Gilles Berhault (Comité 21) : «Paris Climat 2015 ne sera pas un "grand soir" du climat»

Gilles Berhault (Comité 21) : «Paris Climat 2015 ne sera pas un
Gilles Berhault, président du Comité 21, comité français pour le développement durable.

Engagé dans la préparation de la COP 21 fin novembre à Paris, Gilles Berhault estime indispensable de mobiliser la société civile pour espérer la signature d’un accord, mais, dans le même temps, il invite à ne pas tout attendre du raout onusien.

La COP 21 (Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, dite Paris Climat 2015) est présentée comme le sommet de la dernière chance. Qu’est-ce qui a changé depuis Rio en 1992 et Johannesburg en 2002 ?

Le sommet de la Terre de Rio avait permis l’adoption de trois conventions – diversité biologique, changements climatiques, lutte contre la désertification – et la création de l’Agenda 21 (1). C’était le moment de la découverte par des militants écologistes que d’autres partageaient une même analyse et des solutions similaires, à une époque où la communication universelle n’en était qu’à ses balbutiements.

Le sommet de Johannesburg de 2002 a été le temps de la prise de conscience et des premiers laboratoires du développement durable où l’on inventait l’éco-conception, la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), les éco-quartiers, la consommation res­ponsable… et, surtout, la collaboration entre acteurs des territoires et du monde éco­nomique. Avec Internet et la globalisation des réseaux sociaux, nous sommes entrés dans la phase de généralisation des démarches en matière de transition éner­gétique et écologique.

SON PARCOURS

  • 1997 Directeur général de Moka (conseil, conférences, forums).
  • 2000 Fondateur de l’Association Communication et Information pour le développement durable.
  • 2005 Créateur du forum TIC21, dédié aux nouvelles technologies et au développement durable.
  • 2009 Auteur de l’ouvrage « Développement durable 2.0. L’Internet peut-il sauver la planète ? ».
  • Depuis 2010 Conseiller en développement durable à la direction scientifique de l’Institut Mines Télécom.
  • Depuis 2010 Président du Comité 21, Comité français pour le développement durable, association partie prenante pour la France dans la COP 21.

L’exigence d’unanimité pour s’entendre sur un texte, n’est-elle pas de nature à compromettre un accord à Paris ?

La règle de l’ONU est celle de l’unanimité sur un texte de référence. Il est infiniment compliqué de parler le même langage avec 195 États dont le degré de maturité sur les sujets climatiques est différent. À ce stade, nous n’avons aucune raison d’être plutôt optimiste ou plutôt pessimiste. Nous avons à travailler. Même si toutes les parties prenantes de ce type de conférence n’ont pas une stratégie généreuse, même si le mode de fonctionnement peut paraître inadapté, voire obsolète parfois, les représentants des différentes délégations restent combatifs pour impulser l’engagement de leur pays. Il faut louer les efforts de ces médiateurs de toute nationalité – les sherpas – qui négocient jusque dans les couloirs et tard dans la nuit. Le rôle des représentants de la France sera déterminant en 2015.

Comment une association comme le Comité 21, qui met en réseau les parties prenantes (associations, collectivités, entreprises…), peut-elle peser dans les discussions préparatoires à la COP 21 ?

Nous portons nos convictions en direct via les négociateurs français et européens. C’est une forme de diplomatie décentralisée. D’une manière générale, la société civile de ce XXIe siècle a démontré, par sa représentation et sa structuration, qu’elle est désormais un acteur majeur des négociations internationales. Avec ses 475 adhérents, le Comité 21 mobilise les associations, ONG, collectivités, organisations professionnelles, grandes entre­prises, PME… Le centre de notre action est dans la valorisation des solutions. Tous les domaines d’activité sont concernés par les dérèglements climatiques : le bâtiment, les transports, l’alimentation, l’énergie, la santé et, bien évidemment, l’assurance. Des entreprises, des collectivités, des associations inventent chaque jour les moyens de lutter contre les dérèglements climatiques et la manière de s’adapter. Ces solutions ne sont pas assez connues.

D’aucuns disent que l’accord obtenu en décembre 2014 à Lima, au Pérou, lors de la COP 20, dernier round diplomatique avant Paris, est minimaliste. Partagez-vous cette conclusion ?

La conférence de Lima n’avait pas pour objectif de déboucher sur un accord ambitieux. Cette COP 20 aurait pu, certes, aller plus loin sur le fonds vert (objectif de 100 Md€ par an à partir de 2020) et l’utilisation de ces ressources. Elle a toutefois soulevé la question des contributions nationales (2). Considère-t-on qu’un pays en développement doit produire les mêmes efforts pour quitter l’économie carbone ? De ce point de vue, cette conférence a ravivé les oppositions entre les pays du Nord et du Sud avec un bloc Afrique soudé.

« Nos sociétés doivent réinventer le bien commun et le vivre ensemble. Mais cela ne passera pas par la culpabilisation des citoyens. »

Le 12 novembre 2014, Pékin et Washington se sont entendus sur des objectifs chiffrés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cet accord ne risque-t-il pas de bloquer les discussions ?

La Chine, en tant que premier émetteur de gaz à effet de serre (responsable de 19 % des émissions totales) a été poussée à formuler des engagements clairs et chiffrés parce qu’elle fait face à une fronde intérieure puissante de la population, de plus en plus concernée par les problèmes de santé liés à la pollution de l’air. Certes, ce n’est pas suffisant, mais c’est une première étape. Paris Climat 2015 ne sera pas un « grand soir » du climat, mais la somme de solutions prises les unes après les autres.

Le fonds vert, censé financer la transition énergétique, en particulier dans les pays en développement, a péniblement franchi le seuil des 10 Md€. François Hollande a multiplié les propositions, dont un élargissement de la taxe Tobin et la création d’obligations vertes. Cela sera-t-il suffisant ?

L’élargissement de la taxe sur les transactions financières devrait déjà s’appliquer. Les États sont face à un choix de responsabilité, celui d’être en mesure de financer l’essor d’une économie « bas carbone » dans les pays en développement, et 100 Md€ ne suffiront pas. L’Humanité est face à elle-même. La pérennité de l’économie mondiale dépend de la capacité des dirigeants à différencier la courbe du développement économique de celle des émissions de carbone. Nos sociétés doivent réinventer le bien commun et le vivre ensemble. Mais cela ne passera pas par la culpabilisation des citoyens.

Le cinquième rapport du Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), publié en novembre 2014, affirme qu’« il reste peu de temps » aux décideurs pour agir. Ne joue-t-il pas à nous faire peur dans la perspective de Paris ?

Je pense le contraire. Ma conviction profonde est que le rapport du Giec est plutôt modéré et assez peu catastrophiste. Nous ne sommes plus dans une trajectoire de réchauffement de la planète de 2° C, mais au-delà. La situation peut-être dramatique dans une configuration à + 5° C à la fin du siècle. Fixer des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à horizon 2030 me paraît tardif. L’accélération des événements extrêmes le démontre, et, je crois, concerne particuliè­rement le monde de l’assurance.

« Les assureurs doivent prendre conscience qu’il s’agit pour eux d’un sujet majeur d’évolution de leurs métiers. On ne pourra plus gérer les risques demain comme aujourd’hui. »

En comparaison à d’autres secteurs comme le bâtiment, l’assurance a-t-elle une conscience aboutie des enjeux climatiques ?

Contrairement à d’autres activités économiques, l’assurance a été bousculée beaucoup plus tardivement. Les grandes sociétés de services, et particulièrement la banque et l’assurance, étaient jusqu’à présent considérées comme ayant un moindre impact carbone que les autres, et perçues plutôt comme subis­sant ces évolutions au bout de la chaîne. Toutefois, l’essor des investissements socialement responsables (ISR), et encore plus la prise en compte de la nécessaire transformation des métiers, interpellent depuis quelques années la banque et l’assurance.

Qu’attendez-vous des assureurs dans la préparation de la COP 21 ?

Nous attendons que les sociétés d’assurances s’engagent sur des réductions fermes d’émissions de carbone. En tant qu’investisseurs, elles devront également définir des stratégies de financement au service d’une économie « décarbonée » et d’activités non polluantes. Il est à prévoir que les actionnaires exigeront davantage d’investissements en faveur de fonds éthiques ou verts. Comme toute grande entreprise, les grandes compagnies d’assurances sont aussi concernées au premier titre par une démarche RSE.

Qu’en est-il de la gestion du risque ?

Les assureurs doivent prendre conscience qu’il s’agit pour eux d’un sujet majeur d’évolution de leurs métiers. On ne pourra plus gérer les risques demain comme aujourd’hui. Chaque fois que la Terre prend un degré, les espèces végétales migrent vers le Nord sur 100 à 200 km, changeant l’agriculture, augmentant les risques d’incendie. C’est aussi une question de santé publique. Si les moustiques tigres voyagent ou si des allergènes comme l’ambroisie se développent, c’est le résultat du réchauffement climatique. Nous devons débattre, innover, changer dans l’urgence nos comportements.

Ce logo signale désormais dans les colonnes de l’Argus et sur le site tous les articles traitant des enjeux liés au climat.

1. L’Agenda 21 est un plan d’action pour le XXIe siècle adopté par 178 chefs d’État lors du sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992. Il formule des recommandations dans des domaines aussi variés que la pauvreté, la santé, le logement, la pollution, la désertification...2. Elle correspond à l’effort que chaque pays participant à la conférence sur le climat estime pouvoir réaliser en matière de réduction de gaz à effet de serre. Ces engagements devront être formalisés avant le 31 mars 2015.

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 06 décembre 2019

ÉDITION DU 06 décembre 2019 Je consulte

Emploi

APREF

ADJOINT DU DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL H/F

Postuler

Mission Handicap Assurance

Mission Handicap Assurance

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Contrat de prévoyance.

Bourg Habitat OPHLM de Bourg en Bresse

06 décembre

01 - BOURG HABITAT

Marché de services d'assurances des risques statutaires.

Centre hospitalier de Blois

06 décembre

41 - BLOIS

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Gilles Berhault (Comité 21) : «Paris Climat 2015 ne sera pas un "grand soir" du climat»

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié