Patrcik Brothier (Adréa, Aesio) : « Nous devons refonder notre modèle économique »

Patrcik Brothier (Adréa, Aesio) : « Nous devons refonder notre modèle économique »
Patrick Brothier Président d’Adréa et vice-président d’Aesio

Le dirigeant mutualiste défend une diversification tous azimuts d’Adréa et du groupe Aesio. Et le président d'Adrea et vice-président d'Aesio explique à ce titre la nouvelle alliance avec Macif et la stratégie concernant Mutex.

Quel premier bilan tirez-vous de l’année 2017 ?
La tendance est commercialement bonne pour Adréa, mais nous devons refonder notre modèle économique. La structure de notre portefeuille a complètement changé du fait de l’ANI, puisque nous sommes passés de 55 % d’assurance individuelle à la même propor­tion de collective. Mais la seconde étant moins rentable que la première, nous avons une moindre capacité à atteindre l’équilibre économique, même en ayant gagné 45 000 personnes protégées depuis le déploiement de l’ANI (notre CA net de réassu­rance a augmenté de 2,6 % en 2016 et notre CA net devrait croître de l’ordre de 5 % en 2017).

Entre la généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés et la réforme des contrats responsables, nous avons fait évoluer 60 % de notre portefeuille. Notre premier objectif est donc de renouer avec une meilleure rentabilité. Au final, cette séquence s’est tout de même révélée très positive.

Avec quels leviers comptez-vous y parvenir ?
Tout d’abord la maîtrise de nos coûts. Les autres leviers se situent au niveau du groupe Aesio, avec Adréa et Apréva, qui nous permet de renforcer notre capacité à être présents auprès des grands comptes. Nous avons rempor­té de nombreux appels d’offres auprès de grands comptes comme Natixis, Téréos (ex-Beghin-Say), SNF Florger (un leader mondial du traitement de l’eau), Solvay, General Electric. Le groupe nous permet aussi d’accélérer notre diversification, de trouver des relais de croissance hors de la complémentaire santé. Nous avons choisi de travailler, en marque blanche, avec Thélem en Iard. Nous avons démarré à mi-mai dernier au niveau du réseau Adréa et nous avons des débuts encourageants. Nous initions ce partenariat pour le compte du groupe et nous serons bientôt en mesure de faire un premier bilan, avant une éventuelle généralisation à l’ensemble de ses mutuelles.

Beaucoup de mutualistes semblent réservés sur l’intérêt de se diversifier en Iard. Pourquoi n’est-ce pas votre cas ?
Une étude menée auprès de nos adhérents a montré qu’une partie très significative d’entre eux était prête à passer par nous si nous avions une offre compétitive. Nous nous sommes dit que, si nous ne le faisions pas, d’autres le feraient à notre place, avec le risque qu’ils nous prennent des clients sur notre cœur de métier, qui est la santé, ou sur la prévoyance. Il est clair que nous devons proposer le spectre de produits le plus large possible, car il y a tout de même, aujourd’hui, beaucoup d’acteurs, comme les banques ou les assureurs traditionnels, qui proposent tous des solutions d’assurance.

À propos de prévoyance, le choix de Macif peut surprendre dans la mesure où cette mutuelle d’assurances n’est pas la championne de la prévoyance…
Regardez les chiffres : Macif est numéro un français en prévoyance accidents. Elle a comme les mutuelles de notre groupe des marges de progrès en prévoyance individuelle et collective. Nous avons décidé d’explo­rer le sujet à fond avec le groupe Macif. Ce dernier est mutualiste aussi et cela a constitué un élément de notre décision. Nous irons d’ailleurs au-delà de la prévoyance, puisque notre cible est la création d’un groupe prudentiel en 2020.

SON PARCOURS

Patrick Brothier a réalisé l’essentiel de sa carrière en Mutualité après une formation initiale à l’IJBA (Institut de journalisme de Bordeaux-Aquitaine) de Bordeaux III.

  • 1995-2008 Directeur adjoint puis directeur général d’une mutuelle aujourd’hui intégrée à Adréa entre 1995 et 2008, date à laquelle il a cessé toute fonction opérationnelle dans la mutuelle.
  • 2006-2017 Président de l’Union nationale de prévoyance de la Mutualité française (UNPMF) puis de Mutex Union.
  • 2009-2016 Trésorier général de la Mutualité française (FNMF).
  • Depuis 2013 Président d’Adréa Mutuelle, puis vice-président du groupe Aesio.
  • Depuis 2016 Vice-président de la FNMF.

Ce partenariat avec Macif signifie-t-il que vous sortez de Mutex, la société d’assurances dont vous êtes actionnaire aux côtés d’Harmonie Mutuelle ?
Nous ne l’envisageons pas à ce stade. Nous avons un portefeuille important qui reste dans Mutex, car nous y avons, d’une part, produit pendant de nombreuses années des affaires communes et, d’autre part, nous considérons que notre intérêt est de rester au capital de la société. Jusqu’à nouvel ordre, la question ne se pose donc pas. Mais il est vrai que depuis qu’Harm onie Mutuel­le est devenue majoritaire au capital de Mutex, la question de notre engagement et de sa substance est posée.

Faut-il comprendre que vous restez dans Mutex uniquement pour gérer le stock ? Ou comptez-vous réaliser encore des affaires nouvelles ?
C’est une question qui fait l’objet de discussions. Ce qui rend les choses compliquées, c’est que des engagements n’ont pas été tenus à notre endroit. Nous avions également des accords de production en réciprocité… Nous programmons, finalement, un engagement de production pour 2018.

Pourquoi avez-vous démissionné de la présidence de Mutex Union ?
La prise de contrôle d’Harmonie sur la société Mutex s’est faite par la cession d’une partie du capital que détenait Mutex Union (ndlr : l’union qui fédère l’ensemble des mutuelles qui distribuent les offres de Mutex) à des conditions qui ont fait l’objet de négociations et ont été in fine approuvées par l’assemblée générale de l’union, et dont j’étais le président depuis que nous avons créé la société Mutex. Nous avions à redéfinir un partage de sort, puisque les mutuelles d’Aesio détiennent 27 % du capital de la société. Sur un certain nombre de points, cela nous a amenés à convenir par écrit de modalités dans une lettre d’intention. À partir du moment où il y avait un certain nombre d’éléments signés par les parties qui n’ont pas été respectés, nous avons considéré que je n’avais pas vocation à me maintenir à la tête de cette Union.

Allez-vous continuer à faire de l’épargne avec Mutex ?
Nous verrons demain notre positionnement en la matière. Mais il est certain que nous ferons l’essentiel de notre diversification hors de Mutex. Nous avons amorcé un rapprochement avec Macif, qui possède Mutavie, qui réalise 2,5 Md€ de CA en épargne. Si nous créons une société commune, une société anonyme avec Macif, nous y logerons probablement beaucoup de choses. Et dans la perspec­tive du groupe que nous souhaitons créer, la logi­que est de partager le maximum de potentiel de création de valeur, dans la société commu­ne et au-delà.

Une étude menée auprès de nos adhérents a montré qu’une partie significative d’entre eux était prête à passer par nous si nous avions une offre compétitive en IARD.

Regrettez-vous le choix de Solimut de ne pas rejoindre Aesio?
Non, c’est la vie des organisations. Ils devaient conforter leur propre modèle et c’était peut-être difficile pour eux d’articuler ce renfor­cement avec notre logique qui consiste à avancer rapidement, et qui entraîne beaucoup de conséquences structurelles, ce qui n’était peut-être pas compatible avec leur tempo.

Cherchez-vous de nouveaux partenaires ?
Nous avons des échanges… La Mutuelle MIE en Île-de-France a déjà rejoint l’union Adréa en juin et nous allons engager une coopération. Chacune des mutuelles d’Aesio a des unions de groupe mutualistes (UGM) pour nouer des partenariats. Au sein d’Aesio, l’enga­gement est très fort, puisque nous avons décidé de créer un groupe prudentiel. Au sein d’une UGM, le partage est moindre, mais nous avons la même motivation, et eux aussi. En ce qui concerne la MIE, elle possède une implantation territoriale en Île-de-France qui nous intéresse et un potentiel de développement complémentaire au nôtre.

Adréa et Aesio communiquent moins sur les services que d’autres acteurs. Quelle est votre position sur ce sujet ?
Aujourd’hui, la grande difficulté est de créer un modèle économique viable sur l’offre de services adossée à celle d’assurance. S’il faut l’intégrer dans les coûts d’assurance, cela pose un problème de modèle économique. Et à moins d’un grand soir remettant radicalement en cause la place des complémentaires santé, je ne solde pas le modèle d’assurance dans lequel nous nous inscrivons, mais je l’élargis, car je pense que nous sommes au début d’un cycle. Au vu de la taille de nos structures qui couvrent beaucoup de monde, nous pourrions devenir, peut-être pas un tiers de confiance à proprement parler, mais une interface de confiance avec des opérateurs qui proposent des applications de e-santé, de prévention, sans compter celles que nous proposerons nous-mêmes. Nous pourrions réduire l’asymétrie d’intérêts entre des opéra­teurs hyperpuissants et les usagers qui nous font confiance. Nous pouvons jouer un rôle qui crée de la valeur.

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Mise en place d'une complémentaire santé négociée, à destination des habitants

Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône

25 mars

13 - CONSEIL DEPARTEMENTAL DES BOUCHES DU RHONE

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Patrcik Brothier (Adréa, Aesio) : « Nous devons refonder notre modèle économique »

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié