« La France est leader dans plein de choses, mais pas dans de nouvelles choses »

« La France est leader dans plein de choses, mais pas dans de nouvelles choses »
© Raphael Dautigny Ludovic Subran, Chef économiste - Euler Hermes

Ludovic Subran, chef économiste d'Euler Hermes, dresse un rapide et accessible bilan économique de l'année 2014, non sans pointer les indicateurs à suivre pour mieux guider les orientations stratégiques.

Quelles sont les bonnes nouvelles pour l'économie mondiale en 2014 ?

Cela a été un peu mieux qu'en 2013, pour la simple raison qu'il n'y a pas eu de francs retours en arrière sur les grandes questions. Du côté politique, les votes extrémistes et souverainistes ont été mis sous contrôle avant qu'ils ne parviennent à bloquer la sortie de crise collective. Du côté économique, la bonne nouvelle vient de la maîtrise des risques systémiques des banques. Enfin, les marges vont mieux, le financement des ménages aussi, tandis que le désendettement s'opère petit à petit. Tout cela va dans le bon sens.

SON PARCOURS

Diplômé en statistiques et en économie de l'École nationale de la statistique et de l'analyse de l'information (ENSAI), diplômé de l'IEP Paris

  • 2002-2004 Enseignant-chercheur en économétrie et macroéconomie.
  • 2004-2006 Chargé des prévisions d'inflation à l'Insee, au sein du ministère de l'Économie et des Finances.
  • 2007-2009 Conseiller économique de la directrice exécutive du Programme alimentaire national des Nations Unies en Italie et dans plusieurs pays d'Afrique (basé à Rome).
  • 2009 Économiste et chef d'équipe, chargé des opérations et de l'assistance technique pour l'Amérique latine et les Caraïbes à la Banque mondiale (basé à Washington).
  • Depuis 2011 Chef économiste chez Euler Hermes.

Quels sont les pays les mieux orientés ?

Les bonnes surprises viennent des États-Unis et du Royaume Uni, mais il ne faut pas négliger les pays du sud de l'Europe, en particulier l'Espagne, et de gros pays émergents comme l'Inde et l'Indonésie.

Quels sont les atouts des États-Unis ?

Concernant les États-Unis, ils profitent de leur moindre dépendance énergétique grâce au développement du gaz de schiste et de la réindustrialisation du pays. Par ailleurs, leur vie politique est vivace, en raison d'un vrai contre-pouvoir. Or, c'est là le gage d'une démocratie qui fonctionne. Surtout, il s'agit d'un pays entrepreneur, fort d'une population qui soutient l'innovation et la recherche.

Et ceux de nos voisins britanniques ?

Dès le début de la crise, le Royaume-Uni, a fait porter les ajustements nécessaires sur les ménages et non sur les entreprises. Ce choix lui permet de s'en sortir plus vite et mieux, d'autant qu'il profite de sa politique monétaire pour se poser en plate-forme de financement des entreprises, aidé par une fiscalité attractive. Très orientés business, les dirigeants au pouvoir affirment leur volonté de restaurer le leadership du Royaume-Uni sur certains marchés, les laboratoires pharmaceutiques, par exemple.

Quelles sont les mauvaises nouvelles de l'économie mondiale ?

Le pire est la désinflation, prélude à la déflation. Dès que l'on pense déflation, on pense aux conséquences sur les finances publiques. Or, ce ne sont pas les seules. La déflation pose le problème du pricing de l'innovation, dans un contexte où les consommateurs ne veulent plus la payer, obligeant les entreprises à se recentrer sur du low cost ou à parier sur les volumes. En Europe, le cycle d'investissement n'est pas reparti parce que les États se sont désinvestis, alors qu'en parallèle, les entreprises n'arrivent plus à faire passer le prix de l'innovation. S'y ajoute la baisse des prix du pétrole, qui aggrave le processus de déflation.

Peut-on ou faut-il compter sur les autres pour sortir de la crise ?

Théoriquement, pourquoi pas. Mais globalement, la gouvernance mondiale est très peu présente, alors que la déception domine concernant les modèles proposés par le Brésil ou la Chine, qui connaît cette année une baisse de croissance, ou encore par la Russie, qui s'installe dans une crise politique. Je pense qu'on a laissé trop de flottement sur les vraies décisions politiques, non sans conséquences sur l'économie et sur la vitesse de sortie de crise.

« La France est résiliente, elle n'a pas de foyer à éteindre et dispose d'une économie matelassée qui lui permet d'accuser les coups. »

L'Europe peut-elle prendre la vague de la reprise ou est-elle condamnée à l'attendre ?

L'Europe a été très occupée à se stabiliser, au risque d'oublier que le monde tourne pendant ce temps-là. Cet isolationnisme conduit le reste du monde à se déshabituer de l'Europe qui, petit à petit, ne les intéresse plus. Cet égocentrisme nous entraîne vers une harmonisation assez dogmatique plutôt que de mettre en avant les différences positives et d'en tirer parti. Indéniablement, le couple franco-allemand a fait défaut cette année, alors que la gouvernance européenne a encore accentué sa distance avec les populations, malgré les élections du Parlement européen. Pour s'en sortir, l'Europe doit renouer avec l'investissement au niveau collectif et se penser comme un marché à 28 pays riches de bientôt 510 millions d'habitants.

Quelles sont les bonnes nouvelles économiques pour la France ?

Le pays est parvenu à ne pas tomber en récession. Ensuite, nous avons des atouts : de grands groupes internationaux, un système financier sain et peu vulnérable et une voix diplomatique qui compte. Il faut également mettre à notre actif un excellent niveau de formation d'experts et de techniciens rarement reconnu dans l'Hexagone, mais salué partout ailleurs.

Néanmoins, avec 0,4 %, la France affiche une croissance inférieure à 1 % pour la troisième année consécutive. C'est la première fois depuis l'après-guerre...

Absolument, et 2015 ne devrait pas apporter plus de 0,8 % de croissance. Cependant, il est difficile d'inscrire cette donnée uniquement dans les mauvaises nouvelles. La France est résiliente face à une tempête européenne qui ne s'affaiblit pas, elle n'a pas de foyer à éteindre, elle dispose d'une économie matelassée qui lui permet d'accuser les coups.

Et les mauvaises nouvelles ?

Notre problème majeur est l'absence d'émergence, qui pèse fortement sur l'économie et sur la fierté et, parfois, l'arrogance, des Français. Nous sommes leaders dans plein de choses, mais pas dans de nouvelles choses. Les Français s'enferrent dans cet état d'esprit, d'autant que, ni les politiques ni les acteurs économiques et sociaux n'ont reprécisé et expliqué le rôle et le devenir de chacun dans le contexte actuel. Le débat politique est très focalisé sur la question de la dépense publique. La mauvaise nouvelle pour la France est sans doute qu'elle semble à court d'idée. Et que la baisse de la popularité du gouvernement associée à une hausse du chômage risquent de pousser l'État vers une nouvelle phase de gadgétisation de la politique publique.

Justement, ne sommes-nous pas trop contraints pas l'économie politique ?

Il y a en effet une forte dimension d'économie politique qui énonce parfois de bonnes idées, comme le pacte de responsabilité. Mais la mise en oeuvre nous ramène parfois à de vieux débats qui laissent supposer qu'en France, entre la maintenance et le projet, nous sommes plus sur la maintenance et moins sur le projet... alors que pour les autres, Allemagne en tête, la logique est inverse.

À quoi faut-il s'attendre pour les mois à venir ?

Selon certains économistes - dont je ne suis pas - l'année 2015 pourrait bien, aux États-Unis, ressembler à 1994, année de la crise dite du Mexique, avec un dollar plus cher, donc moins accessible, conduisant à une crise obligataire en Europe. Selon moi, les conditions de financement de la France sont loin d'être catastrophiques. Mais la reprise ne va pas aligner les étoiles, en particulier parce que Solvabilité 2 et Bâle 3, donc la régulation mondiale, créent un attentisme qui freine la reprise.

« En France, nous sommes plus sur la maintenance et moins sur le projet, alors que pour les autres, la logique est inverse. »

Comment tout cela affecte-il l'assurance ?

En 2015, on devrait connaître un regain de consommation, en vertu du déblocage naturel du phénomène d'accumulation constaté depuis quelques années. Les consommateurs et les entreprises reportent leurs achats jusqu'à ce que la dépense s'impose. Aussi, par exemple, s'attend-on à une augmentation du nombre d'immatriculations de véhicules neufs cette année et, plus généralement, à une croissance de la masse assurable, du côté des particuliers comme des entreprises.

Quels sont les grands indicateurs à suivre quand on travaille dans l'assurance ?

Les ventes de détail et les enquêtes sur les investissements. Elles permettent de savoir si les coûts d'acquisition peuvent être rentabilisés. Il faut regarder les défaillances d'entreprises, qui devraient se stabiliser, tout en restant à un niveau record. Localement, il faut aussi suivre les créations d'entreprises, car, pour un entrepreneur, la période de construction est propice à une relation durable avec un agent général ou un courtier. Un travail fin sur l'inflation par filière peut offrir une vision précise qui pourrait faire la différence auprès des agents économiques. Ces informations, plus celles sur la démographie et l'investissement, sont disponibles auprès des chambres de commerce et des antennes régionales de l'Insee. Elles sont très riches et souvent inexploitées, voire méconnues, alors qu'elles peuvent devenir un véritable outil de pilotage de l'activité d'un agent général ou d'un courtier.

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 20 septembre 2019

ÉDITION DU 20 septembre 2019 Je consulte

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Acquisition de titres restaurant.

Cirest

21 septembre

974 - ST BENOIT

Marché de service relatif à la prestation d'assurance pour les besoins du syndicat ...

ILEVA - SM de Traitement des Déchêts des Microrégions Sud et Ouest SMTD

21 septembre

974 - SMTDRSO

Service D'Assurance Responsabilite Civile.

EAU DE PARIS

21 septembre

75 - EAU DE PARIS

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

« La France est leader dans plein de choses, mais pas dans de nouvelles choses »

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié