil important.

Pourquoi la possibilité de scinder la gestion entre la constitution et la liquidation est-elle une difficulté ?

Couplée avec la possibilité de sortir en capital, la notion de transférabilité va diminuer notre horizon de gestion d’actifs. Or, c’est cet horizon long qui permet d’investir dans l’économie, de passer sans trouble les crises financières et de proposer des rendements constants. Ces deux mesures risquent de nous obliger à intégrer plus de liquidité dans nos placements, ce qui pourrait réduire les rendements pour les épargnants.

Êtes-vous associés aux réflexions de Jean-Paul Delevoye sur la réforme du régime général des retraites ?

Non, et il est dommage que nous ne soyons pas directement associés aux travaux du haut-commissaire sur ce dossier, compte tenu de notre expertise en matière d’épargne et de retraite. Nous participons aux travaux de la FNMF (Fédération nationale de la Mutualité française) et du groupe Vyv sur ce sujet. Ce que nous attendons, c’est de la simplification. Nous sommes de fervents défenseurs de la retraite de base par répartition. Aujourd’hui, le système est illisible pour la plupart des Français. Il faut donc accroître la transparence pour renforcer la confiance dans le régime par répartition et permettre à chacun de se projeter vers l’avenir.

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