Patrick Evrard (Agéa) : « Un bras de fer avec les compagnies serait contre-productif »

Patrick Evrard (Agéa) : « Un bras de fer avec les compagnies serait contre-productif »
photos : LAETITIA DUARTE Patrick Evrard Président de la fédération des syndicats d’agents généraux d’assurance (Agéa)

Depuis deux ans à la tête d’Agéa, Patrick Evrard vient de boucler son tour de France destiné à présenter aux adhérents son plan de refondation du métier d’agent général. Il évoque ce « New Deal », en gestation au sein de six ateliers, qui doit façonner l’agent de demain.

Vous tiendrez votre deuxième assemblée générale les 14 et 15?juin prochains. Prévoyez-vous des annonces ?

Cette assemblée générale sera, en effet, très importante, car nous validerons à cette occasion une profonde réforme des structures territoriales de la fédération, que nous allons réorganiser selon la carte administrative de la France. Par ailleurs, nous modernisons nos chambres départementales pour les transformer en véritables cellules d’animation et de rencontre pour les agents. Pour favoriser cette animation, nous avons développé un service qui proposera des réunions thématiques clefs en mains (RH, fiscalité, juridique…). Nous entérinerons également une réorganisation de la structure nationale d’Agéa. Nous ­souhaitons que les syndicats d’agents généraux participent pleinement aux décisions politiques importantes. Nous allons créer une instance commune où seront réunis les ­présidents de syndicats et les présidents de régions. De là pourra naître une véritable politique commune pour les agents.

Quel a été le déclencheur de cette volonté de politique commune ?

Cette ambition repose sur trois constats. Notre monde va de plus en plus vite et les intermédiaires que sont les agents généraux doivent être acteurs de leur développement. Il y a également un manque de stratégie péren­ne au sein des compagnies à réseaux d’agents, car certaines sont adeptes de politiques de « stop & go ». Enfin, les syndicats ont besoin d’avoir une ligne directrice pour conduire leurs accords afin de ne plus être dans une approche « court-termiste ». Un socle commun sera bâti sur les résultats des travaux des six chantiers menés actuellement au sein de la fédération pour faire évoluer le métier dans les dix prochaines années.

Comment pensez-vous que les compagnies accueilleront les résultats de ces travaux ?

Je souhaite que leur accueil soit positif, car un bras de fer serait contre-productif. Les six thèmes abordés dans ces groupes de travail, épaulés par nos cabinets de conseil Eurogroup Consulting et Facts & Figures ,abordent toutes les facettes du métier d’agent (NDLR : conditions d’entrée dans le métier, mandat, aspects réglementaires, et transmission ; clients et­ ­proposition de valeur ; principes de rémunération ; valeur ajoutée du modèle agent général ; nouvelles technologies et ressources humaines et organisation d’agence). Il serait donc dommage que les compagnies ne s’y intéressent pas. Je leur ai d’ailleurs proposé de recevoir nos consultants, afin qu’elles leur exposent cette vision de l’agent de ­demain. Je leur propose également une rencontre avec leur syndicat de sociétés, peu de temps avant la fin des travaux des ateliers. Le modèle économique du socle commun ­décidé collégialement sera ensuite validé par les instances décisionnaires de la fédération et présenté lors de nos prochaines ­« Rencontres de Bandol » en septembre. Il ­appartiendra ensuite, sur cette base, à chaque ­syndicat d’aller discuter avec sa compagnie.

SON PARCOURS

Âgé de 59 ans, Patrick Evrard est agent général Gan Assurance à Rouen (76), depuis 29 ans.

  • 1988 Agent général Gan Assurances à Rouen.
  • 1996 Secrétaire général du Snagan, syndicat des agents Gan Assurances.
  • 2000 Vice-président, puis président du Snagan.
  • 2012 Président adjoint et trésorier d’Agéa, il a exercé également les fonctions de juge au Tribunal de commerce de Rouen de 2010 à 2013.
  • 2015 Président d’Agéa.

Lors de la présentation de votre projet de refondation du métier en région, vous insistez beaucoup sur la révolution digitale. Quels en seraient concrètement les bénéfices pour l’agent ?

Les outils digitaux leur permettront d’être beaucoup plus agiles et proches de leurs clients. Car les assurés ont besoin d’être ­accompagnés dans la phase de souscription et dans la phase d’indemnisation de leur ­sinistre. C’est toute la valeur ajoutée d’un réseau d’agents généraux par rapport à un réseau direct où tout est fait sur Internet.

Les systèmes d’information sont-ils, selon vous, à la hauteur des enjeux ?

Il y a encore beaucoup d’efforts à faire en la matière, car les systèmes des compagnies sont extrêmement lourds et parfois obsolètes. Par exemple, nous tarifons encore trop lentement, alors que nous devrions être ­capables de calculer une MRH en quelques minutes sur tablette, comme le font déjà ­certains de nos voisins européens. Il faut ­également uniformiser les systèmes utilisés par les compagnies et les réseaux. Depuis une ­dizaine d’années, les systèmes des ­plateformes de gestion de sinistres ne ­permettent pas une communication fluide avec ceux des agents. C’est néfaste pour la compagnie, les agents et les clients.

Le GIE crée entre Generali France et le syndicat Triangl’ pour la gestion des sinistres, est-il un modèle à suivre ?

Qu’une compagnie et un syndicat d’agents gèrent en commun les sinistres, sur la base du volontariat, comme ils pourraient gérer en commun d’autres systèmes, est une très bonne piste. Cela permet aux deux parties de mieux communiquer et cela va dans le sens d’un meilleur accompagnement du client. Mais pour qu’un tel modèle fonctionne il faut à la fois des outils informatiques performants et une proximité avec le client pour maintenir le lien et entretenir la relation dans la durée. Demain, avec l’intelligence ­artificielle et le digital, il sera possible d’envisager encore de nouveaux modèles de gestion des sinistres.

Qu’avez-vous mis en place pour anticiper la transposition, en février prochain, dans le droit français, de la directive de distribution d’assurance (DDA) ?

La DDA va imposer une obligation de formation lourde de 15 heures pour chaque agent général et collaborateur, chaque année. Ces formations doivent permettre de se professionnaliser davantage. Pour rendre ces ­formations accessibles au plus grand nombre, nous avons choisi de développer deux MOOC (NDLR : formation en ligne ouverte à tous) de 8 heures, format que nous considérons comme le mieux adapté et le plus abordable pour les agents, à 130 € la ­formation. Ces MOOC seront accessibles par le biais d’Agéa Formation et via le dispositif Cap Compétence pour leurs salariés.

Demain, avec l’intelligence artificielle et le digital, il sera possible d’envisager encore de nouveaux modèles de gestion des sinistres.

Les conditions d’entrées et de sorties dans la profession sont l’une des six thématiques des groupes de travail. Quelles seraient les évolutions souhaitables ?

On constate que les agents les plus performants sont généralement des gérants de SARL ou des associés en SPEC (NDLR : socié­té en participation d’exercice conjoint), donc des agents qui ont choisi de se rapprocher. On ne peut pas rester immobile face à ce constat et surtout au fait que près de 70 % des compagnies refusent encore le mode d’exercice en SARL ! Cela n’est pas normal, d’autant que les statuts qui le permettent ont été signés en 1997 avec la FFA. La raison ? Elles craignent de perdre l’intuitu personae, une peur en réalité infondée puisque les ­gérants d’une SARL doivent automatiquement recevoir l’agrément de leur compagnie et détenir 75 % des parts. Impossible donc qu’une compagnie se retrouve en face d’un actionnariat bancaire ou d’un grand groupe. Aujourd’hui, ce passage en SARL me paraît être le plus constructif et le mieux adapté à l’évolution du métier qui tend vers la multi­spécialité, car l’agent seul ne peut pas tout faire. La sortie de la profession est également un gigantesque chantier puisque plus de 50 % des agents ont plus de 50 ans. Ces sorties doivent être anticipées. Pourquoi, par exemple, ne pas faire accompagner l’agent sur le départ par le repreneur, afin que ce dernier connaisse la clientèle et s’approprie l’agence.

Ce passage en SARL me paraît être le plus constructif et le mieux adapté à l’évolution du métier qui tend vers la multispécialité.

Quel pourrait être la posture de l’agent de demain ?

Les agents généraux sont encore très peu à construire leur plan de développement d’agence. Bien souvent, ils travaillent en fonction du profil de la clientèle qui pousse leur porte. Il faut changer cela en les dotant d’une vision stratégique, même au sein des très petites agences, car celles-ci peuvent et doivent se développer. Ils doivent également adopter une démarche plus commerciale en rencontrant davantage leurs clients pour proposer le bon produit, à la bonne personne et au bon moment. Une démarche plus conquérante, enfin, leur permettra de reprendre des parts de marché sur les risques de particuliers, en attaquant notamment les contrats emprunteurs souscrits par les banques.

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