« Le risk management doit conforter sa légitimité au sein des entreprises »

« Le risk management doit conforter sa légitimité au sein des entreprises »
Gilbert Canameras, président de l'Amrae, et Adil Guessous, initiateur de la nouvelle association marocaine de risk managers

L'Argus de l'assurance a croisé les réflexions d'Adil Guessous, risk manager marocain oeuvrant à la constitution d'une nouvelle association des risk managers au Maroc, et de Gilbert Canameras, actuel président de l'Amrae, sur les relations franco-marocaines, l'évolution du métier de risk manager et les nouveaux risques émergents.


Pouvez-vous nous présenter vos associations respectives et leurs missions ?
Adil Guessous - Notre association est en cours de création. Ses statuts devraient être finalisés dans les prochaines semaines. Les professionnels qui se mobilisent pour ce projet sont, pour l'essentiel, issus du tissu industriel. Moi-même, je suis le directeur de l'audit interne et du risk management de Managem, premier groupe privé minier du Maroc. Ouverte, l'association nourrira l'ambition de dynamiser le processus du risk management au sein des entreprises. Pour cela, il est nécessaire de disposer d'une plate-forme de dialogue et de partager les expériences. C'est la mission de cette nouvelle association.

LEURS PARCOURS

  • Gilbert Canameras Détenteur d'une maîtrise de droit des affaires Paris-II-Assas et d'un DEA en études politiques, il a créé le Centre de recherches et d'études des assurances et financements internationaux (Creafi).
    - 1977-1980 Secrétaire général du centre Inserm (recherche médicale) du Vésinet (78).
    - 1980-1995 Responsable des financements internationaux puis directeur financier de Spie Batignolles.
    - 1996-2000 Directeur trésorerie et « trade finance » (financement des échanges commerciaux) de Schneider.
    - 2001-2010 Directeur trésorerie, financements et assurances d'Eramet.
    - 2010 Directeur financements et management des risques d'Eramet.
  • Adil Guessous Ingénieur des sciences techniques option métallurgie, il est titulaire d'un master en gestion des entreprises de l'IAE Nancy 2.
    - 2001 Responsable de production de la mine de Bou Azzer de Managem, premier groupe privé minier du Maroc.
    - 2006 Risk-manager de Managem.
    - 2011 Directeur audit interne et risk management du groupe marocain.

Gilbert Canameras - Nous sommes une as-sociation qui regroupe pas moins de 900 membres. L'Association pour le management des risques et des assurances de l'entreprise (Amrae) est devenue une association de référence écoutée par les instances publiques et celles du marché de l'assurance et de la réassurance. Notre position a notamment trouvé un écho positif dans le dossier Gareat. Toutes nos commissions sont également vigilantes quant aux différentes évolutions réglementaires qui pourraient avoir un impact sur la gestion des risques.

Que faudra-t-il retenir de l'année 2013 au niveau de la gestion des risques ?
A. G. - Elle s'inscrit dans une certaine continuité avec la poursuite de l'émergence du risk management. En témoigne l'importante mobilisation lors des Journées du risk management marocain organisées en avril 2013 et qui révèle une réelle prise de conscience : la gestion des risques comme levier de compétitivité dans l'entreprise.

G. C. - Je qualifierai 2013 de tournant. Je pense qu'il y a aura un avant et un après, tout simplement grâce au référentiel que nous avons mis en place, et qui permet d'ancrer le risk management dans l'organigramme d'une entreprise. Enfin, c'est clairement au cours des périodes conjoncturelles délicates que la valeur ajoutée du risk manager prend tout son sens ou n'est, en tout cas, plus à démontrer.

Comment cette fonction a-t-elle évolué dans vos pays respectifs ? Que lui manque-t-elle pour s'imposer dans les entreprises ?
A. G. - Cette fonction doit être directement associée aux projets en développement au sein des entreprises. Cette évolution ne pourra se faire sans un travail de fond et de sensibilisation auprès de tous les acteurs, y compris les écoles et les universités. Au Maroc, la fonction de risk manager est encore récente, elle doit gagner en légitimité et en indépendance. Il n'existe d'ailleurs toujours pas de cadre de référence. En étant directement rattachée à la direction générale d'une entreprise, elle peut pour autant peser de tout son poids dans les processus opérationnels. D'ailleurs, depuis quatre ans, la fonction opère déjà en toute indépendance au sein de certains grands groupes. C'est une évolution encourageante qui doit se généraliser au sein des entreprises marocaines.

G. C. - Le gestionnaire des risques est également nouveau dans la culture française et, du coup, nourrit quelques idées préconçues. Pour autant, aujourd'hui il n'est plus, selon moi, qualifié d'empêcheur de tourner en rond et les entreprises le mettent davantage en avant. Le top management des grands groupes, mais également des entreprises de taille intermédiaires, prend conscience de la nécessité de mieux considérer cette fonction. Aujourd'hui, les dirigeants savent qu'il n'y a plus un projet qui puisse se réaliser sans une identification et une analyse de risques. Le risk management n'est plus considéré comme un reporting supplémentaire, mais bien comme une opportunité stratégique et un moyen de sécuriser ses actifs.

Que pensez-vous d'un référentiel métier pour la profession ? Selon vous, pourquoi est-ce utile ?
A. G. - Un référentiel métier est indispensable, car il doit permettre de structurer la fonction au sein des entreprises et de permettre au risk manager de leur apporter tous les outils nécessaires et une démarche méthodologique aboutie. Dans tous les cas, une entreprise ne peut se développer si elle n'a pas une bonne assise de sa valeur et une connaissance des risques auxquels elle est exposée.

G. C. - Nous avons l'intime conviction que ce référentiel métier aura pour vocation de donner un cadre à cette fonction et d'asseoir sa légitimité au sein des organigrammes des sociétés désireuses de l'intégrer. Il ne faut pas se le cacher, les plus intéressés par cet outil ne sont pas seulement les risk managers eux-mêmes, mais aussi les directeurs de ressources humaines. Pour eux, c'est un moyen de donner une définition à cette fonction complexe et de s'adresser aux responsables des cabinets de recrutements avec une vraie fiche métier. Nous le diffusons aujourd'hui en Europe via Ferma. Je pense que le projet de certification européen que nous appuyons devrait également porter ses fruits en termes d'évangélisation.

« Le risk management n'est plus considéré comme un reporting supplémentaire, mais comme une opportunité stratégique. »

Gilbert Canameras, président de l'Amrae

Quels types de risques, assurables ou non, sont aujourd'hui pris de plus en plus au sérieux au sein des entreprises et des unités du risk management ?
A. G. - On peut citer le bris de machine, ainsi que les risques incendie et inondation. De plus, les assureurs limitent leurs capacités sur les risques industriels. Pour les convaincre d'étendre leur couverture, il est important de bien gérer les installations industrielles, de les entretenir, de les sécuriser.

G. C. - Le cyber-risk reste un des risques émergents pour lequel il y a une vraie prise de conscience. Ce risque, réellement sans frontière, ne cesse d'évoluer. Il y a d'ailleurs un phénomène de combinaison de risques qui s'opère dès que l'on parle de cybercriminalité. En effet, un virus ou une violation de données peuvent avoir un impact sur les réseaux de distributions, la marge opérationnelle de l'entreprise ou encore la supply chain. Les risques politiques font également, de par l'internationalisation des entreprises, parties des risques de plus en plus stratégiques pour nos membres. En revanche, ces risques ne chassent pas les plus traditionnels comme les catastrophes naturelles ou la fraude, qui restent omniprésents.

« Il n'existe pas de frontière. Le risk management est un processus universel. Les risques sont identiques d'un endroit à l'autre. »

Adil Guessous

Quelles sont les ouvertures de vos associations respectives à l'international ?
A. G. - Nous sommes en relation au niveau européen avec Ferma ou encore avec l'agence Ethic Intelligence, spécialisée dans les programmes de compliance. Nous faisons aussi appel à des experts aux États-Unis, au Canada et en Europe. Cette ouverture sur l'international est primordiale. Elle permet de faire avancer le processus de risk management au Maroc.

G. C. - Dans l'univers international, le monde anglo-saxon est assez prédominant. Pour autant, au sein de l'Amrae, il nous semble pertinent et intéressant de faire remonter les bonnes pratiques et de diffuser la culture francophone du risk management. Pour ce faire, nous avons pour ambition de nous rapprocher des associations francophones existantes dans le monde afin de créer une fédération du risk management francophone. Ce mouvement sera officiellement lancé lors des prochaines Rencontres de Deauville.

Où en sont les relations franco-marocaines au niveau du risk management ?
A. G. - Nous avons bien sûr des échanges avec l'Amrae. À l'occasion des Journées du risk management marocain organisées en avril 2013 au cours de laquelle des res-ponsables d'entreprise, des directeurs financiers, des responsables d'assurances et des gestionnaires de risques ont pu échanger, l'Amrae nous a apporté son soutien. Ces échanges sont précieux pour la profession dans notre pays.

G. C. - Nous sommes déjà régulièrement en contact avec des associations ou des risk managers venant du Maghreb. Ces derniers se déplacent d'ailleurs aux Rencontres de l'Amrae. Nous commençons également à avoir des liens privilégiés avec les gestionnaires marocains. D'ailleurs, l'un de nos membres s'est rendu à Casablanca pour participer à un événement organisé par les risk managers locaux. Le Maroc est un « hub » incroyable menant vers l'Afrique subsaharienne. C'est un tissu d'affaires non négligeable aussi pour nos entreprises françaises.

« Le Maroc est un "hub" incroyable menant vers l'Afrique subsaharienne, et un tissu d'affaires non négligeable pour nos entreprises. »

Gilbert Canameras

Le risk management est-il abordé différemment que l'on soit au Maroc ou en France ?
A. G. - Il n'existe pas de frontière. Le risk management est un processus universel. Les risques sont identiques d'un endroit à l'autre. L'efficacité d'un dispositif les rend plus ou moins importants. D'ailleurs, j'observe que ce n'est pas parce que l'on a atteint un niveau de maturité dans le processus de gestion de risques que l'on se trouve à l'abri de risques et de la fraude. La faillite du groupe américain Enron en 2001 est là pour nous le rappeler.

G. C. - Je suis assez d'accord pour dire que le risk management n'a pas de frontière. Les gestionnaires de risques marocains, en revanche, sont peut-être davantage présents auprès de la direction générale que les risk managers français. Pendant très longtemps, les sociétés marocaines étaient en contact, pour leur financement, avec des organisations internationales, lesquels organismes étaient désireux de voir les entreprises qu'elles accompagnent dotées d'un service de risk management intégré. Cela peut expliquer la place que ces gestionnaires occupent au sein de leur société.

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