Martial Olivier-Koehret (Soins Coordonnés) : « Il manque une proposition commune des complémentaires santé »

Martial Olivier-Koehret (Soins Coordonnés) : « Il manque une proposition commune des complémentaires santé »
photos : Laetitia Duarte Martial Olivier-Koehret Président de Soins Coordonnés

Ce médecin généraliste de formation défend une évolution en profondeur des modes de prise en charge des patients pour lutter contre les déserts médicaux, pourfend le corporatisme des syndicats de médecins et souhaite des propositions unitaires des complémentaires santé.

Votre association a récemment publié un ouvrage sur les déserts médicaux. Quelles solutions préconisez-vous ?

Nous regroupons des professionnels de santé qui soutiennent le développement de coopérations pluriprofessionnelles pour mieux prendre en charge les patients dans le cadre d’un suivi au long cours. Adapter les prises en charge est une nécessité et les déserts médicaux sont les premiers endroits pour le faire. On sait que les patients atteints de maladies chroniques représentent 60 à 70 % de l’activité des médecins généralistes. Les réponses, pour ces patients, peuvent venir d’équipes de soins primaires associant, pour commencer, des médecins généralistes, des pharmaciens et des infirmières, avec un rôle accru pour ces deux dernières professions. Prenez l’exemple d’un patient diabétique équilibré. Il peut parfai­tement ne voir son médecin qu’une fois par an et disposer d’un renouvellement d’ordon­nances organisé par le pharmacien. Dans le cas d’un patient hypertendu, on peut très bien imaginer que ce soit l’infirmière qui contrôle sa tension, son poids…

Cela pourrait-il déjà se mettre en place, ou la législation l’interdit-elle ?

La législation le permet – prenez l’exemple des Prado (Ndlr : service d’aide au retour à domicile de l’Assurance maladie) qui prévoient l’intervention d’une infirmière relevant d’une consultation. De nombreux obsta­cles existent, les plus importants étant le lobby des médecins réunis au sein des syndicats médicaux. Leur protestation contre l’idée que les infirmières puissent vacciner, quand cette pratique a cours dans les pays voisins sans problème majeur, en est un parfait exemple. Face à ces forces contraires, il faut une volonté politique. Il n’est plus tolérable que toute une partie de la population qui a financé le systè­me de santé ne puisse en profiter lorsqu’elle en a besoin.

La télémédecine peut-elle être une solution ? Et les plateformes privées ont-elles une légitimité à intervenir ?

Elle peut être utile dans certains cas. On peut imaginer, pour reprendre l’exemple du suivi au long cours par une infirmière d’un patient hypertendu, que la télémédecine permette de prendre l’avis d’un spécialiste ou d’un médecin hospitalier. Mais elle ne peut pas devenir la pratique courante. Quand aux plate­formes privées mises en place par les complémentaires santé notamment, l’effet d’aubaine est patent. L’offre se crée où se trouve le marché ; pour la puissance publique, l’essentiel demeure de ne pas se défausser de son obligation de régulation.

Adapter les prises en charge est une nécessité et les déserts médicaux sont les premiers endroits pour le faire.

Êtes-vous favorable à des mesures coercitives en matière d’installation des médecins ?

Sur la répartition géographique, on entend régulièrement des prises de position de la part d’élus disant qu’il faut obliger les médecins à s’installer à tel ou tel endroit. Dans notre pays, si l’on parle d’obligation, nous aurons tout le monde dans la rue… Et surtout, cette idée ne résiste pas à l’analyse : une poignée de médecins seulement deviennent généralistes et tous pourraient gagner plus ailleurs. À cela s’ajoute la question de la gouvernance, car lorsque le ministère de la Santé et les Agences régionales de santé (ARS) autorisent des postes de médecin salarié dans des établissements ou des équipements dans des zones tendues, ce n’est pas sans impacter la répartition de l’ensemble des professionnels. Si l’on veut que les médecins généralistes se répartissent sur l’ensemble du territoire, il faut faire en sorte que l’exercice dans les zones difficiles soit plus attractif ou au moins autant qu’ailleurs.

Comment y parvenir ?

La solution proviendra de la multiplication des mesures cohérentes et stables dans le temps. Premier élément, lors de la formation initiale : faire en sorte que la moitié des stages des futurs généralistes se déroule dans les zones difficiles. Deuxième élément : il y a aujourd’hui dans notre pays plus de 12 000 remplaçants professionnels, car c’est plus intéressant que d’exercer dans un cabinet. Il faut qu’ils participent à la prise en charge de la population, qu’ils effectuent un temps donné dans une zone difficile, de 15 jours ou un mois dans l’année… Troisiè­mement : en ce qui concerne l’installation des jeunes dans les zones difficiles, ouvrons la possibilité d’avoir des exercices à temps partiel. L’idée de faire 80 heures par semaine pendant 30 ans ne séduit personne. Organisons l’activité de manière à ce qu’un généraliste puisse exercer deux ou trois jours par mois dans une zone difficile en complément d’un jeune médecin.

Son parcours

Martial Olivier-Koehret, médecin généraliste, est également cofondateur de nombreuses associations de formation continue en médecine et d’évaluation des pratiques, et il intervient depuis 20 ans en tant qu’expert sur toutes ces questions.

  • 1988 Installation comme médecin généraliste en Haute-Saône.
  • 2006-2009 Président de MG France.
  • 2010 Fonde et préside Soins Coordonnés, association de professionnels de santé de ville.
  • 2011 Anime le blog Panser la santé.

Vous évoquez d’autres mesures sur votre site vaincrelesdesertsmedicaux.com…

La prise en charge des cotisations sociales des médecins libéraux par l’Assurance maladie représente des sommes importantes. La puissance publique peut donc parfaitement décider de donner plus de points de retraite ou une meilleure protection sociale aux médecins qui vont s’installer dans les zones tendues et y connaîtront des conditions d’exercice plus difficiles. D’autres propositions peuvent aussi être mises en place en matière de politique de revenus, de gestion de carrière, d’accès à la recherche en soins primaires…

Que pensez-vous de toutes les réformes annoncées ? Stratégie nationale de santé, accès aux soins, stratégie de transformation du système de santé… Sont-elles de nature à répondre aux maux du système ?

Sur la forme, le gouvernement a été élu pour faire des réformes et en annonce sur tous les champs. Sur le fond, il y a un vrai sujet avec notre système de santé, qui est le plus coûteux parmi les systèmes socialisés. Il n’y a pas de semaine sans problème à l’hôpital dû à l’inorganisation, alors que nous sommes l’un des pays au monde qui dépense le plus par habitant pour l’hôpital. Le système dysfonctionne, et les éléments du diagnostic ont été posés des dizaines de fois. Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est que la ministre de la Santé reprend ces éléments en affirmant, par exemple, qu’un tiers des actes sont inutiles. C’est relativement nouveau dans le discours politique, mais il faut voir à quoi cela aboutira. Dans le plan d’accès aux soins, trois axes sur quatre se terminent par la création d’une mission, ce qui ne mènera pas forcément à des évolutions majeures… Mais j’espère que les prochains mois seront marqués par le sceau du courage politique.

Dans le plan d’accès aux soins, trois axes sur quatre se terminent par la création d’une mission, ce qui ne mènera pas forcément à des évolutions majeures...

Faudrait-il revoir l’articulation entre l’Assurance maladie obligatoire et complémentaire ?

C’est un vrai sujet. En ce qui concerne les soins lourds et l’hôpital, la couverture publique est importante. Mais pour les soins primaires, notre système ressemble de plus en plus à une raquette à trous avec des interventions disparates des complémentaires. Il faudrait clarifier le rôle de chacun pour couvrir les champs qui ne le sont pas. La prévention est inexistante dans les interventions des uns et des autres et a besoin d’être mieux structurée. Il manque aussi, de la part des complémentaires, une proposition commu­ne sur ce que pourrait être leur intervention. Pour un professionnel de santé, l’idée qu’il puisse y avoir des différences de prise en charge d’un patient à l’autre en fonction de sa couverture assurantielle est difficile à accepter.

Les relations entre les complémentaires et les professionnels de santé sont plutôt tendues. Cela ne complique-t-il pas cette clarification ?

Prenons les choses à l’envers : une réelle clarification permettrait aux différentes parties de mieux se positionner. Par contre, le lobby médical n’a aucune envie de discuter clairement avec les complémentaires santé. Mais pour les professionnels de santé de terrain, mettre en œuvre des actions propo­sées de façon cohérente par les complé­mentaires serait tout à fait envisageable.

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