Hubert Gorron : « CCMO est vraiment un acteur économique local de référence »

Hubert Gorron : « CCMO est vraiment un acteur économique local de référence »
Hubert Gorron Directeur général de CCMO Mutuelle

Le nouveau directeur général de la 33e mutuelle santé française mise sur l’agilité et un management participatif pour développer l’entreprise et garantir son indépendance.

Argus de l'Assurance : CCMO Mutuelle a traversé une zone de turbulences, avec le départ de deux directeurs généraux et un changement de présidence. Quel état des lieux dressez-vous depuis votre arrivée, début octobre ?

Hubert Gorron (CCMO) : Nous avons fait l’objet de beaucoup d’articles de presse et de rumeurs, mais les fondamentaux sont restés bons. J’ai l’habitude de dire qu’une mutuelle fonctionne sur un trépied. Le premier est le personnel. Quand je rentre dans une mutuelle, j’essaie de voir le plus grand nombre de personnes possible. Lorsque je dirigeais la Mutuelle générale des cheminots (MGC), je connaissais quasiment tous les salariés par leur prénom et je fais le même effort ici. Je m’aperçois que les salariés sont très motivés, et prêts à se dépasser si on leur donne un vrai projet.

La motivation est intacte, malgré les affaires de surveillance des salariés dont la presse a fait état ?

Ce sont d’anciennes affaires qui sont ressorties. Cela touche un certain nombre de salariés, c’est certain, et c’est une des causes du départ de Christian Germain, mais cela ne touche pas la vie de CCMO. Les adhérents sont très contents de nous. Selon une étude de septembre 2017, 87 % se déclarent satisfaits et 9 sur 10 nous recommandent. C’est trois ou quatre points au-dessus de la moyenne nationale, selon le benchmark du cabinet Init. C’est le deuxième pilier. Le troisième concerne les administrateurs. Aux dernières élections, nous avons renouvelé huit postes sur 24. Nous arrivons facilement à trouver de nouveaux administrateurs. Il faut savoir que certaines mutuelles peinent à atteindre le seuil de dix, minimum fixé par le code de la mutualité. Cela signifie que CCMO reste attractive.

La mutuelle a enregistré un recul de chiffre d’affaires à 104 M€ (- 2,8 %) en 2017. À quoi faut-il l’attribuer et quelle est la tendance pour 2018 ?

Ce léger recul s’explique avant tout par la sortie de contrats collectifs déficitaires, puisque la marge s’est améliorée. Cette année, nous avons moins de résiliations que l’an dernier et nous devrions enregistrer un chiffre d’affaires identique. La gamme senior, lancée l’an dernier, marche bien. Nous venons aussi de démarrer sur les comparateurs avec LesFurets.com.

L’ANI est-il une cause du recul du chiffre d’affaires ?

Non, CCMO est une mutuelle particulière dans la mesure où elle a toujours fait du collectif, qui représente la moitié du chiffre d’affaires. Qui plus est, nous travaillons avec des entreprises de toutes tailles, y compris grandes, comme Saverglass, spécialisé dans le flaconnage de luxe, qui compte 2 500 salariés. Nous avons toutes les compétences, avec notamment un service actuariat. Et on me dit que la qualité de service est très bonne.

Votre taux de couverture du SCR, inférieur à 200 %, est-il suffisant ?

Nous avons modifié notre calcul de SCR. En fait, si nous avions gardé l’ancienne méthode de calcul, nous serions à 181 % en 2017 au lieu de 166 %. Cela dit, il est clair que nous ne sommes pas dans les sommets et qu’il faut tendre à augmenter ce ratio, même s’il est suffisant. Il faut trouver un équilibre. Si nous dégageons trop d’excédents, on nous le reproche…

Le plan stratégique annoncé par votre prédécesseur Ronan Le Joubioux est-il toujours d’actualité ?

Un plan stratégique doit avoir trois caractéristiques. Il faut que ce soit simple, communicable, et qu’il enthousiasme les troupes. J’ai donc revu l’organisation des différents services et confié la stratégie à un de mes directeurs. Ce n’est pas lui qui va écrire la stratégie, mais il va l’animer, nous stimuler. Je crois qu’une chose est importante pour une mutuelle de notre taille : il ne faut pas vouloir tout faire, il faut rester agile et malin. Il faut savoir là où on sera le meilleur. Les plus gros acteurs ont la puissance financière, nous avons la rapidité. Nous pouvons sortir un produit en six mois là où les autres mettent deux ans. C’est ma méthode. Il faut aussi partir de nos forces. L’une d’elles est que nous sommes très bien implantés. Nous sommes vraiment un acteur économique local de référence.

L’indépendance est-elle toujours un axe stratégique pour CCMO ?

Oui, nous souhaitons rester indépendants. L’indépendance, cela consiste pour moi à ce que les administrateurs puissent prendre des décisions stratégiques, que je puisse, avec le président, en tant que dirigeants effectifs, prendre des décisions d’une certaine importance et que nous ayons la liberté de lancer de nouveaux produits. En revanche, cela ne signifie pas que je ne ferai pas de partenariat. Et je suis en train de faire le tour de nos partenariats existants pour voir ceux que nous développerons.

Mais comment vous donner les moyens de cette indépendance ?

Pour rester indépendant, il faut que l’entreprise se développe de manière saine et génère de l’enthousiasme auprès des collaborateurs. Je suis persuadé qu’à partir du moment où vous arrivez à motiver les salariés sur un projet, ils peuvent vraiment sortir du cadre. C’est très important, c’est le principe de l’entreprise libérée, qui veut que les salariés apportent la totalité de leurs compétences, et pas seulement ce qu’on leur demande de faire, de façon à avoir plus d’intelligence collective. Notre métier devient de plus en plus compliqué et de plus en plus réglementé. Il faut donc que nous soyons de plus en plus agiles. Pour cela j’ai besoin que l’intelligence collective soit de plus en plus affûtée, et l’on y parvient en mettant autour de la table des gens différents.

SON PARCOURS

Hubert Gorron, 59 ans, est diplômé de l’école supérieure de commerce (ESC) de Saint-Étienne.

  • 1991 Entrée dans le monde de la protection sociale au sein de GMC Services (groupe Henner)
  • 2003 Directeur général de la mutuelle Mexem, qui fusionnera avec April en 2011
  • 2011 Directeur général de la Mutuelle de la Somme (intégrée depuis dans ViaSanté Mutuelle)
  • 2013 Directeur général de la mutuelle MGC
  • 2018 Directeur général de CCMO

Vous dites qu’il ne faut pas vouloir tout faire, mais beaucoup de mutuelles misent sur la diversification…

Nous sommes déjà présents en prévoyance, avec 100 000 personnes protégées. Sur l’IARD, il est trop tôt aujourd’hui pour se prononcer, je ne sais pas s’il faut aller jusque-là. Certains le font, mais je m’interroge : ce que je ne voudrais surtout pas, c’est lancer quelque chose qui ne serait pas demandé par nos adhérents et puisse phagocyter notre métier de base. Je suis avant tout un acteur de santé, je ne veux surtout pas mal faire un autre métier, car je risque de perdre sur mes fondamentaux. C’est pour cela que je pense qu’il ne faut s’éloigner trop de ses bases.

Avez-vous des projets en matière de services ? Et quelle est votre vision sur ce sujet ?

Je pense qu’il faut des services qui soient totalement adaptés au terrain. Même si nous sommes proches de Paris (NDLR : le siège de CCMO est à Beauvais, dans l’Oise), une des caractéristiques de cette région est qu’il y a de vrais déserts médicaux. CCMO a donc mis en place un système de téléconseil, avec Medaviz, qui permet de contacter un médecin en quelques minutes, ce qui évite deux tiers des consultations. C’est un service que nous offrons à nos adhérents gratuitement. Pour le moment, nous n’avons pas d’autres projets en la matière.

Comment analysez-vous les réformes actuelles et leur impact sur CCMO ?

À force de limiter la liberté des mutuelles, on obtient le résultat inverse à celui recherché. Le reste à charge zéro ou 100 % Santé en est l’un des derniers exemples en date. Au départ, c’est plutôt une bonne idée. Mais que fait-on ? Nous sommes des mutuelles, c’est à nous de savoir ce qui est le mieux pour les adhérents. Là, j’ai les mêmes paniers de soins et garanties que l’on se trouve en Picardie ou à La Réunion. On est en train de plaquer la même solution sur des besoins extrêmement différents. Au final, ce sont les plus faibles qui vont payer plus, comme l’ont montré des études pointant les hausses tarifaires potentielles. On est en train de nous mettre dans un carcan pour un résultat extrêmement décevant.

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