« Notre devoir est d'adapter nos rendements des fonds euros au contexte financier du moment »

« Notre devoir est d'adapter nos rendements des fonds euros au contexte financier du moment »
©Sylvie Humbert Pierre de Villeneuve, PDG de BNP Paribas Cardif

Un an après avoir pris la tête de BNP Paribas Cardif, Pierre de Villeneuve revient sur la stratégie du plus international des bancassureurs, qui est aussi l'un des leaders de l'assurance vie et de l'assurance emprunteur en France.

Le modèle de BNP Paribas Cardif est un peu à part au sein des bancassureurs avec de nombreux partenaires distributeurs extérieurs. BNP Paribas Cardif est-il un bancassureur ou un assureur ?

Cardif a été créé en 1973 par la Compagnie bancaire, compte tenu du besoin d'épargne longue et de protection. La nouvelle équipe dont j'ai fait partie, a conçu, d'entrée de jeu, des produits simples et a mis en place des modes de distribution permettant de répondre aux attentes d'une part importante de la clientèle. Grâce à nos réseaux, nous avons pu proposer des produits à plus faible coût et donc plus attractifs pour l'assuré : c'est la spirale vertueuse de la bancassurance. Même si nous avons démarré par la bancassurance, nous avons aussi créé un réseau de proximité pour le courtage. Dans d'autres pays, nous disposons même de réseaux d'agents, comme en Inde avec plus de 100 000 agents. Certes, nous sommes majoritairement bancassureur en France, mais notre caractéristique est d'être ouverts à tous modes de distribution.

SON PARCOURS

Né en 1948, Pierre de Villeneuve a exercé toute sa carrière au sein de BNP Paribas Cardif. Il est membre de l'Institut des actuaires.

  • 1972 Diplômé de l'Institut de science financière et d'assurances (ISFA) de Lyon.
  • 1973-1992 Participe au développement de Cardif et a en charge les grandes fonctions du métier.
  • 1992-2005 Directeur général de Cardif Assurance vie. - 2005 Directeur général délégué de Cardif Assurance vie et directeur général de Cardif Assurance risques divers.
  • 1996-2013 Président du Comité technique puis du Comité vie des assurances de personnes de la FFSA.
  • 2004-2013 Administrateur directeur général délégué de BNP Paribas Cardif et membre du comité exécutif.
  • Depuis octobre 2013 PDG de BNP Paribas Cardif et vice-président du Groupement français des bancassureurs.

La place de l'international est très importante dans votre activité...

À partir de l'expertise française, BNP Paribas Cardif s'est diversifié géographiquement. Nous sommes présents dans 37 pays en Europe, en Amérique latine et en Asie. En 2014, la France représentera moins de 40 % du chiffre d'affaires global de BNP Paribas Cardif.

En particulier, vous voulez désormais vendre de l'assurance vie sur le marché chinois...

Pour la Chine, nous attendons les dernières autorisations administratives et nous sommes optimistes sur la capacité à contribuer, avec notre partenaire, au développement de l'assurance en Chine. Nous démarrons par des activités que nous connaissons bien : l'épargne et la protection. Nous sommes également présents dans un autre pays à fort potentiel, l'Inde, où nous avons un partenariat avec la première banque du pays, la State Bank of India, qui dispose de 200 millions de clients.

En France : l'assurance emprunteur est un marché important pour BNP Paribas Cardif. Comment gérez-vous votre présence à la fois sur l'assurance de groupe et l'assurance individuelle ?

Je regrette cette confrontation entre les formules individuelles ou « alternatives » et les contrats de groupe bancaire. Les deux formules se complètent et ne sont pas en conflit. Les assurances de groupe ont beaucoup d'intérêt car elles permettent une large mutualisation entre les emprunteurs.

Quel peut être l'impact de la loi Hamon ?

Certains voient cette réforme comme une façon de pénétrer le marché. Sa vocation est de garantir que les emprunteurs disposent bien de la formule correspondant à leur besoin. J'espère qu'ils choisiront en priorité les contrats groupe et, dans des cas particuliers, qu'ils auront recours aux formules alternatives. La loi Hamon ne devrait pas changer grand-chose. Si le conseil est bien fait à l'origine, je ne vois pas pourquoi, quelques mois plus tard, l'emprunteur changerait d'avis. Evitons les a priori, le critère de choix à regarder est naturellement le prix rapporté aux garanties en tenant compte des exclusions et de l'adaptation des garanties à la situation personnelle de l'assuré.

« L’assureur doit anticiper. Les taux d’intérêt actuels étant bas nous allons avoir une baisse des taux de rendement. »

En assurance vie, quelle sera votre collecte en 2014 ?

Le bon critère d'activité pour moi, c'est plutôt l'encours. La croissance de nos encours devrait être du même ordre que le marché français, soit un rythme de 4 % par an.

Quelle est votre position sur les rendements des fonds euros ?

Notre devoir est d'adapter nos offres au contexte financier du moment. Quand les taux d'intérêts étaient plus élevés, nos offres autour du fonds euros pouvaient contenir des actifs diversifiés, qui possédaient une certaine volatilité mais qui ne nous mettaient pas en porte-à-faux par rapport à la garantie du capital. Les taux d'intérêt actuels étant bas, le rôle de l'assureur est d'anticiper le futur car nous allons avoir une baisse des taux de rendement. Progressivement, nous sommes donc contraints de réduire la part des actions dans le fonds en euros. Dans un contrat, la garantie permanente des premières années coûte cher : il faut mieux proposer soit des unités de compte, soit des supports eurocroissance qui permettent beaucoup plus de marges de manoeuvre.

Que pensez-vous de l'intervention de la Banque de France incitant les assureurs à modérer les taux de rendement ?

J'ai trouvé son intervention très logique. On oublie souvent que le rôle d'un assureur est de mutualiser dans le temps : il serait choquant de définir des taux par rapport à l'investissement passé sans tenir compte du risque futur. Avec l'assurance vie, l'objectif principal des assurés est de protéger leur capital et non pas d'optimiser leur performance à court terme. Aujourd'hui, les fonds euros apportent une très bonne performance par rapport à l'inflation. Il est logique d'en mettre une partie de côté pour faire face aux attentes de nos clients dans le futur.

Mais n'est-il pas difficile de faire comprendre cela aux clients finaux ?

Je ne le pense pas. Depuis plusieurs années, BNP Paribas Cardif a été prudent dans le taux servi afin d'alimenter la provision pour participation aux bénéfices. Nous allons continuer à le faire cette année. Il faudra dire davantage aux clients que notre performance de gestion est bonne et que, pour protéger la mutualisation, nous mettons de côté une partie des produits financiers. Nous avons huit ans pour les redistribuer. À cet égard, je trouve que les tableaux comparatifs qui mettent uniquement en avant les performances des contrats peuvent conduire à de mauvais conseils. On devrait aussi valoriser les assureurs qui jouent leur rôle de gestionnaire dans le temps en dotant la provision pour participation aux bénéfices.

Les Français sont attachés aux fonds euros : n'est-il pas compliqué de leur vendre des unités de compte ou de l'eurocroissance ?

Mondialement, nous avons 31 % d'UC. En France, c'est de l'ordre de 28 %. Quand les contrats diversifiés ont été créés, nous ne nous sommes pas lancés tout de suite : à ce moment-là, les formules associant fonds euros et UC étaient plus simples. Le contexte financier ayant changé, nous avons considéré, en 2010, que le diversifié avait toute sa place.

Comme l'eurocroissance maintenant... Allez-vous en lancer un ?

Nous allons « labelliser » nos contrats diversifiés en eurocroissance, qui offrent une garantie de 100 % du capital au client. Nous avons de l'expérience et ça marche. Les fonds contiennent de 30 % et 40 % d'actions, ce qui apporte une plus grande diversité des actifs.

Et le vie génération ?

Nous n'en avons pas sorti. C'est un produit assez typé pour une certaine clientèle et ce n'est pas dans nos urgences.

Vous avez été sanctionné début 2014 sur les contrats d'assurance vie en déshérence : est-ce une affaire réglée ?

Nous avons pris très au sérieux ce problème. Nous avions mis des moyens complémentaires importants qui ont été jugés insuffisants par l'ACPR. L'essentiel est que nous ayons bien traité nos clients en matière de revalorisation. Depuis l'origine, nous avons toujours donné à nos clients plus que le minimum prévu dans la loi. Aujourd'hui, nos réseaux ont été fortement sensibilisés sur la clarification des clauses et l'identification des bénéficiaires.

« à l’avenir, l’assurance dommage va évoluer plus que l’assurance de personnes grâce aux objets connectés. »

La généralisation de la complémentaire santé est-elle une opportunité pour BNP Paribas Cardif ?

Il est normal que nous soyons présents sur ce nouveau marché qui s'offre à nous. Après avoir regardé plusieurs professionnels, nous avons retenu la mutuelle Mieux-Être. Nous serons prêts avant fin 2015.

Votre position sur l'assurance dommage ?

Sur ce marché, notre valeur ajoutée est variable selon les pays. Au départ, ce n'était pas un secteur prioritaire en France. Mais, pour des réseaux comme BNP Paribas, ne pas avoir une assurance auto ou une multirisque habitation pouvait être un handicap. Là encore, nous avons passé un accord avec un grand acteur de la place pour travailler immédiatement avec une maîtrise du risque et un coût adéquat. À l'inverse, dans d'autres marchés à l'étranger, nous préférons tout faire en interne. À l'avenir, l'assurance dommage va évoluer plus que l'assurance de personnes grâce aux objets connectés. En Italie, par exemple, nous avons lancé la box Cardif Habit@t pour détecter les sinistres, réagir vite et en réduire ainsi le coût.

Profitez-vous de votre appartenance à un groupe bancaire sur l'aspect digital ?

Le digital, nous ne le découvrons pas aujourd'hui. Il est lié à notre positionnement géographique et à l'avance de certains pays comme la Corée où nous sommes implantés. Le fait d'appartenir à un groupe bancaire joue peut-être également : les banques sont habituées à gérer des données clients, alors que, par le passé, les assureurs géraient plutôt des contrats que des clients. Le Cardif Lab, ouvert en mai dernier, a pour vocation de sensibiliser les collaborateurs et nos partenaires sur le nouvel environnement digital. C'est très propice à l'innovation qui se traduit assez vite par des applications concrètes.

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