Philippe Tromson et Jean-Vincent Raymondis (Saretec) : « Les experts iront vers des missions de conseil »

Philippe Tromson et Jean-Vincent Raymondis (Saretec) : « Les experts iront vers des missions de conseil »
Jean-Vincent Raymondis, Directeur général adjoint de Saretec et Philippe Tromson PDG de Saretec

Sur le pont depuis l’ouragan Irma, la tempête Eleanor et les crues, le groupe d’expertise Saretec mène, en parallèle, un projet d’entreprise axé sur le développement, la diversification et l’innovation. État des lieux auprès de ses dirigeants.

Quel bilan un groupe d’expertise comme Saretec dresse-t-il de la crue qui s’est juxtaposée aux tempêtes ?

Jean-Vincent Raymondis – Nous vivons, depuis mi-décembre, un cumul de tempêtes hivernales importantes actuellement en gestion, et des pluies exceptionnelles en durée – pas en intensité – qui se traduisent par une augmentation de 30 % des dégâts des eaux.

Philippe Tromson – Mais nous recevons enco­re plusieurs centaines de missions liées à Irma et Maria. Nous avons un plan EGA (événements de grande ampleur) échelonné sur trois niveaux, dont deux sont enclenchés. Les équipes travaillent le week-end avec des dispositifs de renfort et d’entraide. Dans le cas d’une crue comparable à celle de 1910, il faudrait toutefois revoir le mode opératoire en travaillant par zone sinistrée et non plus par client.

Ce sont souvent les mêmes assurés, déjà sinistrés en juin 2016 lors de la crue précédente, qui sont touchés… Y a-t-il des risques de résiliations ?

J.-V. R. – On ne le constate pas. La question, face à ces événements naturels, va être de les intégrer dans les principes assurantiels, et surtout de mieux reconstruire. La simple hauteur à laquelle on réinstalle les prises électriques augmente considérablement la résistance du système électrique. Et cela ne coûte rien.

P. T. - Nous menons actuellement un travail pour construire un référentiel technique. Des études sont en cours avec des organismes professionnels, des assureurs et le ministère de la Transition écologique et solidaire.

Comment se porte Saretec ?

J.-V. R. – Avec 1 400 collaborateurs, le groupe a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 120 M€ et traité plus de 200 000 sinistres. Nous sommes structurés en trois filières : l’expertise hors automobile (construction, dommages, entreprise) ; la réparation (en nature via notre filale Kora Solutions, l’économie de la construction consistant notamment à évaluer le coût des travaux du bâtiment, la maîtrise d’œuvre) et le conseil, la gestion et la prévention (alertes lors d’événements de grande ampleur…). Depuis quarante ans, nous sommes dans une logique très intégrée des services.

Philippe Tromson PDG de Saretec
SON PARCOURS

Âgé de 60 ans, Philippe Tromson est ingénieur diplômé de l’École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l’industrie (ESTP).

  • 1982-1989 Ingénieur contrôle technique dans le bâtiment à Socotec.
  • 1989-1992 Intègre Saretec comme expert et crée des agences.
  • 1999-2009 Directeur des agences de l’Ouest parisien de Saretec.
  • 2009-2015 Directeur du développement construction de Saretec.
  • Depuis 2015 PDG de Saretec.

Vous venez d’effectuer deux acquisitions…

J.-V. R. – Nous sommes en forte accélération en matière de croissance externe. En octobre dernier, nous avons effectivement repris le groupe Prévost (ndlr : ex-membre du groupe Union Expert) composé de 60 collaborateurs en Rhône-Alpes et en Bourgogne avec un CA de 6 M€. Fin novembre, nous avons fait l’acquisition de Polyexpert Ouest, basé en Bretagne et en Normandie. Il s’agit d’une structure qui réalise 12 M€ de CA et qui emploie 120 collaborateurs ayant des compé­tences étendues sur l’IARD, notamment en navigation plaisance.

Saretec a bâti, en 2016, un projet d’entreprise qui court jusqu’en 2020. Quels en sont les axes ?

J.-V. R. – Il y en a trois : développer l’expertise, nous diversifier vers les grands syndics, les entreprises et innover. Nous visons un CA de 200 M€ à cette échéance, une progression basée sur 20 % de diversification et sur une croissance organique forte.

Vous avez recruté une centaine de collaborateurs l’an dernier, dont 30 % de femmes experts. Seriez-vous en train de mener une révolution RH ?

J.-V. R. – Nous voulons, en effet, de nouveaux profils, plus jeunes, plus féminins, plus diplômés. Nous disposons à cette fin de l’université professionnelle Saretec qui assure une formation d’un an sur l’expertise aboutissant à une licence et un master 2 certifiant. Notre groupe a déjà doublé de taille entre 2007 et 2012.

P. T. – Il n’y a pas de secret. Le marché se structure différemment. Il faut adapter les moyens et les façons de faire. On aura toujours besoin d’expertise, mais elle doit évoluer. Nous irons vers des missions de conseil auprès des grandes entreprises en prévention des risques. Et la capacité à attirer et à conserver les talents est la clé de ce changement.

Jean-Vincent Raymondis Directeur général adjoint de Saretec
SON PARCOURS

Âgé de 44 ans, Jean-Vincent Raymondis est ingénieur diplômé de Saint-Cyr, titulaire d’un MBA de HEC Genève.

  • 1997-2003 Diverses fonctions de gestion de crise opérationnelles au ministère de la Défense.
  • 2003-2006 Directeur général de Gexa Expertises.
  • 2006-2009 Directeur général du groupement d’expert Sofiae.
  • Depuis 2009 Directeur des opérations, du développement puis directeur général adjoint de Saretec.

Le secteur de l’expertise est particulièrement concerné par la digitalisation. Comment abordez-vous ce virage ?

J.-V. R. – Notre conviction est que l’intelligence artificielle doit être alimentée par de l’intelligence humaine. Seuls des professionnels expérimentés peuvent capter les données qui permettront, en étant modélisées, d’être extrapolées, par exemple, pour un autre sinistre. Concernant notre activité, le digital modifie progressivement la gestion des petits sinistres de fréquence. Mais, à l’inverse, les besoins sont de plus en plus importants pour des expertises pointues liées à des sinistres complexes et d’ampleur. Nous investissons 4 % de notre CA en R&D sur le deep learning (ndlr : méthodes d’apprentissage automatique qui modélisent des données avec un haut niveau d’abstraction) ou encore dans l’imagerie satellitaire haute fréquence et haute résolution, qui peut transformer la manière d’appréhender une catastrophe naturelle comme Irma.

P. T. – Nous avons aussi incubé la start-up Aukazou dans le cadre d’un projet d’open innovation. Il s’agit d’un service actuellement disponible en région parisienne qui s’occupe d’effectuer toutes les formalités pour le compte des assurés victimes d’un dégât des eaux, de la déclaration au chiffrage en passant par la gestion des travaux. Nous avons également investi dans le service Inch, qui fluidifie les échanges entre les syndics, les gestionnaires d’immeu­bles et les propriétaires en connectant 750 000 lots de copropriétés. Et nous avons récemment poussé la start-up Monuma, qui est la première appli concrète permettant à un client d’évaluer et de certifier à distan­ce des objets de valeurs grâce à l’utilisation de la technologie blockchain.

J.-V. R. – Nous voulons être présents sur tous les types d’expertises et à ce titre, nous sommes très intéressés par le développement de la maison connectée et par les solutions IT pour aider les assureurs. Chaque jour, Sare­tec gère un sinistre à plus de 1 M€…

Avez-vous déjà déployé des solutions chez les assureurs ?

J.-V. R. – Oui, certains utilisent des solutions d’estimation basées sur l’intelligence artificielle pour aider, par exemple, à la qualification de sinistres et accélérer le temps de traitement. Deux assureurs testent aussi une de nos solutions permettant de proposer une indemnité en moins de 5 minutes. Dans le domaine agricole, d’autres exploitent notre application qui permet d’anticiper les ruptures dans la chaîne d’approvisionnement des industriels de l’agroalimentaire.

Nous voulons de nouveaux profils, plus jeunes, plus féminins, plus diplômés. Nous disposons à cette fin de l’université professionnelle Saretec.

Jean-Vincent Raymondis

Plus que jamais, les assureurs veulent optimiser leur service de gestion de sinistres. Quelles répercutions cela a-t-il sur votre activité ?

P. T. – Le client est aujourd’hui au cœur de leur stratégie. Nous observons deux mouvements opposés : pour certains, un choix d’internalisation concernant les sinistres de fréquences, car ils considèrent que c’est un moment essentiel de la relation client ; et pour d’autres, un choix d’externalisation, car cette « commodité » n’est pas jugée différenciante. Mais pour tous, les sinistres complexes sont un enjeu.

J.-V. R. – Le selfcare, qui veut que le client devienne acteur de son sinistre, va prendre de l’ampleur cette année et impliquera l’utilisation de nouveaux outils pour les gestionnaires. Nous avons une marque commer­ciale, Keywiiz, qui commercialise des produits informatiques, des API (webservices) de haute technologie et des services intelligents connectés à destination des assureurs. Nous nous apprêtons d’ailleurs à lancer une vraie solution aboutie avec l’un d’entre eux…

Le marché se structure différemment. Il faut adapter les moyens et les façons de faire. On aura toujours besoin d’expertise, mais elle doit évoluer.

Philippe Tromson

Vous étiez à l’Amrae du 7 au 9 février dernier à Marseille. Qu’y présentiez-vous ?

J.-V. R. – Nous y participons tous les ans pour rencontrer nos clients assureurs et les grandes entreprises. Notre leitmotiv consiste à faire du sinistre une opportunité pour l’entreprise. C’est le principe de notre offre Advance : utiliser les données de sinistres de l’entreprise pour améliorer sa résilience, sa supply chain et prévenir l’apparition de nouveaux sinistres.

P. T. – Le sinistre, c’est le moment où on constate un défaut. Il faut capitaliser sur cette chaîne de défauts qui a conduit au sinistre. Ce travail collaboratif de l’expert avec l’assureur, le courtier et l’entreprise est important.

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