« N'ayons pas peur des robots »

« N'ayons pas peur des robots »
Bruno Bonnell, fondateur-partenaire de Robolution Capital

Très impliqué dans le développement de la robotique, Bruno Bonnell souhaite que l'assurance s'engage plus fortement dans ces technologies qui bouleverseront le modèle économique du secteur et de la société.


Vous êtes intervenu pour AG2R-La Mondiale sur le thème « D'Alzheimer à une robotique pour tous ». Cette dernière est-elle pour demain ?
Nous avons une chance extraordinaire : nous allons vivre un nouveau bouleversement du monde. Cinquante après qu'elle a commencé, on a parlé de révolution industrielle. De la même manière, dans cinquante ans, on parlera de l'époque que nous vivons comme de la « robolution », la révolution robotique, à savoir l'époque où la connexion, la forme d'intelligence apportée aux machines, va transformer notre société. Des modèles économiques, des organisations, des emplois vont être transformés, certains disparaissant, d'autres émergeant. Il est important de prendre conscience de ce phénomène pour trois raisons : l'anticiper pour éviter des fractures sociales importantes, investir pour ne pas être à la traîne des autres pays, générer de la valeur avec ces nouveaux métiers qui sont certainement des sources de croissance.

Vous avez créé Robolution Capital, un fonds de capital-risque dédié à la robotique de services, dans lequel AG2R-La Mondiale a investi. Souhaitez-vous que les assureurs soient plus nombreux à s'engager ainsi ?
AG2R-La Mondiale est un investisseur important du fonds, car il voit bien que cette robolution aura un impact dans les domaines de l'assurance, du vieillissement de la population, du risque en général. Au-delà de l'aspect purement financier, nous avons donc une réflexion sur des idées nouvelles. Le robot de services peut apporter un confort, une certaine sécurité à la personne âgée. Bien évidemment, il faut que le monde de l'assurance au sens large s'intéresse à ces domaines, car son modèle économique va changer. Quand vous imaginez que dans cinq ou dix ans, la probabilité d'avoir des voitures sans chauffeur dans le coeur des villes est élevée, quelles vont être les conséquences sur les usages de la ville et sur l'assurance ? C'est le type de réflexion que nous menons.

Vous avez présenté un robot qui a des applications potentielles dans le cadre de la maladie d'Alzheimer. Que peut-il faire et quand pourrait-il entrer en fonction ?
L'une des grandes applications de la robotique actuelle est la téléprésence. C'est une plate-forme mobile qui dispose d'une caméra, d'un écran et permet d'avoir des échanges entre personnes à distance. Une personne âgée ou dépendante conserve un contact social à travers cette fenêtre sur le monde, et ce contact social est facile, car le robot se déplace vers elle. Elle n'a plus à faire l'effort d'aller vers un ordinateur, comme on doit le faire pour converser sur Skype, par exemple. C'est à la vidéoconférence ce que le téléphone mobile est au fixe, il se déplace avec vous. Ces systèmes vont évoluer. Les Japonais travaillent sur des systèmes de capteurs montés sur ce type d'appareils capables de détecter différents paramètres, signes de fatigue, température, tension, taux de sucre. Ces informations médicales, protégées et sécurisées, pourront être collectées sans aucun système invasif. Soyons clairs, cela ne remplacera jamais l'être humain, mais permet d'envoyer quelqu'un si c'est nécessaire et d'être plus efficace dans un traitement.

Quand le verra-t-on effectivement au domicile d'une personne âgée ?
Des produits vont sortir à la fin de l'année. Ils restent chers, autour de 2 000 €, mais cela ne fait aucun doute que, d'ici à deux ans, ils seront banalisés et passeront la barrière des 500 €. Un jour, il sera aussi commun d'avoir à la maison ce type de produit de communication robotisée, un beam [acronyme du concept robotique Biology, Electronics, Aesthetics and Mechanics, biologie, électronique, esthétique et mécanique, NDLR], qu'une tablette tactile.

« Nous allons vivre la robolution. La forme d'intelligence apportée aux machines va transformer notre société. »

Demain, cotisera-t-on pour avoir son robot à la maison lorsque l'on sera âgé ?
C'est une vraie question. Dans les pays scandinaves, il y a une sorte d'« assurance robot », car on sait que ce type de matériel va devenir essentiel. Demain, nous pourrions donc commencer à avoir une sorte de « cagnotte robotique », qui nous permettra, le moment venu, d'avoir accès à ce type de technologies.

Vous avez des contacts avec le gouvernement. Lui direz-vous que l'Assurance maladie devra rembourser les robots ?
Si ce n'est rembourser, peut-être la Sécurité sociale devra-t-elle participer à l'installation de robots dans certaines situations difficiles, comme l'hospitalisation à domicile. Il y a des cas où une infirmière passant le matin aurait certainement plus d'informations avec un robot de téléprésence et ne viendrait que pour le confort du patient.

Les robots pourraient-ils sauver la Sécurité sociale ?
Ils font partie de l'arsenal de réflexions sur la sécurité sociale. Entre le vieillissement de la population, l'accroissement des risques, si l'on ne change pas de référentiel, nous ne pourrons pas sortir du cercle infernal actuel. La technologie, comme elle l'a fait à d'autres époques et dans d'autres domaines, est certainement une source d'économies considérables dans la santé. En clair, il ne s'agit pas de supprimer les médecins, les aides-soignantes et les infirmières, mais de leur donner des outils pour qu'ils soient plus efficaces et puissent passer plus de temps avec les patients. Les robots, que l'on appellera certainement des « cobots », des collègues robots, seront plutôt des coups de main pour le personnel soignant et d'assistance que des remplaçants.

« Nous sommes les héritiers de Metropolis et Terminator. Le robot détruit, vole de l'emploi, en veut à l'être humain. »

Les professionnels de santé sont-ils ouverts à ce type d'évolutions ?
Ils sont comme les autres êtres humains. Ils ont appris depuis leur plus tendre enfance que les robots sont potentiellement dangereux. Ils ont ce mythe du robot humanoïde qui va un jour remplacer la civilisation humaine. C'est de la science-fiction. J'aime bien dire que les robots sont des machines savantes, comme des singes savants, et non pas intelligentes. On leur a appris des choses et ils sont capables de nous étonner, mais ils n'ont pas d'autonomie de conscience, pour très, très longtemps encore à mon avis. Quand il voit arriver les robots, le personnel soignant est dans ses habitudes, dans ses process, et c'est un bouleversement inquiétant. Il y a aujourd'hui des robots qui savent faire des piqûres, des scanners, des diagnostics extrêmement précis. Je pense que le regard évoluera, comme pour d'autres technologies. Voyez ce qui passe à Nancy, où il y a le seul diplôme interuniversitaire de chirurgie robotique d'Europe. Il y a trente-six places à chaque session et des candidats sont refusés chaque année. Les médecins ont compris que, pour être plus efficaces dans leurs opérations, il fallait qu'ils s'entraînent, qu'ils aient des cours de chirurgie robotique. Si vous êtes un expert en chirurgie robotique, vous réalisez en une heure une opération qui en aurait pris trois. En termes de personnel, de structures, les gains sont importants.

Les usagers sont-ils prêts à accepter les robots ?
Je vais vous raconter une anecdote. Quand j'ai lancé les robots aspirateurs, j'ai eu une discussion avec une association de femmes de ménages, qui me disaient : « Monsieur Bonnell, c'est un scandale, vous allez nous prendre notre travail. » Je les ai revues deux ans après. Elles m'ont dit : « Vous savez, c'est formidable. Maintenant, nous avons toutes un robot aspirateur. Il tourne et, pendant ce temps, nous faisons quelque chose de plus intéressant. » C'est une grande victoire. Le robot aspirateur est aussi un bon exemple d'usage grand public : en 2006, j'en ai vendu 800. En 2013, il s'en est vendu 170 000. Et les acheteurs sont généralement des personnes âgées qui trouvent pratique de s'éviter la corvée d'aspirateur. Je pense que les usagers adopteront l'idée d'un robot compagnon qui les sécurise et leur apporte du confort.

Pourtant, les robots n'ont pas ici la popularité qu'ils ont au Japon, par exemple...
Au Japon, il existe une culture de la robotique venue d'un personnage qui s'appelle Astroboy, un robot qui a sauvé le Japon après la guerre. Les Japonais ont une culture positive du robot, doublée d'un animisme qui fait que les objets ont une âme. Nous, nous sommes les héritiers de Metropolis et Terminator. C'est l'opposé : le robot détruit, vole de l'emploi, en veut à l'être humain. Et en plus, nous sommes d'une tradition judéo-chrétienne où l'idée qu'un objet puisse être autre chose qu'une machine dérange. Les Japonais ont choisi de fabriquer des humanoïdes, mais pour nous, c'est un peu le Golem. Tout est résumé dans « Star Wars » : vous avez d'un côté l'humanoïde, Sispeo, et d'un autre R2D2, cette grosse boîte de conserve qui rend plein de services. En Europe, 75% des gens préfèrent R2D2, car il les rassure. L'apparence du robot sera certainement un sujet très important, il y a du travail pour les designers. N'ayons pas peur des robots.

SON PARCOURS

Âgé de 55 ans, Bruno Bonnell est ingénieur chimiste et titulaire d'une licence d'économie appliquée de Paris-Dauphine.

  • 1983-2007 PDG d'Infogrames (société française de jeux vidéo).
  • 1997-1999 Président d'Infonie (premier fournisseur français d'accès à Internet).
  • 1999-2007 PDG d'Atari Inc.
  • Depuis 2007 Chairman puis administrateur de Robopolis (distribution de robots à usage domestique).
  • Depuis 2010 Président fondateur de Syrobo, le syndicat français de la robotique de service professionnel et personnel.
  • Depuis 2011 Président de la société Awabot.
  • Depuis 2013 Fondateur partenaire de Robolution Capital.
  • 2013-2014 Chef de projet robotique auprès du ministre de l'Économie, du Redressement productif et du Numérique, Arnaud Montebourg.

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Commentaires

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