Gilles Dupin, président du conseil d'administration et directeur général de Monceau Assurances

Gilles Dupin, président du conseil d'administration et directeur général de Monceau Assurances

 « Nous ferions une magnifique tête de pont pour un grand groupe international »

Après avoir livré un regard critique sur l'autorité de contrôle, Gilles Dupin revient sur les secrets des bons rendements des contrats d'assurance vie de Monceau Assurances et sur l'intérêt de la retraite par points, l'une des spécialités du groupe.

Pouvez-vous rappeler le positionnement et les métiers de Monceau Assurances ?

Monceau Assurances exerce tous les métiers, l'assurance vie et la retraite au sens fort du terme, avec un contrat qui se dénoue en rente viagère, ainsi que l'assurance IARD, mais également la réassurance. Le groupe s'adresse à une clientèle de particuliers, d'artisans, de petites entreprises. Nous sommes absents des grands risques d'entreprise. Nous ne faisons que ce que nous maîtrisons.

Quelle est l'origine du groupe ?

D'origine agricole, le groupe est né en 1907 à Alger, avec la création de la Caisse centrale de la mutualité agricole d'Afrique du Nord, rapatriée en 1963 dans des conditions dramatiques dans l'actuel siège social, à Paris, rue de Monceau, d'où l'origine du nom. La reconstruction a été opérée autour de la Caisse d'assurance et de prévoyance agricole (Capma) et du régime de retraite complémentaire en points pour les exploitants agricoles, créés en 1955. il compte encore aujourd'hui 55 000 adhérents.

Nous gérons par ailleurs trois autres régimes de retraite en points : Fonréa pour les exploitants agricoles, Fonds Acti Retraite en version « Madelin » pour les travailleurs non salariés, ainsi que le Perp Monceau Avenir Retraite, créé en 2005.

Vous vous êtes constitués aussi par rapprochement de mutuelles...

Le deuxième axe sur lequel s'est reconstruit le groupe est la réassurance, en se rapprochant de mutuelles en Europe et au Québec. Le troisième axe, ce sont les mutuelles qui ont rejoint cet ensemble. La plupart ont disparu, car nous les avons fusionnées. La dernière en date est Monceau Générale Assurances (MGA), filialisée en 2001.

Quels sont vos modes de distribution ?

Nous utilisons trois canaux. D'abord, un réseau salarié de 80 vendeurs pour nos produits d'assurance vie et de retraite. Ils s'appuient sur les structures associatives de notre mutuelle vie, Capma et Capmi. Nos 165 délégués sont des relais sur le terrain. Nous sommes restés fidèles à notre culture de mutuelle agricole, qui fait partie de nos gènes. Le deuxième réseau est constitué d'agents généraux issus de MGA. Ils sont 80 pour environ 100 points de vente, avec comme métier de base l'assurance IARD et une diversification vers l'assurance de personnes. Les mutuelles sans intermédiaires forment le troisième réseau. Elles sont parfois très locales, comme la mutuelle de Cluny (Saône-et-Loire), parfois professionnelles, comme la mutuelle des auto-écoles ou celle des débitants de tabac.

Cette diversité est-elle difficile à gérer ?

Ce sont des cultures très différentes, mais on y arrive. L'avantage que procure notre taille réduite, c'est de nous rendre très réactifs. Nos difficultés résultent plutôt de notre environnement réglementaire et du fonctionnement actuel de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).

Que reprochez-vous à l'ACPR ?

D'une part, une dérive du droit qui singe les pratiques anglo-saxonnes, contraire à notre culture du droit. La soft law, construite sur des « recommandations » d'application quasi obligatoire imaginées par l'ACPR, empiète sur les prérogatives du législateur ou du ministre de tutelle. La fair value crée une volatilité des données financières impropre à une gestion de long terme et contraire à l'intérêt des assurés et de leurs bénéficiaires. D'autre part, il y a eu un appauvrissement des compétences, incontestable et prévisible, lorsque fut prise la décision de fusionner les organes de contrôle de la banque et de l'assurance, deux métiers trop différents pour être traités de façon uniforme. Je ne suis pas contre le contrôle, au contraire. Ancien commissaire contrôleur des assurances, nourrissant une profonde estime pour ce métier, je reste persuadé que l'intérêt de notre profession est d'avoir un contrôle de qualité, gardien de la solvabilité des entreprises. Mais la disponibilité du contrôle pour échanger sur des problèmes techniques, surtout pour les entreprises de petite taille comme nous, a disparu, car la compétence technique a elle aussi disparu.

Quelles sont les spécificités de vos offres ?

Pour l'assurance IARD, notre différence s'exprime davantage par le service que par le produit en lui-même. Lors des tempêtes de 1999, par exemple, nos agents généraux ont immédiatement indemnisé les assurés. Du côté des assurances de personnes, nous avons deux domaines d'excellence : l'assurance vie et la retraite en points.

Le Perp et la retraite par points ont-ils encore un sens par rapport à l'assurance vie ?

Ce sont des produits porteurs, même si les Français sont peu conscients des difficultés des régimes de retraite et ont de la rente viagère une image dégradée, à tort. Nous avons relancé la production de nos régimes de retraite en points et nous progressons tous les ans. Au total, leurs réserves excèdent 950 M€. Je ne comprends pas cette obsession des pouvoirs publics à se focaliser sur l'épargne. Un produit de rente génère de l'épargne longue, ce que recherchent de longue date les pouvoirs publics.

Que pensez-vous de l'eurocroissance ?

Nous n'en proposerons pas. Les assurés apprécient la garantie en capital qu'offre un fonds en euros, surtout quand il leur a rapporté 3,76% comme notre contrat Dynavie en 2013. Pourquoi leur faire prendre des risques pour ne garantir le capital que durant une période limitée dans la vie du contrat ?

Pourquoi vous défendez-vous de constituer une provision pour participation aux excédents ?

Notre logique repose sur une gestion cantonnée des actifs. Nous ne ponctionnons pas les produits du Carnet d'épargne, notre première génération de contrats, pour améliorer la performance de Dynavie, seul produit ouvert à la souscription. La majorité des opérateurs maltraite les anciens contrats pour dynamiser les nouveaux. Constituer une PPE , à supposer qu'elle soit un jour distribuée, revient à opérer un transfert entre assurés contraire à notre éthique et à nos principes d'équité.

Quelle est votre politique en matière de collecte en euros ou en unités de compte ?

Notre politique n'est pas de pousser nos assurés à aller vers les unités de compte en utilisant de mauvais arguments. S'ils veulent en souscrire, nous ne les décourageons pas, mais ils le font peu. Sur les 550 M€ d'encours d'unités de compte - à rapporter aux 5,5 Md€ d'actifs gérés dans le groupe -, la moitié est souscrite sur l'unité de compte immobilière et 40% sur le fonds Monceau Sélection France Europe créé en 1996.

La fair value crée une volatilité des données financières impropre à une gestion de long terme.

Comment vous préparez-vous à la résiliation infra-annuelle ?

C'est une « fausse bonne idée » si, comme cela fut affirmé, il s'agit de faire baisser le prix de l'assurance. Le danger, c'est au contraire l'accélération de la rotation des portefeuilles, qui va renchérir le coût de l'assurance. Il vaudrait mieux assujettir l'assurance à la TVA, afin de permettre aux assureurs de la récupérer, mais aussi de ne plus payer la taxe sur les salaires (qui a augmenté pour notre groupe de 20% en 2013 !). Quoi qu'il en soit, nos agents se défendront sur le terrain.

Vos résultats de l'année 2013 ont-ils été bons ?

Le chiffre d'affaires combiné s'inscrit en hausse d'environ 3% en 2013 pour atteindre 350 M€. La moitié est réalisée par l'IARD et la réassurance, qui affichent un ratio combiné de 94,2%. En assurance vie, le chiffre d'affaires est en baisse de 0,5%. Si l'activité réalisée par les agents est en recul de 20%, du fait d'affaires exceptionnelles réalisées en 2012, cela n'a rien d'inquiétant, car le nombre de contrats a progressé. Le chiffre d'affaires est reparti à la hausse, avec une progression de 28% fin mai 2014. Pour 2013, nous affichons un résultat net de 44M€, contre 37 M€ en 2012. Nos fonds propres atteignent 622 M€ au 31 décembre 2013.

Je ne comprends pas cette obsession des pouvoirs publics à se focaliser sur l'épargne. Un produit de rente génère de l'épargne longue.

Vous êtes donc serein pour l'avenir...

Oui. L'importance de nos fonds propres nous procure la sérénité nécessaire dans un environnement difficile, à la fois au plan réglementaire et opérationnel. Aujourd'hui, notre développement passe par une emphase sur les assurances de personnes et par une préservation de nos marges en IARD, sans aller chercher du chiffre d'affaires à tout prix. Nous restons une famille ouverte, mais nous ne sommes pas le « Samu des mutuelles », comme nous l'affirmions déjà dans L'Argus en 2007. Si des mutuelles veulent se joindre à la fédération, elles sont les bienvenues. Par ailleurs, un effet de taille nous aiderait. Le groupe est riche, dégage des excédents et pourrait être une magnifique tête de pont pour un grand groupe international.

Son parcours

  • Âgé de 59 ans, Gilles Dupin est diplômé de Polytechnique et de l'Institut d'études politiques de Paris. Il siège à la commission exécutive du Gema.
  • 1978 Commissaire contrôleur des assurances.
  • 1986 Chef de l'audit international au Gan.
  • 1987 Il rejoint le groupe Victoire, où il occupe diverses fonctions pour devenir directeur général de Victoire Belgique, puis d'Axa Belgique.
  • 1995 Entre chez Monceau Assurances comme directeur général.
  • 2008 Président du conseil d'administration.

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