Roland Berthilier (MGEN) : « Il faut bâtir une culture commune au sein de Vyv »

Roland Berthilier (MGEN) : « Il faut bâtir une culture commune au sein de Vyv »
Roland Berthilier Président de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN)

Pilier du géant mutualiste Vyv créé en 2017 avec Harmonie mutuelle, la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN) défend la relation de proximité avec ses adhérents tout en développant des synergies avec Vyv et des relais de croissance hors de son champ historique.

Argus de l'Assurance : Quel premier bilan tirez-vous de l’exercice 2018 ?

Roland Berthilier (MGEN) : Nous devrions être à l’équilibre après un exercice 2017 déficitaire. En 2018, sous l’effet de l’arrivée de nouveaux adhérents et de la hausse de cotisation décidée après une pause en 2017, nous avons engrangé plus de 20 M€ de cotisations de plus que prévu au budget. Par contre, nous avons constaté en parallèle une évolution générale des dépenses de santé et de certains postes, dont la médecine de ville, le dentaire et l’hospitalisation pour les plus significatifs, avec un taux de redistribution toujours supérieur à 90 %. Nous avons également dû faire face à un contexte boursier très difficile en fin d’année, ce qui a rendu plus délicate l’utilisation des plus-values latentes pour équilibrer notre résultat. Mais 2018 sera une année d’équilibre. Équilibre également prévu en 2019, notamment par une indexation tarifaire permettant de couvrir l’évolution prévisible des coûts prestataires.

Avez-vous ressenti une concurrence accrue suite au référencement à l’Éducation nationale ?

Sur le référencement à l’Éducation nationale, nous avons peu rencontré la concurrence lors de la dernière rentrée scolaire. C’est normal pour la CNP, qui propose une offre 100 % digitale et que nous avions donc peu de chances de croiser dans les établissements scolaires ou universitaires. En ce qui concerne Intériale, je pense que cette mutuelle n’a pas mesuré la dimension du champ de ce ministère et qu’elle était déjà fort occupée par son champ historique auquel elle a ajouté, grâce aux nouveaux référencements, la Défense, la Justice et l’Éducation nationale. Ce n’est donc pas Intériale que nous avons vu lors de la rentrée, mais une mutuelle déjà présente sur notre champ depuis plus de 25 ans (NDLR : Mage). L’impact de cette nouvelle concurrence n’a donc pas eu d’effet concret. Mieux, nous avons fait des résultats de souscription supérieurs aux années passées. Nous n’avons pas connu non plus de départs directement liés à ce référencement. Ceci dit, nous restons mobilisés, le référencement dure sept ans.

Et quel est l’impact du référencement de la MGEN hors de l’Éducation nationale ?

Au ministère des Affaires étrangères, la Mutuelle des Affaires étrangères et européennes (MAEE) a été référencée en santé avec la MGEN en prévoyance. C’est une reconduction de la période précédente. Sur les ministères sociaux (Solidarités-Santé et Travail), il est trop tôt pour donner des chiffres. Quant aux ministères de la Transition écologique et Solidaire et de la Cohésion des territoires, notre référencement s’inscrit dans la continuité des engagements pris par la Mutuelle générale Environ­ne­ment & Terri­toires (NDLR : MGET, aujourd’hui fusionnée dans la MGEN). La MGEN est désormais référencée auprès de dix ministères.

Quelles sont vos attentes en matière de protection sociale complémentaire des fonctionnaires ?

Un rapport sur le sujet, qui devait être piloté par les services du secrétaire d’État Olivier Dussopt, semble aujourd’hui bloqué. Mais je relève qu’il y a une forte disparité entre les entreprises et la Fonction publique. D’un côté, l’État oblige les entreprises à parti­ciper à 50 % au minimum de la couverture santé de ses salariés, et de l’autre, il fixe un cahier des charges mais ne contribue pratiquement pas financièrement (moins de 0,2 % à l’Éducation nationale). Et ce cahier des charges est parfois éloigné de ce que les mutuelles ont mis en place. Nous n’avons jamais compris pourquoi il excluait la dépendance, que nous proposions en inclusion à l’ensemble de la population de l’Éducation nationale. Sans doute faut-il trouver l’explication au sein des cabinets qui accompagnent les ministères dans la rédaction des cahiers des charges. Ils sont davantage habitués à travailler sur du collectif obligatoire, alors que le référencement porte sur du collectif à adhésion individuelle et facultative. Cela change un peu la donne et déstabilise les offres proposées auparavant. C’est dommage, car le prix devient le premier critère, au détriment des solidarités mises en place depuis plus de 70 ans.

Faudrait-il un ANI de la Fonction publique ?

Dans la situation actuelle de notre pays, je n’y crois pas. L’employeur n’a pas la capacité à financer cette protection sociale (aujourd’hui, l’Éducation nationale consacre 1 à 2 € par an et par agent). Cet argent serait plus utile pour développer de l’action sociale ou de l’accompa­gnement de la santé au travail.

SON PARCOURS

Devenu instituteur en 1976, Roland Berthilier s’est engagé en mutualité sept ans plus tard en intégrant le comité de section MGEN du Rhône en 1983.

  • 1995 Élu administrateur de la MGEN
  • 1999 Entrée au bureau national
  • 2005 Secrétaire général de la MGEN, puis vice-président huit ans plus tard
  • 2017 Élu président de la MGEN, il est aussi personnalité associée en CESE et membre du bureau d’ESS France

Commencez-vous à exploiter des synergies au sein de Vyv ?

La constitution du groupe a enclenché une dynamique. Sur certaines collectivités territoriales, la MGEN et la Mutuelle nationale territoriale (MNT) ont remporté de nouveaux appels d’offres. Nous répondons aussi à des appels d’offres des conseils régionaux qui participent à la protection sociale des étudiants. En région Paca, l’offre MGEN Oji a été retenue dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt. Si un étudiant souscrit à l’offre MGEN, il reçoit une participation du Conseil régional qui représente près de la moitié de sa cotisation. Nous réfléchissons également à notre présence sur la fonction publique hospitalière, dans le prolongement de notre présence historique sur le champ de l’hospitalo-universitaire. Plus de la moitié des agents ne sont pas couverts par une mutuelle aujourd’hui et nous ne pouvons laisser ce terrain aux seuls assureurs. Je pense qu’il y a aussi un potentiel de développement sur le secteur associatif et, plus largement, sur le champ de l’économie sociale et solidaire (ESS). Un autre sujet important concerne le multi-équipement de nos adhérents, avec les produits épargne et retraite que nous sommes en train de mettre en place avec nos partenaires que sont la Carac, l’UMR, Mutex et Parnasse Maif. Vyv Care nous apporte également un meilleur maillage territorial sur les activités de livre 3 (NDLR : centres de santé, dentaire, cliniques, Ehpad…).

Comment la MGEN, parfois considérée comme la gardienne du temple des valeurs mutualistes, pourra-t-elle préserver ses spécificités au sein de Vyv ?

Il faut bâtir ensemble une culture commune. Ce que je défends le plus, c’est la proximité avec les adhérents. J’ai envie de dire que nous avons presque un représentant dans chaque salle des profs. Nous avons 15 000 correspondants dans les établissements scolaires, ce sont des relais, qui peuvent apporter des premiers éclairages ou mettre l’adhérent en relation avec sa mutuelle. Cette relation de pair à pair constitue notre marque de fabrique. Ce n’est pas parce que le digital permet de poser une question à sa mutuelle à quatre heures du matin qu’on n’a pas besoin d’une relation de proximité, bien au contraire. Nous voulons la renforcer. En santé, nous ne croyons pas aux solutions 100 % digital. La relation humaine est essentielle quand il s’agit de préserver son capital santé ou d’être accompagné face à certaines pathologies lourdes.

Autre spécificité de la MGEN, la gestion du régime obligatoire (RO) d’assurance maladie. Vous êtes les derniers à la conserver intégralement en propre. Ce modèle est-il tenable, au vu de la baisse des remises de gestion ?

Les remises de gestion diminuent parce que le budget de la Sécurité sociale baisse. À nous de nous adapter, comme l’Assurance maladie (Cnam) le fait. La dématérialisation, les nouvelles technologies doivent nous permettre en grande partie de compenser ce manque à gagner. Il nous faut aussi trouver des simplifications administratives avec l’Assurance maladie. Je ne dis pas que tout est gravé dans le marbre, mais aujourd’hui je ne vois pas de raison objective de remettre en cause la gestion du RO des fonctionnaires qui nous est confiée par la loi.

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