Jean-Philippe Dogneton (Macif) : « En matière tarifaire, le poison est dans la dose »

Jean-Philippe Dogneton (Macif) : « En matière tarifaire, le poison est dans la dose »
photos : LAETITIA DUARTE Jean-Philippe Dogneton Directeur général délégué Macif, en charge du métier IARD

Alors que le dommage représente 52 % de l’activité du groupe pour 15 millions de contrats, la Macif a revu son modèle de gestion et son organisation pour défendre sa compétitivité tarifaire. Son directeur général délégué en charge de l’activité IARD revient sur cette stratégie dont le point d’orgue est le multiéquipement, même si l’assurance auto reste un socle historique.

Argus de l'Assurance : Depuis l’adoption de la loi Hamon facilitant la résiliation des contrats auto et habitation, la concurrence s’est encore accrue sur ces marchés. Comment résistez-vous ?

Jean-Philippe Dogneton (Macif) : Le modèle Macif est, entre autres, basé sur la compétitivité, la qualité et la transparence : offrir la meilleure couverture aux sociétaires au prix le plus juste et avec des franchises correctes. La Macif ne veut pas dénaturer ce modèle par des offres commerciales qui finissent par dégrader le niveau général des tarifs et, in fine, détruisent de la valeur. Il n’est pas question non plus d’alléger nos garanties. À la Macif, l’épure tarifaire est un enjeu. Nous avons donc les leviers nécessaires pour être compétitifs même dans un environnement concurrentiel en appliquant des recettes d’assureur, en respectant les équilibres techniques et en offrant une qualité de service au moment du sinistre. Enfin, la maîtrise des frais généraux, aujourd’hui à 26 %, est également un élément important de l’équation.

Avez-vous arrêté vos tarifs pour l’année 2019 ?

Non. Nous avons une spécificité à la Macif : notre avis d’échéance est en avril, pas en janvier, et nos décisions ne sont pas prises. L’année 2018 s’avère sinistrée et nous avons, comme d’autres, traité 20 % de flux complémentaire d’origine climatique qui auront un impact sur nos coûts de gestion et notre charge sinistre. Dans ce contexte, je n’imagine pas que les assureurs revoient les tarifs à la baisse, d’autant que nous avons tous des investissements à financer. En matière tarifaire, le poison est dans la dose ! Ceux qui ont choisi de geler les tarifs au cours des dernières années ont dû opérer un rattrapage par la suite. Il est préférable, par principe, de lisser les tarifs dans le temps afin d’éviter les à-coups. Établir des comparaisons sur des moyennes tarifaires est aussi un exercice de plus en plus délicat en raison des nombreuses variables. Sans pouvoir me prononcer à ce stade, nous entendons bien conserver notre compétitivité en gagnant la majorité des matchs tarifaires et rester ainsi en conquête de parts de marché. La MRH devrait pour sa part être en lien avec l’évolution des charges de 1 à 2 %.

Vous avez fait évoluer votre modèle de gestion IARD. Cela a-t-il porté ses fruits ?

Nous avons modifié notre organisation en passant de 11 à 5 pôles interrégionaux et engagé la mutualisation de nos flux vente et après-vente. Nos 13 centres de gestion sont multidomaines et pourront progressivement intervenir de manière indifférenciée afin de faire face à un afflux de dossiers en cas d’événement d’ampleur. Cela doit nous permettre d’apporter des réponses immédiates à nos sociétaires, en une fois et en temps réel. Nous souhaitons aller plus loin en 2019 en instaurant des centres de relation clients et favoriser l’autonomie de nos collaborateurs. Concrètement, 7 000 salariés dans les activités de gestion et de distribution et une partie des fonctions supports sont concernés directement ou indirectement par ces transformations au profit de nos sociétaires. Elles se concrétiseront par une plus grande disponibilité et une accessibilité renforcée.

Le plan #Macifutur ambitionne de réaliser 10 % de souscriptions en ligne à horizon 2020. Est-ce en bonne voie ?

C’est un objectif qu’aucun assureur sur le marché n’a encore atteint. Pour autant, il ne faut évidemment pas négliger le canal digital, qui est extrêmement fréquenté. Il faut assurer un chemin de souscription fluide et une logique multicanal. Notre mot d’ordre est de simplifier la vie de nos sociétaires. Nous avons mis en place la signature électronique et favorisons également la déclaration de sinistre en ligne, en auto comme en MRH. En cas d’événement climatique, le taux de déclaration en ligne est même de 50 % ! Il est à noter que 90 % de ces déclarations sont traitées sans intervention de nos équipes, ce qui permet de désengorger nos plateformes de gestion, déjà fortement sollicitées.

Les assureurs dommages s’inquiètent d’une possible réforme de la RC auto. Le ministère de la Justice souhaite y inclure l’indemnisation des conducteurs fautifs. Pourquoi vous opposer à ce projet ?

C’est un projet infondé et déraisonnable, dont le coût se répercutera sur la collectivité. Il témoigne d’une défiance vis-à-vis des assureurs, car nous proposons aujourd’hui des garanties individuelles pour couvrir les conducteurs. Certes, elles peuvent être d’inégale valeur, mais c’est le jeu de la concurrence. De plus, la réforme nous conduirait à intégrer dans le modèle tarifaire le conducteur adverse victime, c’est-à-dire un risque par nature inconnu. Les impacts sur les conducteurs de deux-roues n’ont pas non plus été envisagés. Enfin, la dimension morale de la situation est discutable.

L’assurance auto est souvent considérée par les assureurs comme un produit d’appel… Ce type de stratégie est-il payant dans vos portefeuilles ?

La Macif n’oublie pas, selon l’expression, « qui l’a fait roi », en l’occurrence l’assurance auto. Au-delà, nous avons, par exemple, été pionniers, avec l’équivalent de la GAV dès 1973. Le point d’entrée historique est l’auto, et nous avons par la suite multiéquipé en MRH et en individuel. Aujourd’hui, un sociétaire Macif dispose en moyenne de 2,9 contrats en IARD, et 25 % des sociétaires sont multiéquipés par un autre métier du groupe Macif (assurance vie, emprunteur, santé, prévoyance, banque…). Nous avons construit notre approche sur une logique empirique, en capitalisant sur nos forces pour faire du multimétier une opportunité.

SON PARCOURS

Juriste de formation, Jean-Philippe Dogneton débute sa carrière professionnelle en 1991 en qualité de rédacteur corporel au sein de la Macif. Il rejoint le siège social en 2000, où il devient directeur de la réassurance.

  • 2007 Directeur du management des risques, de la réassurance et du contrôle interne
  • 2011 Directeur des assurances dommages de la Macif
  • Depuis 2015 Directeur général délégué du groupe Macif, en charge du métier IARD

Le président de la République a annoncé vouloir réformer le régime de catastrophes naturelles « avant l’été 2019 ». Est-ce une bonne nouvelle ?

Il y a un consensus dans le secteur pour dire que le régime est éprouvé depuis 1982 : il est bien construit, efficace et solidaire. Il peut parfois être contesté, notamment sur sa rapidité, mais il permet aujourd’hui de bien couvrir les sinistrés. Il faut donc absolument conserver ses fondamentaux, même s’il peut être amélioré, notamment en matière de prévention ou de prise en charge de certains postes. Le régime est conçu de manière à résister à des événements conséquents, notamment en permettant de constituer des provisions d’égalisation et des réserves dans le temps. La question qui se pose n’est pas tant celle de son financement, mais plutôt de faire en sorte que le risque résiduel soit le moins élevé possible. Cela passe par des études géologiques de terrain, des matériaux de construction résilients, un travail sur les zones constructibles et beaucoup de prévention.

Vous êtes également président de l’Association de réassurance commune d’assureurs mutualistes (Arcam), structure de pilotage des traités de réassurance en IARD. Quel intérêt pour les cédantes ?

Il s’agit d’achat en commun de réassurance et d’expertise technique pour une trentaine d’adhérents – à l’origine, les traités du Groupement des entreprises mutuelles d’assurance (Gema). L’Arcam repose sur un principe de solidarité dans l’expertise entre de très grandes mutuelles (Covéa, Macif, Maif…) et des mutuelles de taille plus modeste. Par la mutualisation, l’Arcam parvient à négocier plusieurs programmes en RC vie privée, auto, professionnels, des risques locatifs, la revalorisation de rente, le risque terroriste au bénéfice de ses adhérents. Ces traités, qui évoluent à la marge, sont pilotés avec une vingtaine de réassureurs éprouvés de longue date.

Dans le cadre du rapprochement en cours avec Aesio, Macif a-t-elle vocation à poursuivre sa coentreprise Inter mutuelles entreprise (IME) avec la Matmut sur le dommage aux professionnels ?

Au sein de Macif, le cœur de l’activité en dommages est porté par la société d’assurance mutuelle Macif. Soyons pragmatiques, si IME n’existait pas, nous serions concurrents avec la Matmut sur le même segment. Ni Macif, ni Matmut n’envisagent un retrait de cette coentre­prise dans la mesure où elle sert les deux parties.

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Commentaires

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09/11/2018 16h:35

Pour rappel le cabinet sextant a fait une expertise concernant les impacts de la transformation du modele IARD sur les conditions de travail des salariés Les conclusions sont affolantes et l'ensemble des organisations syndicales a voté contre le projet.

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