Philippe Messager, président de l'Association française des trésoriers d'entreprise (AFTE) : « Promouvoir les placements privés pour les PME et ETI »

Philippe Messager, président de l'Association française des trésoriers d'entreprise (AFTE) :  « Promouvoir les placements privés pour les PME et ETI »
Philippe Messager Président de l’Association française des trésoriers d’entreprise (AFTE)

Le président de l'AFTE explique pourquoi et comment son association se mobilise en faveur d'une diversification des sources de financement pour les PME et entreprises de taille intermédiaire qui ont difficilement accès aux marchés obligataires.

Alors que le crédit se raréfie, les assureurs sont-ils plus essentiels que jamais au financement des entreprises ?

Pour les grands groupes, c'est déjà le cas depuis des années. Ils ont intégré depuis longtemps l'intérêt de la désintermédiation, couvrant plus de 80% de leur besoin de financement directement sur les marchés. Pour ces entreprises notées par des agences telles que Moody's et Standard et Poor's, il suffit d'émettre du papier obligataire sur la place financière, qui leur offre les meilleurs taux et leur permet d'obtenir des financements avec des maturités longues, de plus de cinq ans. En revanche, cette désintermédiation efficace n'est que très rarement accessible aux petites et moyennes entreprises et aux entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui représentent près de la moitié des membres actifs de l'AFTE.

Pourquoi cette différence ?

En France, pour les ETI et PME , la situation est beaucoup plus contrastée que pour les grands groupes. Tout d'abord, l'entrée en vigueur de la réglementation Bâle 3 visant à améliorer la qualité de crédit des banques, a renforcé en leur sein le rôle du département des risques. Donner plus de poids à cette équipe a abouti à augmenter le taux de rejet de dossiers. En outre, sur le marché obligataire, les petites et moyennes entreprises ne peuvent ni supporter le coût de la notation ni assurer convenablement le monitoring de la note. Pour peu que l'entreprise traverse une période difficile, avec un tassement de son carnet de commandes, par exemple, le management devra être en mesure de faire face à une pression importante pour tenter de sauvegarder son profil de risque. En effet, plus la notation de la société se dégrade, plus son profil de crédit est observé, et plus il est nécessaire de fournir des informations.

Face à ces lourdeurs logistiques, il est donc plus approprié pour les entreprises de taille intermédiaire de recourir à des émissions obligataires confidentielles, pour ne pas dire intuitu personae, placées directement auprès d'un petit nombre d'investisseurs institutionnels. Les assureurs étant intéressés par le rendement de ces placements privés en euros (EuroPP), les jeunes émetteurs peuvent ainsi trouver une nouvelle source de financement.

L'AFTE a participé à la rédaction de la charte EuroPP, en mars dernier. Quel est son objectif ?

Avec d'autres associations et sous l'égide de la Banque de France et du Trésor, l'AFTE a en effet largement participé à ces travaux de place, car il convient de faciliter et de promouvoir les placements privés, qui constituent une source de diversification des financements pour les PME-ETI. La charte leur donne un cadre strict pour structurer leur demande. Elles doivent convaincre l'investisseur institutionnel, puis entretenir une relation très forte, comme elles l'auraient fait avec leurs banquiers. Les entreprises doivent réaliser qu'il convient d'être très rigoureux. Mais elles doivent aussi apprendre à nourrir la relation de manière simple et transparente avec les investisseurs institutionnels. En effet, les assureurs conservent le papier, par conséquent, investissent sur la durée de l'émission, de cinq à dix ans en moyenne. Il est donc totalement justifié qu'ils demandent régulièrement à l'entreprise émettrice des comptes et des informations prospectives sur l'évolution de l'activité. Il est bon que les dirigeants soient ainsi « challengés », mais cela demande une organisation adéquate et une forte disponibilité du management.

Est-ce que l'association les accompagne dans cette démarche ?

Nous restons mobilisés afin de concrétiser le développement des placements privés. Tout d'abord, en communiquant sur ce nouveau moyen de financement pour les PME et ETI au sein de l'AFT€. Nous espérons vivement voir de nouveaux émetteurs se manifester. Nous avons d'ores et déjà des marques d'intérêt. De plus, toutes les entreprises n'ont pas couvert l'ensemble de leur besoin. Il y aura donc encore des émissions en 2014. Les membres de l'AFTE qui ont déjà recouru aux marchés aident les primo-émetteurs à constituer leur dossier.

Nous tentons également de développer l'usage de billets de trésorerie, titres de créances à court terme (inférieurs à douze mois) émis sur les marchés. Comme pour l'obligataire, les PME-ETI n'y ont que très rarement accès, car cela nécessite des lignes de financement filet (back up lines) [engagement de concours de la banque si la situation du marché ne permet pas de renouveler le billet, NDLR], mais aussi une notation.

Mais cela pourrait évoluer...

Nous sommes en train de négocier avec Moody's et Standard et Poor's un système de notation sur le court terme, révisable tous les six mois, par exemple. Cela permettrait de casser l'approche mécaniste qui prévaut actuellement, consistant à distribuer une note à court terme directement issue de la note à long terme, ce qui se révèle un non-sens total dans de très nombreux cas. La barrière à l'entrée serait abaissée, et les ETI pourraient présenter une note pour ces titres destinés à financer leurs besoins de trésorerie. Les agences de notations sont intéressées, mais nous n'avons pas de garantie de résultats, car cela leur demande de revoir profondément leurs procédures.

Pourquoi êtes-vous beaucoup moins disert sur les nouveaux fonds, comme Micado ou Novo ?

Autant je suis pleinement convaincu par le développement des EuroPP, autant je reste curieux sur la manière dont ces financements se mettent en place. Ces initiatives sont très positives pour les émetteurs qui en ont bénéficié. Le fonctionnement est sain, puisque, au sein d'un fonds, les entreprises émettrices ne sont pas solidaires de la défaillance éventuelle de l'une d'entre elles. Mais ces fonds s'adressent seulement à un type très particulier d'émetteurs, quelques dizaines de sociétés.

Et pourquoi ce champ limité ?

Il est très difficile de passer le guichet de sélection. De plus, les montants investis ont parfois été décevants. Par exemple, les entreprises ont été surprises par le fait que la taille du fonds Micado était sensiblement plus faible que prévu initialement. En résumé, ce nouveau type de placement des assureurs, aussi médiatique soit-il, n'est rien en comparaison d'une autre tendance, le financement de projet.

C'est-à-dire ?

Des départements d'investissements ciblés en la matière se sont largement développés chez les assureurs afin de prendre des parts, en actions ou en obligations, émises par des sociétés de projet. Ils peuvent investir sur le long terme, avec des rendements importants, sur des projets pertinents concernant la transition énergétique, les transports, la bio-agriculture... Ainsi, les assureurs investissent dans des filiales d'infrastructures en construction depuis quatre à cinq ans, à la suite du retrait de grandes banques. Mais quel que soit le moyen de lever de la dette - banques, fonds, EuroPP, financement de projet -, le point fondamental pour obtenir le financement reste les fonds propres (equity). Les entreprises doivent alors s'interroger sur l'effet de levier, c'est-à-dire la part de la dette au regard des fonds propres, qui doit être jugée acceptable, afin de présenter un niveau de risque modéré à sa contrepartie prêteuse.

Quel rôle jouent les assureurs ?

Si Bâle 3 a eu un effet négatif sur le crédit bancaire, il en va de même avec Solvabilité 2 pour le financement en equity par les assureurs. Cette réglementation exige que l'assureur consacre plus de fonds propres qu'auparavant, avec une différence entre sociétés cotées et non cotées (private equity). Pour un euro investi dans le non-coté, près de 50% doivent être couverts par des fonds propres, ce qui dégrade très notablement la rentabilité que l'investisseur pouvait escompter.

Avec quels résultats ?

On constate une forte rétention, pour ne pas dire une aversion, des assureurs à investir en fonds propres dans des structures non cotées. Pour trouver des financements, les entreprises doivent renforcer leurs capitaux. Et, alors que les assureurs pourraient les aider en montant en haut de bilan, la réglementation les décourage !

Son parcours

Philippe Messager, 57 ans, diplômé d'HEC et titulaire du diplôme d'études comptables supérieures (DECS), est président depuis 2011 de l'Association française des trésoriers d'entreprise (AFTE).

  • 1986 Cash et Credit Manager de Rhône-Poulenc.
  • 1992 Directeur de la trésorerie chez Valeo.
  • 2000 Directeur des financements et de la trésorerie à Veolia Environnement.
  • 2010 Directeur financements-trésorerie du groupe EDF.

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