Odile Tessier (Audiens) : « Audiens reste farouchement attaché à son indépendance »

Odile Tessier (Audiens) : « Audiens reste farouchement attaché à son indépendance »
Photos : SYLVIE HUMBERT Odile Tessier Directrice générale du groupe Audiens

Transition en douceur au sein d’Audiens avec l’arrivée d’Odile Tessier qui succède à Patrick Bézier. La nouvelle directrice générale du groupe de protection sociale de la culture, de la communication et de la presse se veut confiante quant à la poursuite et au développement d’un modèle autonome, dans un monde paritaire toujours plus concentré.

Après une année 2016 plutôt délicate, Audiens a redressé la barre avec une activité en progression en assurance de personnes comme en retraite complémentaire. Quel bilan tirez-vous des derniers exercices du groupe ?

L’ensemble de nos activités est aujourd’hui excédentaire et toutes nos institutions sont à l’équilibre. Mais au-delà de la santé, de la prévoyance et de la retraite, Audiens s’est surtout diversifié, sur le courtage et l’IARD notamment… Nous sommes devenus un groupe de services : la caisse des congés spectacles nous a rejoints, nous gérons la santé au travail des intermittents et des pigistes, nous gérons égale­ment des fonds pour le ministère de la Culture… Nous nous considérons comme le référent social du monde de la culture. Notre activité s’accroît aussi sur de nouveaux territoires, au-delà des cercles historiques de la presse, du spectacle enregistré et du spectacle vivant. D’un côté, notre secteur est de plus en plus composé de travailleurs non-salariés et d’artistes-auteurs, notre principal champ de prospection. De l’autre, nous sommes légitimes auprès de professionnels de l’édition, de la communication, de la publicité, de la culture tech…

Quelles marges de manœuvre avez-vous encore sur vos secteurs-cibles ?

La démographie du monde de la culture est favorable : l’emploi est en croissance dans l’audiovisuel, ce qui compense plus ou moins les difficultés rencontrées dans la presse. Notre population est également plutôt jeune et, surtout, leurs carrières sont souvent atypiques : il est nécessaire de leur proposer des couvertures et des services sur mesure, d’avoir une expertise du milieu, ce qu’Audiens propose depuis sa création, voilà désormais quinze ans. On estime aujourd’hui qu’environ 1,4 million de salariés travaillent dans ces secteurs (NDLR : le groupe annonce aujourd’hui couvrir 530 000 actifs), qui représentent un poids économique de 60 Md€.

Quid de la concurrence ? La fin des clauses de désignation vous a-t-elle atteint ?

Il subsiste aujourd’hui un certain nombre de mutuelles d’entreprise dans la presse, souvent régionales, substituées par des mutuelles locales. Nous les avons déjà approchées plusieurs fois depuis notre création. Audiens est certes un groupe parisien, mais notre présence en région est forte : sur les salons professionnels, tours de France de la protection sociale, réunions de préparation à la retraite… Nous sommes aussi persuadés qu’avec la digitalisation, cette spécificité locale s’estompera : il est possible d’être proche de ses assurés sans pour autant avoir tout un réseau d’agences – sans omettre qu’Audiens est loin de ne proposer que de la santé !

La fin des clauses de désignation n’a pour l’heure eu qu’un impact négligeable pour nous (NDLR : 97,5 % de sauvegarde sur les grands comptes annoncés). Dans ce monde post-désignation, désormais, nos concurrents se trouvent partout : certains d’entre eux ont fait du dumping sur les tarifs, auprès des entreprises comme des branches professionnelles, ce que nous ne pouvons nous permet­tre au vu de notre taille – et qu’on ne veut pas. Agir ainsi, c’est aussi créer de la distorsion entre les entreprises de mêmes secteurs.

Le regroupement des branches professionnelles touche fortement le monde de la culture. Comment l’intégrez-vous dans vos actions ?

Il va nous amener à travailler encore plus étroitement avec le CMB (service interentreprise de santé au travail) et l’Afdas (fonds d’assurance formation du secteur) : nos intérêts convergent. Ceci étant, les branches sont actuellement en pleines discussions mais, déjà, beaucoup d’entre elles nous sollicitent pour des demandes de statistiques, d’observatoires professionnels, voire même des rapports de branche… La richesse de nos données intéresse notre secteur !

Le départ de l’ex-mutuelle Audiens (désormais uMEn, dans le giron d’Harmonie Mutuelle) est-il désormais de l’histoire ancienne ?

Cette séparation appartient effectivement au passé. Audiens a déjà récupéré une partie du portefeuille original de l’ex-mutuelle : le présent se construit au travers de notre partenariat avec Pleyel Santé, officialisé fin 2017. La mutuelle Pleyel est aussi membre de l’Association culture pour la santé que nous avons créée, avec la Smacem (mutuelle des auteurs compositeurs et éditeurs de musique ayant des droits à la Sacem) et la mutuelle nationale des artistes (MNA Santé), devenue une association.

Le départ d’uMEn et de la MRSSC (livre 3) a aussi entraîné celui du centre médical Turbigo (Paris, 2e)… Audiens a depuis passé plusieurs accords, notamment en dentaire, et construit actuellement le futur pôle santé Bergère, sous la bannière d’Audiens Care et du CMB. Quand verra-t-il le jour ?

Ce projet, médical et immobilier (Paris, 9e), se concrétisera fin 2019. Ce pôle fonctionnera sur un modèle tout à fait différent du centre Turbigo : il sera ouvert à nos clients, mais aussi à l’ensemble des Franciliens. Il combinera santé au travail, avec le CMB, une large offre de soins (médecine générale et spécialisée, dentaire, imagerie médicale, médecines douces) et une palette de bilans de santé, standards ou personnalisés. Le centre ne sera, par contre, pas équipé en chirurgie, même ambulatoire. Notre ambition : que la profession y trouve un accompagnement global.

SON PARCOURS

Diplômée de HEC Paris, Odile Tessier commence sa carrière en 1987 dans le groupe Banque populaire comme contrôleur de gestion, puis rejoint en 1990 le cabinet Cleversys en tant que consultante en organisation.

  • 1994 Responsable de l’organisation, puis du contrôle de gestion au sein du groupement des institutions sociales du spectacle (Griss). Le Griss et IPS Bellini Gutenberg fusionneront fin 2002 pour créer Audiens
  • 2013 Directrice générale adjointe et directrice du pôle Économie du groupe Audiens, après dix années en charge des questions économiques et financières
  • 2018 Directrice générale du groupe Audiens

Les différentes activités d’Audiens ont été touchées par plusieurs évolutions réglementaires ces dernières années. Quel bilan en tirez-vous ?

Nous avons coutume de dire qu’Audiens est devenu le DRH des nombreuses TPE et intermittents de notre secteur. Et pour cause : entre les réformes en santé (contrats responsables, 100 % Santé), la déclaration sociale nominative (DSN), le prélèvement à la source, le rapprochement entre l’Agirc et l’Arrco… nous accompagnons au quotidien nos clients sur la mise en place des évolutions réglementaires. Cela exige des ressources, mais c’est nécessaire pour répondre à notre mission de sécurisation des professionnels de la culture.

Au champ des réformes, l’Alliance professionnelle, regroupant les institutions de retraite complémentaire d’Audiens ainsi que celles d’Agrica, B2V, IRP Auto, Lourmel et Pro BTP, a vu le jour début 2018. Qu’attendez-vous de ce rapprochement ?

Nous concevons l’Alliance professionnelle comme une coopération à la carte : outre le fait qu’elle obéit à une demande extérieure (NDLR : aucun groupe de protection sociale n’est censé représenter moins de 10 % des régimes Agirc-Arrco), cette alliance peut nous permettre de mutualiser certaines fonctions rares, de partager des bonnes pratiques... Ceci étant dit, Audiens reste farouchement attaché à conserver son indépendance !

Je suis convaincue que « small reste beautiful », à condition de bien gérer. Tant que le groupe est solvable et les clients satisfaits, pourquoi y renoncer ? Être de taille modeste suggère de travailler avec plusieurs partenaires pour pouvoir poursuivre son chemin… ce que nous faisons depuis nos débuts.

Des discussions ont par ailleurs eu lieu entre Audiens et Kerialis (ex-Crepa) ces derniers mois. Où en sont-elles ?

Kerialis est venu vers nous fin 2017 pour mutualiser certaines fonctions puis, de fil en aiguille, est née l’idée d’une possible Sgaps (société de groupe assurantiel de protection sociale). Il n’a toutefois jamais été question de fusion de part et d’autre. Les deux propositions qui ont été soumises aux instances de Kerialis en mars 2018 (NDLR : Audiens et Ugo) n’ont, pour l’heure, pas pu être départagées.

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