Mathieu Chabran (Tikehau) : «Les fonds Novo et Novi ne sont pas de la finance participative»

Mathieu Chabran (Tikehau) : «Les fonds Novo et Novi ne sont pas de la finance participative»
Mathieu Chabran, directeur général de Tikehau Investment Management.

Tikehau est un gestionnaire d’actifs très présent sur la dette privée. Son directeur général reste convaincu de l’intérêt de ce mode de financement pour certaines entreprises. Et pour les assureurs en quête de rendement.

Comment se compose l’activité de Tikehau ?
Tikehau est un groupe français de gestion d’actifs avec 7,5 Md€ d’actifs sous gestion. Le groupe s’est construit en 2004 et dispose aujourd’­hui de 1,2 Md€ de fonds propres. L’activité d’asset management, pour sa part, ­regroupe le crédit, notamment le crédit obligataire liquide et la dette privée, l’immobilier et les fonds diversifiés. Nous avons également une activité de private equity à Londres sous la marque Duke Street. Nous sommes présents en Europe, mais aussi en Asie.

Quelles sont vos perspectives pour 2016 ?
Notre objectif, cette année, est de continuer à développer notre présence paneuropéenne. Nous souhaitons aussi poursuivre le développe­ment au niveau international de nos clients institutionnels, en particulier nos clients ­assureurs vers l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Asie notamment.

Comment se situent les investissements sur ce segment, une part importante de votre activité ?
En France, le marché a commencé à se dévelop­per à partir de 2008, au moment de la crise bancaire. En 2012, la réglementation a transformé cette opportunité en réali­té opérationnelle et le marché s’est beaucoup développé, notamment du côté des assureurs.

Chez Tikehau, 80 % des inves­tissements proviennent des assureurs qui cherchent à diversifier leur portefeuille en dette privée qui permet de réduire la volatilité et le risque de taux tout en rallongeant la duration des investissements, ce qui est important pour des acteurs de long terme. En outre, ce type d’investissement ­permet d’obtenir un coupon récurrent, non volatil, qui offre une priorité de recouvrement en cas de défaut.

En termes d’encours, qu’est ce que cela représente ?
En private debt, 50 Md€ d’actifs ont été levés sur le marché européen mais non encore totalement investis. En France, qui est un des marchés les plus importants après le Royaume-Uni, on l’estime à 5 Md€ d’actifs, en forte croissance, dont plus de la moitié est investie via des fonds de dettes.

Quel est le rendement moyen des investissements en dette privée ?
Sur ces investissements, le rendement que l’on peut espérer se situe entre 4 et 10 %. Via des fonds de dette, comme les fonds Novo, qui représentent une part importante du développement de notre activité, le rendement moyen est de l’ordre de 4,25 % à 4,5 % fixe sur 7 ans.

Ce type de placement est donc intéressant pour les assureurs ?
Oui, tout à fait. D’autant que les placements en dette privée permettent d’établir un cahier des charges précis sur le risque, la duration, le ciblage de l’activité et donc le rendement. Mais de plus en plus d’assureurs entrent aussi dans des fonds de dettes privées même si là, ils ne peuvent pas définir de cahiers des charges individualisés, mais passent par voie de mandat.

SON PARCOURS

Mathieu Chabran, 40 ans, est diplômé de l’École supérieure de commerce de Paris et de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Il commence sa carrière chez Merrill Lynch dans le département des financements d’acquisition.
  • 2002 Vice-président en charge de l’exécution de financements pour l’Europe continentale de Deutsche Bank, à Londres
  • 2005 Cofonde Tikehau Capital Advisors et en dévient directeur général
  • Depuis 2009 Directeur général de Tikehau Investment Management

Justement, quel bilan faites-vous des fonds Novo dont vous avez la gestion ?
Sur le fonds Novo 2 dont Tikehau assure la gestion, le bilan est positif puisque 400 M€ ont été levés et complètement investis dans l’écono­mie réelle en deux ans, conformément au mandat qui nous a été confié.

Quinze entreprises comme Le Bronze Alloys ou encore Mk2, pour ne citer qu’elles, ont été financées pour un ticket moyen sur l’ensemble du porte­feuille de 20 M€.

Globalement, les entreprises qui ont bénéficié de ces investissements sont plus des entreprises de taille intermédiaire que des petites et moyennes entreprises. Est-ce que ces financements participent vraiment à l’économie réelle ?
Les critères des fonds Novo prévoyaient des investissements à destination d’entreprises de taille intermédiaire. Les fonds Novi, eux, prévoient des financements à destination de PME. Il faut voir une chose, ces fonds ne sont pas de la finance participative, destinée à des plus petites entreprises. Mais ils correspondent bien à un besoin de financement de l’économie réelle. Il faut bien comprendre que pour une entreprise, il est facile d’emprunter 1 M€ via des crédits bancaires et qu’il est également simple d’emprunter 1 Md€ sur le marché coté. La difficulté réelle est d’espérer un emprunt de l’ordre de 100 M€, plus difficile à obtenir auprès des banques à cause des exigences bilancielles. C’est donc bien sûr ce segment que le marché de la dette privée a une vraie réponse à ­apporter.

D’ailleurs, le fonds Novo 2 vient de bénéficier d’une nouvelle levée de fonds...
Oui, les assureurs qui avaient investi dans le premier fonds viennent de décider de procéder à une nouvelle levée de fonds à hauteur de 405 M€ pour financer la croissance des entreprises, et nous nous en félicitons. Cela démontre leur confiance et la part croissante que prennent ces investissements dans l’allocation d’actifs des assureurs. Nous sommes convaincus chez Tikehau que cette part va continuer à évoluer au gré des évolutions réglementaires. En particulier, cette classe d’actifs pourrait continuer de séduire les ­assureurs si le régime prudentiel actuel pouvait connaître quelques assouplissements.

Et les fonds Novi à destination des PME, comment fonctionnent-ils ?
Sur le fonds Novi 2, nous avons déjà levé 300 M€ avec La Financière de l’Échiquier qui gère la partie investissements cotés. Les ­investissements de ce fonds viennent de démarrer. Les perspectives de rendement sont un peu plus importantes, de l’ordre de 7 à 8 % justement en raison du mix dettes et fonds propres.

Qu’en est-il des mutuelles et institutions de prévoyance qui ont désormais, comme les assureurs, la possibilité d’investir dans des fonds de dettes ?
Ces acteurs montrent également beaucoup d’appétit pour cette classe d’actifs, et ils commencent progressivement à entrer dans des fonds de prêts, qui présentent aussi l’intérêt de bénéficier, outre d’un rendement intéressant, d’une moindre volatilité et d’une prime d’illiquidité intéressante.

Avec l’arrivée de ces nouveaux acteurs et le retour des banques sur ce marché, ne risque-t-il pas d’y avoir finalement plus d’offres d’investissement, que de demandes de la part des entreprises ?
Le nombre d’entreprises éligibles à ce type d’investissement est encore important mais il est vrai que l’on peut se poser la question de l’adéquation entre l’offre et les besoins. Le contexte économique actuel n’est pas favorable aux entreprises qui préfèrent souvent attendre avant de procéder à de nouveaux investissements en ayant recours à l’endettement. On constate d’ailleurs que les deman­des de crédit sont un peu moins importantes sur le début de l’année. Mais il reste des oppor­tunités et c’est là que notre rôle est important ! Car dès lors que les fonds sont levés, il faut les déployer avec sélectivité.

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 04 décembre 2020

ÉDITION DU 04 décembre 2020 Je consulte

Emploi

CEGEMA

Chargé de relation client Emprunteur H/F.

Postuler

Aubéane Mutuelle de France

Responsable Contrôle Interne, Gestion des Risques et Conformité (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Souscription de contrats d'assurances construction

OPAC de la Savoie

04 décembre

73 - OPAC DE LA SAVOIE

Mission de commaissaire aux comptes pour la société d'exploitation des Ports du Dét...

Société d'Exploit. Ports du Détroit SEPD

04 décembre

62 - CALAIS

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Mathieu Chabran (Tikehau) : «Les fonds Novo et Novi ne sont pas de la finance participative»

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié