Pascal Demurger (Maif) : « Nous allons diversifier nos activités et nos marchés »

Pascal Demurger (Maif) : « Nous allons diversifier nos activités et nos marchés »
Pascal Demurger Directeur général du groupe Maif et vice-président de la FFA

Instigateur de la transformation de la Mutuelle d’assurance des instituteurs de France, Pascal Demurger mène la course pour moderniser et diversifier Maif dont les résultats n’ont jamais été aussi bons.

Argus de l'Assurance : La Maif a quitté Sferen fin 2014. Matmut et Macif se sont par la suite désunis. Les mutuelles d’assurance IARD gagnent-elles à ne pas se concentrer ?

Pascal Demurger (Maif) : Pour Maif, le sujet n’est pas celui de la taille critique. Aujourd’hui, la priorité, c’est l’innovation et l’agilité qui n’y sont pas corrélées. Bien au contraire. Je continue à penser que nous avons eu raison de ne pas nous engager dans un projet institutionnel qui nous aurait détournés pendant des années de ces objectifs. La Maif se porte aujourd’hui très bien.

Entre un bloc Covéa et un ensemble de mutuelles qui jouent la carte affinitaire, quel regard portez-vous sur l’échiquier mutualiste actuel ?

Effectivement, il y a deux voies qui se tracent : ceux qui recherchent de façon classique la rentabilité et ceux qui valorisent une ­approche mutualiste de leur métier, dont Maif est sans doute le meilleur exemple. Une stratégie est pertinente si elle est cohérente avec l’entreprise et son histoire. Si Maif optait pour la première approche, elle y perdrait beaucoup de valeur. À l’inverse, il serait ­difficile pour d’autres groupes d’emprunter notre voie.

Sferen avait créé des outils et « filiales » communs. Qu’en reste-t-il pour Maif et envisagez-vous d’autres affiliations ?

Ce qui préexistait à Sferen, comme Inter mutuel­les assistance (IMA), perdure naturellement. Nous avons aussi conservé une mise en commun opérationnelle autour des achats. Nous avons également recours à OFI Asset management en matiè­re de gestion d’actifs, mais dans des proportions nettement moindres que Macif ou Matmut, puisqu’une grande partie de nos placements est gérée en interne. Nous ne parta­geons plus Sferen ­répa­ration et nous sommes dotés de notre propre réseau de répa­rateurs agréés. Aujour­d’hui, nous n’envisageons plus d’alliance stratégique globale, mais nous nous rapprochons d’autres acteurs sur des sujets spécifiques, dès lors que cela est pertinent.

SON PARCOURS

Âgé de 52 ans, Pascal Demurger est diplômé de l’École nationale d’administration (ENA).

  • 1992 Administrateur civil à la direction du Budget, au ministère de l’Économie et des Finances.
  • 2002 Directeur adjoint de Filia-Maif, responsable de l’international, de la réassurance et des partenariats de Maif.
  • 2006 Directeur délégué du groupe Maif.
  • 2014 Vice-président de l’Association française de l’assurance (AFA) et président du Groupement des entreprises mutuelles d’assurance (Gema).
  • 2016 Directeur général du groupe Maif, président de l’Association des assureurs mutualistes (AAM) et vice-président de la Fédération française de l’assurance (FFA).

Quel est, justement, le bilan de votre fonds d’investissement Maif Avenir qui vous lie à des start-up ?

Maif a été parmi les tout premiers assureurs à s’intéresser aux start-up de façon aussi structurée. Nous prévoyons une saison 2 avec une dotation d’un montant similaire (NDLR : 125 M€). Le bilan est vraiment positif. Nombre d’entre elles mènent actuellement un deuxième tour de table. Nous procéderons également à quel­ques sorties. Si la recherche d’une plus-value significative n’est pas le but premier, notre fonds s’y retrouve. La raison reste éminemment industrielle et stratégique. C’est pourquoi nous avions focalisé dans un premier temps sur les start-up de l’économie collaborative pour comprendre comment assurer l’usage ponctuel. Aujourd’hui, Maif couvre la moitié des entreprises de l’économie du ­partage. Enfin pour nos sociétaires, ce sont des services supplémentaires. Nous irons plus loin avec, bientôt, Maif Start-up Club, un ­incu­bateur qui accompagnera des trentaines de start-up dans leur développement.

Vous avez déclaré que la voiture autonome signerait la disparition de 85 % de l’activité des assureurs IARD. Comment vous préparez-vous ?

C’est un chiffre qui se base sur l’hypothèse d’une généralisation des voitures sans chauffeur. Or, il y a 5 niveaux d’autonomie, et les véhicules neufs haut de gamme ont aujour­d’hui un niveau 2 ou 3. Cela étant, l’impact est déjà réel sur la sinistralité. Maif proposera donc très prochainement un contrat adapté aux ­propriétaires de véhicules semi-autonomes.

Vous affichez 53 091 sociétaires IARD supplémentaires en 2016, sur près de 3,09 millions d’assurés. Quelle est votre recette ?

Nous ne le devons pas à notre puissance commer­ciale puisque, contrairement aux bancassureurs, nous n’avons que 150 agences, ni aux moyens alloués à la communication. La recette, c’est d’avoir toujours aligné nos intérêts sur ceux de nos sociétaires en ne leur vendant pas des garanties inutiles ou en ne les remboursant pas avec réticence. Il en résul­te de la satisfaction, de la prescription et de la fidélisation.

Pour Maif, le sujet n’est pas celui de la taille critique. Aujourd’hui, la priorité, c’est l’innovation et l’agilité qui n’y sont pas corrélées.

Maif est-il donc déjà DDA compatible ?

Absolument. Nos offres ou modes de rémunération de nos conseillers ont toujours été pensés de sorte à favoriser l’intérêt du client. C’est ce que cherche à encourager la DDA aujourd’hui. En revanche, sa dimension formelle et procédurale interroge. Ce n’est pas en remettant toujours plus de documents au consommateur qu’il sera mieux informé.

À quel stade en êtes-vous de la transformation de Maif ?

Au début. Un interlocuteur m’a dit récemment que Maif faisait la course en tête de peloton. Je lui ai répondu que j’étais ravi de son appréciation, mais que nous courrions un marathon, étions au 2e km et qu’il en reste 40 à parcourir ! Nous avons toutefois franchi une étape, celle de la compréhension par le corps social des enjeux. Nous sommes dans la phase d’exécution.

Près de la moitié des effectifs des mutuelles serait amenée à faire un autre métier dans dix ans. Anticipez-vous cette mutation ?

À cet horizon, le cœur de notre activité, à savoir assurer, demeurera. Mais les sujets de diversification prendront un poids significatif et le métier d’assureur sera complètement différent. Nous aurons sans doute davantage besoin de spécialistes de l’expérience utili­sateur et de l’intelligence artificielle, par exemple. Nous accompagnons donc nos ­salariés via une académie digitale. Cet été, nous avons également signé un accord sur l’organi­sation du travail dont le contenu est avant-gardiste. Il comporte des dispositions très favorables en matière de retraites progressives, qui faciliteront l’arrivée dans l’entreprise de nouveaux métiers. Ce type d’accord gagnant-gagnant est intéressant, je trou­ve, à l’heure où les projets d’ordonnances sur la réforme du code du travail sont dévoilés.

À propos de diversification, quels nouveaux champs comptez-vous investir ?

Tout ce qui complète l’offre que Maif peut apporter aux particuliers : épargne, financement, e-banque, plateforme de services, mais aussi santé et prévoyance. Pourquoi pas aussi une offre à destination d’autres publics. Il y aura très bientôt des annonces de diversifications, à la fois d’activités et de marché.

Le gel de vos tarifs en 2016 s’est traduit par une baisse de résultat de 45,4 M€. Votre ratio combiné a aussi augmenté à 99,2 %. Cette politique est-elle tenable ?

Oui, elle est assumée. Nous avons même ­planifié un ratio combiné de 100 % en 2018. L’avantage des mutuelles, c’est que si nous avons besoin de 130 M€ de résultats par an pour fonctionner, cela ne sert à rien d’en avoir 250 M€…

Il est légitime de s’interroger sur la pertinence de faire financer des dommages aux personnes par une contribution portant sur l’assurance de biens.

En qualité de vice-président de la FFA et suite au débat sur la flat tax (lire p. 10), ne faudrait-il pas commencer par revoir le calibrage des risques à charge en fonds propres imposé par Solvabilité 2 ?

De fait, car c’est tout le paradoxe d’une réglementation qui pénalise la détention d’actions afin de garantir une plus grande sécurité et, dans le même temps, une volonté politique qui souhaite favoriser le financement de l’économie. Il y a un paradoxe à dépasser.

Les avis divergent sur la taxe attentat… Doit-elle être révisée ?

Il est légitime de s’interroger sur la pertinence de faire financer des dommages aux personnes par une contribution portant sur l’assurance de biens. À court terme, le financement des dommages liés aux attentats a été sécurisé par l’apport de la garantie de l’État au FGTI (Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions) au-delà de 160 M€ et par l’augmentation de la contribution de l’assurance de 4,30 € à 5,90 € par contrat. Enfin… sécurisée sous réserve qu’il n’y ait pas d’évolutions majeures dans les postes de préjudice qui peuvent être indemnisés. Outre la question du financement, il y a je crois un sujet de gouvernance car les assureurs, principaux contributeurs du FGTI, n’y ont pas la part de voix correspondante.

Depuis la création de la FFA, la voix des mutualistes est-elle suffisamment entendue ?

La FFA a été construite en donnant un poids institutionnel très fort aux mutualistes, certains jugeant même les négociations déséquilibrées. Nous sommes très bien représentés au niveau du conseil et dans les commissions. En pratique, il y a peu de sujets de divergences entre nos familles, à quelques exceptions près, comme, par exemple, sur l’assurance emprunteur, où le résultat nous a été favorable.

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Commentaires

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