« Le métier d'assureur est avant tout de gérer l'incertitude »

« Le métier d'assureur est avant tout de gérer l'incertitude »
Hugues de Jouvenel président de Futuribles international

Expert en prospective, Hugues de Jouvenel s'intéresse au temps long et aux futurs possibles. Il revient sur les risques de demain et la façon dont les professionnels de l'assurance peuvent et doivent s'y préparer. Sur ce point, ils ont encore du chemin à parcourir.


À quelles tendances lourdes le monde de demain sera-t-il confronté ?
La première d'entre elles est la mondialisation. Témoin de cette globalisation, la prise de conscience que nous ne formons qu'une seule Terre et que nous sommes désormais confrontés à des enjeux planétaires. Le risque climatique et notre dépendance à l'égard des ressources naturelles sont emblématiques de ce phénomène, comme la mondialisation de l'économie et, plus encore, de la finance, avec leurs conséquences en matière de concurrence et de risques systémiques. Deuxième tendance, l'augmentation de la population mondiale et sa répartition géographique. Les pays industrialisés, qui représentaient un quart de la population mondiale en 1960, n'en pèseront plus qu'environ 10% en 2025. Cette population se concentre de plus en plus dans des mégalopoles, et sur le littoral où les risques naturels se multiplient, qu'ils soient d'origine naturelle, technologique ou humaine. Troisième tendance évidente, le vieillissement, qui touchera bientôt les pays arabes et, surtout, la Chine, bien plus brutalement que les pays industrialisés comme le Japon et les pays européens.

Quid des risques géopolitiques ?
La scène mondiale est marquée par la multiplication des risques et des tensions, d'origine ethnique, culturelle, économique, au sein des pays, entre les pays et au niveau global. Simultanément, nous sommes confrontés à l'émergence d'acteurs transnationaux (multinationales, organisations terroristes...) échappant au contrôle des États et s'organisant selon des logiques de réseaux plus que de territoire. La problématique de la sécurité n'a peut-être jamais été aussi vive et complexe en raison des formes diverses de la violence et de la vulnérabilité plus grande de nos sociétés.

Dans ce contexte, comment différencier les méthodes du prospectiviste de celles du prévisionniste ?
La prévision repose sur l'extrapolation des tendances du passé, y compris lorsque l'on recourt à des modèles sophistiqués pour élaborer des prévisions, par exemple des projections démographiques ou des prévisions économiques. Les prospectivistes considèrent que l'avenir ne se prévoit pas, qu'il se construit, notamment aux travers de décisions et d'actions humaines, que les hommes ne sont pas des automates, que leurs comportements ne sont ni répétitifs ni rationnels. Ils s'efforcent de prendre en compte les discontinuités et les ruptures. Leurs ambitions ne sont pas de prédire l'avenir, mais d'explorer plus largement les futurs possibles afin d'identifier les enjeux à court, moyen et long terme, avant qu'il ne soit trop tard, de sorte que les acteurs disposent encore de marges de manoeuvre suffisantes pour élaborer leurs stratégies.

SON PARCOURS

Hugues de Jouvenel est criminologue de formation. Après une tournée des think tanks US, où il découvre les méthodes de prospective, il relance, en 1973, Futuribles international, un centre international d'études et d'échanges pluridisciplinaires et prospectifs dédié à l'analyse du monde.

  • 1972 Il travaille aux Nations unies comme chercheur associé.
  • 1974 Il devient délégué général en France de Futuribles international, consultant international en prospective.
  • 1975 Il crée la revue Futuribles.

Les assureurs sont-ils prêts en matière de prospective et d'anticipation des risques ?
La prospective s'est beaucoup développée dans les institutions publiques, dans les secteurs agricoles et industriels. J'ai l'impression que les banques et les assurances sont en retard sur ce point. Pourtant, il existe des problèmes évidents résultant du vieillissement démographique, du problème des retraites, de l'assurance maladie et du risque dépendance. Les conséquences du changement climatique, celles liées à l'essor des sciences et des techniques ne sauraient davantage être négligées. Mais peut-être les assureurs avaient-ils tendance à s'endormir sur leurs lauriers et n'étaient-ils pas suffisamment vigilants par rapport aux risques nouveaux, y compris ceux de la concurrence. Le poids croissant de la finance les a peut-être entraînés à négliger ce qui était leur coeur de métier.

Et pourtant, ils devraient être en première ligne...
Leur métier est avant tout de gérer l'incertitude, d'essayer d'anticiper les risques afin de définir les produits adaptés à leurs victimes potentielles. Ils ont donc pour vocation d'être vigilants et de faire preuve de plus de capacités d'anticipation. Or, il y a bien des domaines, dans les usages des sciences du vivant, dans la sécurisation des données et des réseaux numériques, où ils auraient intérêt à s'investir davantage. Le fait qu'ils soient dominants sur leurs marchés les rend particulièrement vulnérables à la concurrence, qui peut venir d'acteurs éloignés de leurs métiers. Certains risques, par exemple dans le domaine nucléaire, sont difficiles à anticiper et à évaluer.

La problématique de la sécurité n'a jamais été aussi vive et complexe en raison des formes diverses de la violence et de la vulnérabilité plus grande de nos sociétés.

Comment expliquer que les modèles prévisionnels des assureurs aient été battus en brèche par la crise financière ?
Le secteur de la finance est celui qui a été le plus dématérialisé et qui a le plus bénéficié de l'essor des technologies de l'information et de la communication, donc le plus mondialisé. Il est aussi le plus vulnérable à des conduites irrationnelles, qui ont des effets en cascade. Ni les prévisionnistes ni les prospectivistes ne peuvent prévoir le futur de manière certaine et, même ces derniers qui s'efforcent d'identifier les ruptures ne sont pas à l'abri de surprises, notamment celles provoquées par des acteurs irresponsables. Il faut en être conscient, essayer de penser hors des sentiers battus, être éventuellement capable d'imaginer ce qui semble a priori impensable.

À quoi ressemblera le métier d'assureur dans les prochaines années ?
C'est aux assureurs de répondre à cette question, de se représenter quel est leur avenir souhaitable et réalisable. Mais il me semble évident que de nouveaux risques apparaissent. Seront-ils capables de les anticiper et de faire preuve d'innovation dans leur secteur ? Celle-ci est particulièrement importante pour les assurerurs, afin de se différencier des autres, pour qu'ils ne soient pas esclaves d'une banalisation de leurs offres, donc exclusivement conduits à une stratégie de concentration. L'évolution de leur métier sera fortement liée à l'essor des technologies et, surtout, aux usages qu'eux-mêmes et les autres pourront en faire (big data (1), cybercriminalité...). Une autre question qui deviendra de plus en plus déterminante, sera celle liée à une certaine « déchirure du voile d'ignorance », par exemple avec la médecine dite prédictive ou avec les technologies embarquées.

L'aversion envers le risque est une chose, le consentement à payer en est une autre.

Justement, en tant qu'assurés, quel rapport au risque entretiendrons-nous ? Quels seront nos besoins en couverture ?
Les Français ont une forte aversion envers le risque. Vont-ils pour autant s'assurer davantage et de quelle manière, en souscrivant à de nouvelles assurances, ou en épargnant toujours davantage ? Cela dépendra évidemment de leurs revenus et des usages qu'ils en feront, mais aussi de l'évolution des valeurs et des comportements. L'aversion envers le risque est une chose, le consentement à payer en est une autre, et l'on ne saurait exclure que certains se soustraient à l'assurance, même lorsqu'elle est obligatoire. Dans une conjoncture où les revenus vont se contracter, où les modes de vie évolueront, le métier d'assureur devra s'adapter. II faudra que les assureurs eux-mêmes prennent des risques, alors que, paradoxalement, ils n'en ont pas tellement l'habitude.

Quelle place occuperont les institutions de prévoyance dans le paysage français ?
Elles ont toutes les chances de jouer un rôle grandissant dans les années à venir, en raison de la crise du système français de protection sociale. Les jeunes générations risquent de réfléchir à deux fois avant d'adhérer à un système dont ils ne sont pas sûrs de pouvoir bénéficier à leur tour. En outre, la couverture des risques par la Sécurité sociale devrait s'amoindrir à l'avenir, alors que les besoins en assurance seront de plus en plus croissants. Les institutions de prévoyance seront sans doute amenées, par exemple, à offrir une couverture personnalisée en matière de soins.

Et quelle sera celle des mutuelles ?
Les mutuelles se réclament de valeurs assez cohérentes vis-àvis des évolutions de la société, tout en courant le risque d'être de plus en plus en concurrence avec les compagnies d'assurances sans avoir les mêmes atouts à l'international.

1. Référence au volume croissant de données et à la difficulté d'en extraire (data mining) les informations pertinentes pour son activité.

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