Robert Vautard (CNRS) : « Les événements climatiques extrêmes seront de plus en plus violents »

Robert Vautard (CNRS) : « Les événements climatiques extrêmes seront de plus en plus violents »
Robert Vautard Directeur de recherche au CNRS

Climatologue et météorologue au CNRS, amené à collaborer avec des compagnies d’assurance, Robert Vautard alerte sur les conséquences du réchauffement climatique.

2017 a été une année record pour la sinistralité des compagnies d’assurance en raison de catastrophes naturelles telles que les ouragans Harvey, Irma et Maria… Faut-il s’attendre à davantage d’événements climatiques extrêmes dans les années à venir ?
La réponse varie en fonction du type d’événements. D’ailleurs, nous effectuons toujours leurs modélisations et les simulations de leurs conséquences événement par événement. Ainsi, concernant les vagues de chaleur et de froid, on peut affirmer avec certitude que les premières seront plus fréquentes tandis que les secondes le seront moins.

Du fait de vagues de chaleur plus fréquentes, les risques d’incendie seront, par voie de conséquence, plus importants. Concernant les événements liés aux vents, nous avons peu d’éléments permettant de donner une tendan­ce en milieux tempérés. Dans les tropi­ques, il devrait y avoir moins de cyclones. Mais, comme d’autres événements climatiques extrêmes, ils devraient être plus violents et leurs impacts plus forts en raison du réchauffement climatique lié aux activités humaines.

Faut-il en déduire une augmentation des événements climatiques extrêmes ?
On utilise souvent la comptabilité des compa­gnies d’assurance pour mesurer cette évolution. Pourtant, un accroissement des sinis­tres à régler en raison de catastrophes naturelles ne veut pas nécessairement dire que les événe­ments climatiques extrêmes sont en augmentation. La notion de sinistres dépend de leur nombre et de leur intensité, de l’exposition de biens ou de person­nes face à ces événements, ainsi que de leur vulnérabilité.

Est-ce que les événements climatiques extrêmes seront plus violents ?
Oui. Pour les cyclones, par exemple, avec la montée du niveau des océans, les vagues cause­ront davantage de dégâts. Cette montée du niveau des océans s’explique par l’augmentation des températures qui accroît le volume général des mers. Lorsque le climat se réchauf­fe, les évaporations s’amplifient. Et donc les précipitations. Et ainsi de suite... Autrement dit, le cycle de l’eau s’accélère. Sans compter que le réchauffement climati­que, qui entraîne une fonte des glaces plus rapide, l’amplifie…

Qu’en est-il justement des inondations ?
Cette accélération du cycle de l’eau contribue à augmenter, par voie de conséquence, le risque d’inondations.

Néanmoins, l’aménagement du territoire et la gestion des cours d’eau jouent un rôle très important et non négligeable dans ce type de risques… Par exemple, l’urbanisation croissan­te accélère le ruissellement et augmen­te ce risque.

Le réchauffement climatique lié aux activités humaines est de l’ordre de 1°. Quelles sont vos prévisions pour le futur ?
Selon nos prévisions, le climat devrait se réchauf­fer de 2° d’ici 2050. Il faut s’attendre à des conséquences très importantes ! Avec un tel réchauffement, un été caniculaire comme celui de 2017 dans les régions méditerranéennes va devenir la norme. Si vous connais­sez trois étés de suite comme celui de 2017 dans ces régions, vous épuisez les ressources en eau… Cette ressource indispensable est déjà source de tensions géopolitiques dans cette région du monde, comme dans d’autres.

Quelles sont vos prévisions pour la suite, après 2050 ?
Si tous les pays ayant signé l’accord de Paris sur le climat tiennent leurs engagements, le climat devrait se réchauffer de 3° d’ici 2100 ! Mais selon le scénario le moins optimiste, les 5° pourraient être atteints. Soit la différence entre un âge glaciaire et un âge non glaciaire.

Comment lutter contre le réchauffement climatique ?
Ce n’est pas notre spécialité. Néanmoins, si l’on souhaite lutter contre le réchauffement climatique, il est urgent de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Une fois qu’on connaît un réchauffement climati­que, à moins d’attendre plus de 1 000 ans, il est impossible de revenir en arrière, bien que des études cherchent à créer des technologies pour cela. Actuellement, même si plus aucu­n gaz à effet de serre n’était émis, le réchauffement climatique se poursui­vrait !

SON PARCOURS

Climatologue et météorologue, directeur de recherches au CNRS, Robert Vautard est spécialiste des phénomènes climatiques extrêmes.

  • 2006 Directeur du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), unité mixte de recherche entre le CNRS, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives et l’université de Versailles St-Quentin.
  • 2011 Responsable d’un programme de recherche au sein de l’Institut Pierre Simon Laplace.
  • 2014 Participe en tant qu’éditeur au cinquième rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), organisme créé par le programme des Nations unies consacré à l’environnement et l’Organisation météorologique mondiale.
  • 2017 Responsable du chapitre sur les conséquences des évolutions régionales du climat dans le sixième rapport du Giec dont la publication est attendue pour 2021.

La FFA, de même que certaines compagnies ont annoncé des mesures pour lutter contre le réchauffement climatique. Qu’en pensez-vous ?
Même si je ne connais pas toutes ces mesu­res, je pense qu’elles vont dans le bon sens. Comme d’autres secteurs, l’assurance a un rôle à jouer. Il est important que chaque secteur, chaque entreprise, chaque person­ne, fasse sa part ! Par ailleurs, le secteur de l’assurance peut agir en s’adaptant mieux, ce qui limiterait l’intensité de ces événements climatiques extrêmes.

C’est-à-dire ?
Après les ouragans de 2017 dans les Caraïbes, par exemple, il est important de reconstruire en tenant compte du fait que les événements climatiques extrêmes seront de plus en plus violents dans les prochaines années. Le calcul des risques ne doit pas reposer seulement sur la base des observations des années passées.

Justement, vous estimez que le réchauffement climatique devrait avoir des conséquences sociales. Pourquoi ?
En général, les populations les plus pauvres sont davantage exposées que les populations les plus riches. Un même événement pourrait détruire de nombreuses habitations sur l’île de Porto Rico alors qu’il ne causerait aucun dégât à la maison du président des États-Unis… Le réchauffement clima­tique va enco­re accentuer les inégalités.

Si tous les pays ayant signé l’accord de Paris sur le climat tiennent leurs engagements, le climat devrait se réchauffer de 3° d’ici 2100 ! Mais selon le scénario le moins optimiste, les 5° pourraient être atteints...

Le Giec (1) vous a confié la responsabilité d’un chapitre de son sixième rapport. Quelle sera sa particularité ?
Pour ce rapport, je coordonnerai le chapitre 12, qui porte sur les conséquences des évolutions régionales du climat. L’objectif de ce rapport est de continuer à apporter des connaissances fondamentales tout en renforçant la partie sur des solutions pouvant être utiles pour des gouver­nements ou des entreprises.

Comment procédez-vous pour effectuer des prévisions ?
Nous utilisons le numérique et le calcul de haute performance pour modéliser des événe­ments climatiques extrêmes puis nous réalisons des simulations sur leur impact. Pour cela, nous tenons compte de leur environnement. Par exemple, la température dans l’atmosphère, le niveau des océans, la végétation... Notre matière première est constituée des relevés météorologiques mais aussi d’autres archi­ves, comme des sédiments marins ou terrestres, des cerneaux d’arbres, des stalactites ou des stalagmites, des calottes glaciaires... Grâce à ces dernières, nous pouvons avoir des données remontant jusqu’à un million d’années alors que, avec les relevés météorologiques, nous avons très peu de données avant 1850.

Vous travaillez parfois au service de compagnies d’assurance. Quelles sont leurs demandes ?
Si des compagnies d’assurance nous sollici­tent pour des formations ou des collaborations, c’est parce qu’elles cherchent à compren­dre le phénomène du changement climatique et surtout ses impacts sur leurs activités. Leur intérêt pour ces sujets se manifeste surtout depuis que la réglementation européenne leur impose d’anticiper les événements pouvant entraîner des pertes financières. Il faut veiller à la poursuite de leur activité qui serait menacée. Même si les compagnies d’assurance calculent leurs primes en fonction des risques de l’année à venir… des événements climatiques extrêmes ou des séries de cat’nat’ pourraient effectivement entraîner de telles pertes financières. Par ailleurs, la question de la respon­sabilité juridique pourrait devenir de plus en plus importante pour le secteur de l’assurance. Aux États-Unis, plusieurs villes ont attaqué en justice cinq grands groupes pétroliers pour leur rôle dans le réchauf­fe­ment climatique.

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