Mutuelle Bleue : « Si nos résultats sont à la hauteur de nos objectifs, pas de raison de revenir sur notre indépendance »

Mutuelle Bleue : « Si nos résultats sont à la hauteur de nos objectifs, pas de raison de revenir sur notre indépendance »
Olivier RAIMBAULT Directeur général de Mutuelle Bleue

Mutuelle Bleue figure parmi les rares mutuelles du Top 30 de la Mutualité à conserver son indépendance. Son directeur général Olivier Raimbault revient sur le plan d’action engagé afin de préserver cette autonomie.

Argus de l'Assurance : Mutuelle Bleue est devenue l’une des rares à conserver son indépendance, alors que la vague de concentrations dans le monde des mutuelles s’est accélérée. Comment expliquer cette spécificité ?

Olivier Raimbault : Autant notre mutuelle revendique et souhaite son indépendance, autant celle-ci est exigeante ! Elle nous amène à être efficients sur l’ensemble de nos métiers, absorber l’ensem­ble des évolutions réglementaires, mettre en place les fonctions clés… avec les moyens d’une grosse PME comme la nôtre. L’indépendance ne peut pas être un postulat : cette logique a du sens lorsqu’elle permet d’attein­dre les objectifs fixés, notamment par rapport aux moyennes du marché. Les résultats conditionnent donc la stratégie : si, d’ici la fin de notre plan stratégique actuel, les résultats sont toujours à la hauteur de nos objectifs, il n’y a pas de raison de revenir sur notre indépendance. Toutefois, nous n’excluons aucun partenariat qui aurait du sens, s’il n’affecte pas notre souhait d’autonomie stratégique et politique.

Justement, où en est Mutuelle Bleue dans la réalisation de son plan stratégique 2012-2018 ?

Nous venons d’effectuer un point intermédiaire, avec deux ambitions : mesurer les effets des évolutions de l’environnement et vérifier si nos 5 objectifs quantitatifs (chiffre d’affaires, diminution des charges de gestion, résultat opérationnel et résultat net sur chiffre d’affaires, taux de couverture de la marge de solvabilité) étaient atteints…

Nous avons donc réalisé ces deux exercices, avec deux niveaux d’incertitude principaux pour les prochaines années : la gestion du régime obligatoire, avec le prochain relèvement du seuil d’assurés à 600 000 personnes protégées, et les potentielles évolutions réglementaires issues de la présidentielle de 2017, qui pourraient nous amener à faire un point intermédiaire après l’élection. Nous avons, in fine, réalisé depuis deux ans principalement un travail de mise en conformité avec les évolutions réglementaires (ANI, contrats responsables, ACS…).

L’offre ACS s’est d’ailleurs mise en place via un partenariat…

C’est en effet le cadre de l’offre Asacs… et c’est un mode de fonctionnement qui devra également être adopté sur le régime obligatoire pour les travailleurs indépendants. Nous n’atteignons pas seul le futur seuil des 600 000 personnes couvertes (NDLR : nouveau seuil fixé via un prochain décret actuellement à l’état de projet). La mutuelle doit donc trouver, parmi les organismes actuellement conventionnés, ceux avec lesquels elle pourra envisager de collaborer pour atteindre cet objectif. Avec, à terme, deux ou trois opérateurs : Harmonie Mutuelle, l’environnement Adrea-Eovi-Solimut et peut-être un troisième opérateur.

Autre élément fort de votre projet stratégique, outre l’indépendance : la diversification…

Nous sommes aujourd’hui les seuls, en dehors des grands groupes, au-delà de 200 M€ de chiffre d’affaires, à gérer en propre la santé (individuelle et collective) et la prévoyance (individuelle et collective), dont nous sommes donc le concepteur et l’assureur… ainsi que l’ACS, la CMU-C et le régime obligatoire des professions indépendantes. Cela nous place dans une position stratégique unique dans le monde mutualiste, ce que nous entendons bien conserver.

Nous avons renforcé notre volonté de diversification en prévoyance en 2013 : la mutuelle est ainsi passée d’un rapport 97/3 entre santé et prévoyance à un rapport actuel à 85/15, via un fort développement sur la prévoyance collective – et un objectif cible à terme de 75/25.

Quelles marges de manœuvre avez-vous en santé, dans un marché en voie de standardisation ?

La capacité d’innovation produit sur la santé est particulièrement réduite, entre l’ACS, l’ANI et les contrats responsables – le facteur déterminant devient le prix. La distinction de l’offre peut se retrouver au travers des prestations associées (prévention, prestations de services…). Notre point fort est justement la prévoyance : la plupart de nos confrères la traitent à l’intérieur de Mutex, là où nous en possédons une complète maîtrise.

Nous nous sommes fixés pour objectif de maintenir un chiffre d’affaires aux alentours de 200 M€ (NDLR : 203 millions pour cette année, un pic à 220 millions en 2014). L’effet cumulatif de l’ensemble des réfor­mes des dernières années conduit à une baisse du chiffre d’affaires via la santé, même à effectif constant (garanties plus faibles avec l’ACS et l’ANI). Bref, au vu du marché, je pense que nous nous en sommes plutôt bien sortis.

La croissance du chiffre d’affaires n’est donc pas un objectif primordial ?

Notre credo a toujours été celui d’une croissance rentable… ce qui est devenu une position difficile à tenir sur le marché de la santé plus particulièrement en collective. Nous nous sommes toutefois laissés un peu plus de latitude sur ce segment, notamment grâce à nos importants efforts sur la réduction des charges de gestion (baisse de 12 % en trois ans). Ces efforts se sont réalisés sur quatre points : révision et optimisation de l’ensemble de nos partenariats, dématérialisation des processus (commercialisation et gestion), gains de productivité et réduction du format de nos agences. Ainsi, nous avons ajusté nos objectifs initiaux du plan 2012-2018, avec deux priorités : le chiffre d’affaires et le résultat net ramené au chiffre d’affaires.

Cette année, nous allons générer un très gros résultat, en partie lié à une cession d’actifs (regrou­pement immobilier). Sur les trois ans, nous sommes en tout cas bien au-delà de notre objectif de résultat, égal au moins à 1 % de notre chiffre d’affaires : nous nous fixons désormais sur un équilibre a minima, compris donc entre 0 et 1 % du chiffre d’affaires en résultat.

Comment se sont passées ces dernières années pour la mutuelle, dans l’objectif d’indépendance et de diversification ?

Comme l’ensemble du marché, la mutuelle a consacré durant ces deux dernières années beaucoup d’énergie pour répondre aux évolutions réglementaires – tout simplement parce qu’elle n’avait pas le choix ! Et ce n’est pas encore fini, au vu de la réforme en cours sur les contrats seniors. Désormais nous projetons de reconstruire de nouveaux éléments d’offre pour se différencier. Par exemple, est-il important d’avoir une surcomplémentaire ACS ? Quels produits de prévoyance additionnelle pouvons-nous lancer ou remettre au goût du jour, dans une logique de multiéquipement ?

Dans cette dynamique, nous avons lancé en 2014 un produit en prévoyance, Capital Équipement Dépendance, sur lequel nous fondons d’importants espoirs – et dont les premiers résultats sont encourageants. Nous avons encore une capacité d’innovation en prévoyance, qui permet d’ailleurs de donner du relief aux garanties santé.

N’y a-t-il plus de marges d’innovation en santé ?

Nous travaillons actuellement sur un programme cherchant à répondre aux problématiques d’accès aux professionnels de santé. Il n’est, par exemple, pas nécessaire d’aller dans des zones très excentrées pour avoir des difficultés à avoir unrendez-vous avec un ophtalmologue : elles existent déjà en région parisienne ! La prévention, qui n’est pas une nouveauté pour nous, se déploie autour de Mutuelle Bleue Prévention lancé en 2008 et axé notamment sur l’alimen­tation, l’amélioration physique et la lutte contre le cancer via un partenariat avec l’institut Curie. Sur un autre plan, considérer que la surcomplémentaire est le marché de demain est discutable. Cela va sursegmenter le marché et, dans une logique d’antisélection, rendre ce troisième niveau onéreux. Avoir ce type d’offres à l’avenir, donc, pourquoi pas : en faire le cœur de notre straté­gie de demain, sûrement pas !

Et au-delà de la santé et de la prévoyance ?

Nous proposons également de l’IARD (auto et MRH) en partenariat, vu notre absence d’agrément : ce point n’est toutefois pas central dans notre stratégie. Ces garanties sont conçues comme un complément à un ensemble plus global de garanties, dans une logique de largeur de l’offre. Nous souhaitons également à terme investir deux autres segments, en épargne et retraite, pour proposer des produits dont nous serons distributeurs.

SON PARCOURS

Olivier Raimbault, 48 ans, est diplômé de l’École supérieure de commerce (ESC) de Paris et titulaire d’un DESS en gestion et économie de la santé de l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
  • 1991 Entrée à l’hôpital Foch à la direction des services économiques, puis responsable de la logistique et de l’approvisionnement au sein de l’institut Gustave Roussy en 1997.
  • 1998 Arrivée à la Mutuelle de Seine-et-Marne, dont il devient directeur financier en 2000.
  • 2003 Nommé directeur général adjoint de Mutuelle Bleue, à la suite de la fusion entre la Mutuelle de Seine-et-Marne et la MGCIA, puis directeur général au 1er janvier 2004. 

 

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Mutuelle Bleue : « Si nos résultats sont à la hauteur de nos objectifs, pas de raison de revenir sur notre indépendance »

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié