Olivier Ruthardt (FFA) : « Nos travaux vont surtout porter sur la déclinaison des ordonnances Macron »

Olivier Ruthardt (FFA) : « Nos travaux vont surtout porter sur la déclinaison des ordonnances Macron »
photos : LAETITIA DUARTE Olivier Ruthardt Président de la commission des affaires sociales de la Fédération française de l’assurance (FFA)

Quelques mois après la publication des ordonnances Macron, la branche de l’assurance devrait s’emparer, dès cette année, de plusieurs textes inscrits dans la réforme du droit du Travail. Le président de la commission sociale des affaires sociales de la FFA, qui est également directeur général adjoint en charge des ressources humaines et des relations sociales de la Matmut, fait le point.

Olivier Ruthardt (FFA) : Quel est le rôle de la commission des affaires sociales de la FFA ?

La commission des affaires sociales regroupe toutes les fonctions liées aux ressources humaines. C’est un lieu d’échanges, de parta­ge de bonnes pratiques, d’ambitions sociales. Nous y évoquons l’actualité de nos entreprises, telles que les négociations ou les actions RH en cours. Mais c’est surtout un endroit où nous préparons les arbitrages qui seront poussés devant le conseil exécutif de la FFA.

Quels sont les sujets majeurs inscrits cette année dans l’agenda social de la commission ?

L’assurance est réputée pour être une branche mature et avant-gardiste, dans laquelle les employeurs ont toujours veillé à ce que le socle social soit d’un haut niveau.

En 2013, nous étions ainsi la première branche, en France, à signer un accord sur les contrats de génération et, aujourd’hui encore, nous faisons partie des trois branches – avec la pharmacie et la banque – qui rémunèrent le mieux leurs salariés. De fait, cette année, nous allons évoquer en commission des théma­tiques récurrentes comme les rémunérations minimales annuelles (RMA) ou la formation professionnelle. Mais nos travaux vont surtout porter sur la déclinaison des ordonnances Macron.

Dans quelle mesure la branche s’est-elle emparée de cette réforme du droit du Travail ?

Début avril, nous sommes passés devant le comité exécutif de la FFA pour donner les orientations de la branche sur les déclinaisons des ordonnances Macron. Nous avons alors indiqué que nous étions très attentifs aux nouvelles règles d’articulation des accords de branche et d’entreprise, ainsi qu’à la restructuration des branches professionnelles. Certains sujets abordés dans ces textes – tels que l’égalité professionnelle ou la quali­té de vie au travail – ont déjà été mis en avant depuis plusieurs années dans la branche. Pour autant, il y a de nombreux dispo­sitifs inscrits dans ces ordonnances pour lesquels la feuille est encore blanche. Je pense notamment au « CDI de chantier », pour lequel une négociation va être ouverte.

De quoi s’agit-il ?

Ce sont des contrats qui se situent entre le CDD et le CDI, sans date de fin déterminée. Appelés aussi « CDI de projets », ils existent déjà dans le BTP, mais pas dans les services. En l’occurrence, les ordonnances Macron prévoient l’extension de l’usage de ces « CDI de chantier » à tous les secteurs d’activité. Or le recours doit se faire par accord de branche. Nous nous sommes donc posé la question de savoir si nous pourrions être intéressés par cette nouvelle formule. La réponse est oui ! Pourquoi ? Parce que dans l’assurance, nous avons de nombreux chantiers / projets, notamment informatiques. Nos entreprises voient d’un bon œil l’arrivée de ce nouveau dispositif. Reste à bien dessiner les contours de ce « CDI de chantier » pour nos entreprises, en définissant par exemple les délais de prévenance du contrat. Notre objectif est d’aboutir à un accord avant la fin de l’année.

SON PARCOURS

Olivier Ruthardt, 49 ans, est titulaire d’un MBA management des ressources humaines, d’un master 2 de gestion, management et organisation des ressources humaines (Paris-Dauphine) et d’un 3e cycle en sciences juridiques (Paris X Nanterre).

  • Jusqu’en 2003 Juriste au sein du GIE Civis avant de rejoindre les Grands Moulins de Paris en qualité de responsable des ressources humaines
  • 2003-2009 Responsable des relations sociales puis directeur des ressources humaines du groupe Groupama
  • 2009-2013 Directeur des ressources humaines du groupe Maif
  • 2013-2017 Directeur des ressources humaines puis directeur général adjoint des richesses humaines et membre de la direction générale et du comité exécutif du groupe Maif
  • Depuis 2016 Président de la commission des affaires sociales de la Fédération française de l’assurance (FFA)
  • Depuis novembre 2017 Directeur général adjoint en charge des ressources humaines et des relations sociales de la Matmut

Quels autres dispositifs des ordonnances Macron pourraient intéresser la branche assurance ?

Nous regardons de près les textes liés au détachement auprès de start-up notamment, ou encore à l’évolution des parcours syndicaux. Mais soyons clairs : si les ordonnances Macron représentent un grand mouvement de réforme, toutes les problématiques abordées ne sont pas de même nature, et ne présentent pas toutes le même degré de priorité. Nous avons à mener en parallèle d’autres travaux tout aussi importants pour notre branche, comme la digitalisation de notre profession.

La révolution numérique a-t-elle des répercussions sur les effectifs ?

L’intelligence artificielle (IA) enrichit la relation avec le client en lui apportant souvent plus de services. D’un point de vue RH, il faut néanmoins que l’on s’ajuste. Les métiers liés à la gestion de sinistres, par exemple, seront, comme d’autres, concernés par la digitalisation croissante de notre société. Pour autant, selon les chiffres de l’Observatoire de l’évolution des métiers de l’assurance (Oema), les effectifs de la branche sont stables depuis plusieurs années, aux alentours de 147 000 salariés. Car avec l’arrivée des techno­logies, nos entreprises intègrent de plus en plus de nouveaux métiers.

Lesquels ?

Il y a aujourd’hui un fort besoin de se renforcer sur les métiers du codage, de la programmation, de la data et de l’analytique. De même, face à l’avalanche réglementaire qui touche le secteur (Solvabilité 2, DDA, RGPD), de nouvelles compétences liées, par exemple, à la conformité sont recherchées. En fait, dans l’assurance, l’ensemble des champs sont en train d’évoluer. Il suffit de regarder aujourd’hui les débats autour de la santé ou de la retraite. Autant dire que celles et ceux qui veulent entrer dans un secteur en pleine évolu­tion, doivent venir dans l’assurance !

Par rapport à d’autres secteurs d’activité, l’assurance n’est pas en retard sur l’égalité professionnelle, notamment entre les hommes et les femmes.

En janvier 2017, la branche lançait le certificat digital assurance (CDA), avec l’objectif de délivrer cette formation à tous les salariés de l’assurance d’ici à 2020. Un an et demi plus tard, où en est-on ?

Il a fallu mettre en place un dispositif techni­que, des commissions de certifications, faire des tests, mais désormais la formation fonction­ne à plein potentiel. Toutes les entrepri­ses se sont lancées dans cette aventu­re. L’objectif reste qu’un maximum de salariés obtiennent cette certification d’ici 2020.

De plus en plus d’initiatives dans les entreprises visent à favoriser le bien-être des collaborateurs. Pourquoi ? Comment la branche intervient-elle dans cette évolution sociale ?

L’attention aux salariés est un mantra des DRH. Dans un secteur en pleine transformation, il est effectivement important que nos salariés s’épanouissent dans leur travail, qu’ils se forment, qu’ils soient accompagnés, sensibilisés aux nouvelles façons de travailler et de s’organiser pour mieux coopérer, et qu’ils disposent de perspectives d’évolution professionnelle. L’agilité nécessaire pour faire face à un frein pour nos collaborateurs, mais une ambition. Dans ce sens, nous avons conclu en 2017 un accord relatif à la qualité de vie au travail (QVT) puis, il y a six mois, nous avons élaboré un guide des bonnes prati­ques d’entre­prises. Ce livre recense les actions mises en place par certains de nos acteurs, pouvant être adoptées par l’ensemble des sociétés d’assurance.

Il y a aujourd’hui un fort besoin de se renforcer sur les métiers du codage, de la programmation, de la data et de l’analytique.

Autre tendance perçue dans les entreprises : l’égalité professionnelle, un thème désormais abordé régulièrement à l’occasion des négociations annuelles obligatoires (NAO). Quel est votre regard sur la mixité dans la branche ?

Par rapport à d’autres secteurs d’activité, l’assurance n’est pas en retard dans le domaine de l’égalité professionnelle, notamment entre hommes et femmes. C’est un thème inscrit tous les ans à l’agenda social de la commission, et nous veillons à ce que les écarts salariaux se réduisent progressivement. Cela étant, nous attendons désormais la loi de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, prévue au second semestre, qui devrait encore accélérer le mouvement.

Dans une interview parue en décembre dernier dans L’Argus (n° 7536), le directeur général de QBE France, Renaud de Pressigny, incitait la branche à se mobiliser pour l’intégration des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres) dans le monde du travail. Que lui répondez-vous ?

L’assurance est un secteur où nos entreprises et nos salariés sont pleinement inscrits dans leur temps. Certains acteurs de l’assurance l’ont déjà fait, en signant par exemple, la charte LGBT de l’Autre Cercle… Toutefois ayons bien conscience que les thématiques traitées durant l’année sont aussi le résultat de nos échanges avec les organisations syndi­cales représentatives. Et en l’occurrence, de l’avis général, les ordonnances Macron sont aujourd’hui la priorité.

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