« L'assurance construction souffre d'un déficit de compétences »

« L'assurance construction souffre d'un déficit de compétences »
Patrice Gilles et Antoine Guiguet, PDG et directeur général du groupe SFS

Les dirigeants du groupe SFS, courtier et courtier grossiste, reviennent sur les grandes évolutions qu'a connues le monde de l'assurance construction ces dernières années et sur la stratégie des différents acteurs, sur un marché qui attend toujours la reprise.


Quelles sont aujourd'hui les caractéristiques de l'assurance construction en France ?
Antoine Guiguet - L'assurance construction reste un marché de niche - entre 2 et 2,5 Md€ de primes à l'année - et demeure l'apanage de grandes compagnies d'assurance françaises : quatre ou cinq d'entre elles se partageant entre 60% et 80% du risque. En termes de distribution, le réseau du courtage capte une grande partie de l'activité, même si les compagnies choisissent en général de conserver en direct les grands comptes que sont les majors de la promotion et de la construction.

Patrice Gilles - Forte particularité, l'assurance dommages ouvrage n'existe pas dans les autres pays ! Néanmoins, une étude de l'Union européenne de 2008 démontre que même si l'obligation d'assurance n'a pas cours partout, des systèmes identiques de couverture se retrouvent au final dans la plupart des pays d'Europe en termes de durée de garantie.

LEURS PARCOURS

  • PATRICE GILLES, 61 ans, diplômé en gestion de l'ESSEC.
    - 1979 Conseil en recrutement et formation
    - 1983 Agent Winterthur Assurances
    - 1990 PDG de la société de courtage ATI SA
    - 2002 création de SFS à La Réunion
    - 2003 PDG du groupe SFS
  • ANTOINE GUIGUET, 35 ans, titulaire d'un Magistère droit des affaires et fiscalité et d'un DESS de droit des affaires internationales.
    - 2002 Juriste au sein du groupe SCORIM
    - 2008 Juriste conseil pour INEO SUEZ
    - 2009 Cabinet d'avocat ABATI-ANTOMARCHI
    - 2011 Directeur juridique et technique du groupe SFS
    - 2013 Directeur général du groupe SFS

Quelles sont les principales évolutions depuis une dizaine d'années ?
A. G. - Les textes légaux propres à l'assurance construction évoluent peu. Les articles 1792 du code civil et L241 (1 et 2) du code des assurances, relatifs à l'obligation d'assurance, constituent ainsi un socle stable. En revanche, avec l'évolution des bâtiments et des produits de la construction, la jurisprudence a beaucoup évolué et notamment la notion d'impropriété à destination. Il y a encore une dizaine d'années, peu de praticiens de l'assurance construction pouvaient imaginer ce que seraient les bâtiments de demain. Puis sont apparus des bâtiments intelligents comprenant des produits multifonctions, comme les panneaux photovoltaïques intégrés au bâti, qui assurent à la fois le clos d'un bâtiment et la production d'énergie. L'arrivée de ces nouvelles technologies a nécessairement eu un impact sur la détermination de « l'assiette des garanties ». C'est l'enjeu principal : tenir compte des évolutions technologiques pour définir et adapter les garanties aux besoins des assurés.

Comment avez-vous lancé votre activité ?
P. G. - Tout a commencé en 2002, sur l'île de la Réunion, où ma famille est installée depuis plus de trente-cinq ans. Les entreprises artisanales réunionnaises, dans leur grande majorité, n'arrivaient pas à trouver d'assurance décennale et de RC professionnelle. En sous-traitance, elles étaient assurées uniquement par le biais des contrats des sociétés qui les mandataient, mais avec des tarifs très élevés. Pour travailler en direct avec leurs clients, elles devaient contacter le BCT (Bureau central de tarification) et, parfois, eu égard à la complexité de la procédure et aux délais de traitement, elles préféraient travailler sans s'assurer ! J'ai donc décidé de me lancer sur ce marché. L'arrivée des contrats SFS a immédiatement provoqué un boom de l'activité des artisans réunionnais.

Pourquoi avoir fait le choix de la Libre Prestation de services ?
P. G. - Tout simplement parce qu'aucun assureur français n'a accepté de me suivre. Ils considéraient les Dom-Tom comme un risque trop technique. Je me suis donc tourné vers un Lloyd's broker londonien, un ami personnel. Deux compagnies, une anglaise (Elite Insurance) et une danoise (Alpha Group), nous ont fait confiance, et elles sont toujours à nos côtés. La Libre Prestation de services s'est ainsi imposée, et je ne le regrette pas. J'ai ensuite ouvert en 2003 un deuxième bureau en Martinique, puis à Toulouse. Dès le début, j'ai choisi d'être mandataire de ces compagnies partenaires, afin d'avoir un lien privilégié avec nos clients.

A. G. - Les assureurs français présents à la Réunion n'avaient nullement intérêt à ouvrir le marché à la concurrence, puisque les primes à l'époque étaient trois fois plus élevées qu'aujourd'hui ! Nous avons été beaucoup critiqués avec la LPS, tout simplement parce que personne ne savait ce que c'était à la Réunion. On nous a accusés de travailler avec des sociétés « fantômes »... Cette attitude est un mal français ! L'Europe est applaudie quand elle apporte la PAC, mais pas quand elle permet à des entreprises étrangères de venir travailler en France...

Le secteur de la construction est aujourd'hui particulièrement touché par la crise. Pourtant, vous affichez un chiffre d'affaires en hausse de 36%...
A. G. - 2012 et 2013 ont été des années compliquées. Les mises en chantier ont chuté drastiquement pour atteindre un seuil historiquement bas. Et le climat des élections municipales ne fait qu'accentuer les choses, différant les intentions des promoteurs jusqu'à fin avril... Pour autant, si le marché ne progresse pas, il reste des projets et des entrepreneurs à assurer. Nous avons augmenté notre chiffre d'affaires de 30% par an en moyenne depuis cinq ans. Ceci est principalement dû à notre stratégie de proximité, fondée sur le développement d'un réseau d'agences locales.

P. G. - J'ai toujours été persuadé qu'en investissant sur des implantations stratégiques pour ouvrir des agences de proximité, tout en recrutant des souscripteurs de qualité, on pouvait avancer extrêmement vite et fort. Entre 2009 et 2010, alors que la crise était à son paroxysme et que nos concurrents faisaient preuve d'attentisme, j'ai décidé d'étoffer notre gamme de produits, d'ouvrir 25 agences et de recruter 150 collaborateurs en deux ans. Et cette stratégie a été payante ! Le groupe compte aujourd'hui 45 implantations en France métropolitaine et en outre-mer, qui travaillent avec un réseau de 4 000 courtiers partenaires. Notre force réside dans la spécialisation de notre branche, dans notre maîtrise des risques et dans la réactivité et le professionnalisme de nos souscripteurs, qui visitent tous les projets sur le terrain.

« Il y a une grande différence entre ceux qui souscrivent les risques et ceux qui apportent les dossiers, notamment les courtiers. »

Antoine Guiguet, directeur généraldu groupe SFS

Et au niveau des assureurs ?
A. G. - En plus de nos deux compagnies historiques, nous travaillons aujourd'hui avec la majorité des acteurs du marché, avec une gamme complète de contrats, couvrant à la fois les garanties obligatoires et facultatives, tant sur les risques techniques que financiers. Mais nous n'avons pas d'ambitions démesurées : nous souhaitons rester dans notre coeur de business, avec des solutions pour tous les projets des acteurs de l'immobilier et de la construction, tant sur le small que sur le middle market.

Sur quelle cible la concurrence est-elle la plus forte ?
A. G. - Elle est surtout présente sur les marchés publics, un secteur traditionnellement très concurrentiel. Les grands acteurs sont tous présents et les taux sont tirés vers le bas. C'est d'ailleurs assez paradoxal de voir à quel point les collectivités locales bénéficient de meilleurs tarifs que les promoteurs, alors même que ces derniers gèrent souvent mieux leurs risques. La concurrence est aussi rude sur les promoteurs, mais nous pouvons davantage être concurrentiels. Actuellement, certaines compagnies travaillent plus à la statistique qu'à la technique, dans un raisonnement de business à court terme qui est difficilement applicable en assurance construction. C'est dommage.

P. G. - Nos compagnies partenaires n'ont pas cette mentalité de « stop et go » que certains peuvent avoir en France, se donnant les moyens de conquérir une cible en sous-tarifant, pour ensuite s'en retirer pendant quelques années quand les sinistres deviennent trop coûteux, afin de mieux revenir ensuite. Il y a des pans entiers de l'assurance construction qui souffrent de ce va-et-vient. Nous préférons de beaucoup une croissance régulière sur l'ensemble des cibles du marché, même s'il est vrai que certains corps d'état font l'objet d'une analyse très détaillée, voire d'un refus de souscription, car beaucoup plus sinistrés que d'autres, comme les étancheurs ou les géotechniciens. Tout est une question d'appréciation du risque et de qualité de la souscription.

« Nous préférons une croissance régulière sur l'ensemble du marché à la stratégie de "stop et go". »

Patrick Gilles, président-directeur général de SFS

À quels défis devront répondre les assureurs dans les prochaines années ?
A. G. - Le principal enjeu, à mon sens, se situe au niveau de la formation des acteurs. Il existe aujourd'hui une grande différence entre ceux qui souscrivent les risques et ceux qui apportent les dossiers, notamment les courtiers. Très peu sont spécialisés dans le domaine de l'assurance construction. Notre rôle est donc de les accompagner pour obtenir une meilleure appréciation du risque. Comme il n'existe pas de formation dédiée, les acteurs sont obligés de se former « sur le tas », ce qui peut avoir ses limites.

On a vu récemment sur internet des propositions de type « souscrivez en ligne en cinq minutes ! ». Comment peut-on prétendre avoir analysé un projet ou une entreprise dans un tel délai et par conséquent couvrir un risque sans connaître ce que l'on assure ? Ça paraît inimaginable !

P. G. - On voit fleurir depuis début 2014 chez certains courtiers des offres d'assurance en dommages ouvrage à prix fixe pour des maisons individuelles, sans étude de sols, sans contrôle technique et sans maître d'oeuvre ! Là encore, ça paraît inconcevable ! Nous préférons proposer des études de sols à tarifs accessibles, qui permettront de sécuriser le projet. C'est sur ce terrain que nous souhaitons nous battre, car nul doute que la montée en compétences sur ce marché permettra de le tirer vers le haut. SFS va continuer à recruter pour asseoir sa croissance, avec 40 embauches prévues sur 2014. Notre objectif : être prêt pour la reprise du marché et le franchissement du fameux cap des 350 000 mises en chantier par an, que certains estiment possible pour 2015 !

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