[DOSSIER] #Spécial digital 4/16

#Spécial digital - Joëlle Durieux (Finance Innovation) : «L'assurance est le secteur le plus à la pointe»

#Spécial digital - Joëlle Durieux (Finance Innovation) : «L'assurance est le secteur le plus à la pointe»
Joëlle Durieux Directrice générale de Finance Innovation

Fraîchement imprimé, le livre blanc du pôle de compétitivité Finance Innovation dépeint les enjeux liés à l’innovation et à la transformation numérique du secteur de l’assurance. Joëlle Durieux compte s’en servir comme une arme de création massive de projets.

Vous venez d’achever l’impression du livre blanc sur la transformation digitale dans l’assurance. Pourquoi avoir écrit ce recueil ?

Les assureurs sont membres fondateurs de Finance Innovation. La filière assurance du pôle est dirigée par un comité de pilotage qui coordonne l’activité d’un écosystème de start-up, d’entreprises, de laboratoires de recherche et de formations académiques dans le but de faire émerger les projets les plus innovants. Le Comité a voulu un livre blanc pour illustrer le champ des possibles de l’assurance de demain. Des professionnels du secteur y ont contribué, mais aussi des entreprises extérieures spécialisées dans le digital. Car l’innovation est le produit de la confrontation de différentes approches.

SON PARCOURS

Diplômée de l’école de management Sup de Co de Bordeaux et titulaire d’un diplôme d’études de comptabilité supérieur.
  • 1981 Expert-comptable, commissaire aux comptes et chargée d’audit chez Vincent Gayet et associés, puis KPMG et à la direction financière du Crédit lyonnais.
  • 1990 Directrice financière de HSBC Assurances (ex Erisa).
  • 1998 Directrice générale de HSBC Assurances.
  • 2005 Directrice générale de la mutuelle d’épargne et de retraite La France mutualiste.
  • 2007 Secrétaire générale puis directeur général adjoint du pôle de compétitivité mondial Finance Innovation.
  • Depuis 2015 Directrice générale de Finance Innovation.

Est-ce une feuille de route ?

Notre rôle n’est pas d’expliquer ce que seront les stratégies des assureurs demain. Ils en sont les seuls dépositaires et savent où ils ont envie d’aller. Le livre blanc donne plutôt une grille d’analyse et définit 30 domaines d’innovation prioritaires qui doivent nous permettre de lancer des appels à projets que nous labelliserons. Cet ouvrage permet aussi à l’état et aux collectivités locales de disposer d’une roadmap de l’innovation dans le secteur et ainsi de mieux orienter le financement public vers les projets innovants les plus créateurs d’emplois.

500 projets ont déjà été accompagnés par Finance Innovation, 200 labellisés, 105 présentés à l’état et 41 financés. Combien concernent l’assurance ?

Plus de 30% des projets labellisés concernent des assureurs. C’est le secteur le plus actif sur les six filières de notre pôle (ndlr : banque, assurance, gestion d’actifs, immobilier, métiers du chiffre et du conseil et économie sociale et solidaire). Des projets collaboratifs et de recherche avec la création de consortium se sont développés, notamment autour des thèmes de la santé, de la dépendance, du bien vieillir, de la distribution, du big data et du risque.

Quel est le montant de la subvention accordée par l’état et les collectivités locales à ces projets ?

Le ticket moyen est de 1,3 million d’euros. Cette somme irrigue essentiellement les travaux de recherche menés par des TPE, PME, start-up et académiques. Les assureurs ne font pas la course aux subventions. Ils sont les pilotes ou partenaires testeurs des solutions proposées.

Quelle a été l’innovation la plus marquante ?

Inspeer.me, le premier site d’assurance collaborative qui s’inscrit comme le pendant français de l’Allemand Friendsurance. Cette solution de crowdinsuring, mise en ligne en février dernier, et que nous avons labellisée le 26 mai, permet à ses utilisateurs de mutualiser la franchise de leurs assurances dommages avec des proches. Je souhaite aussi citer Amisure, un projet R&D collaboratif, sur la partie services à la personne avec la Macif, et Trialog, une PME industrielle, qui agrège les données entre les médecins, la famille et les personnes dépendantes pour mieux cibler les offres. Cette solution est emblématique de l’apport du big data, de la robotique et des objets connectés.

« Le livre blanc définit 30 domaines d’innovation prioritaires qui doivent nous permettre de lancer des appels à projets que nous labelliserons. »

 

Quel regard les grands groupes d’assurance, en pleine transformation numérique, portent-ils vraiment sur les start-up ?

Ils encouragent leur créativité. C’est un changement de culture indispensable pour maintenir leur compétitivité. Ils découvrent parfois des scénarios de science-fiction sur l’assurance du futur, qui constituent en réalité de nouvelles opportunités. Pour tout dire, ce livre blanc s’adresse moins aux sociétés d’assurance qu’aux start-up pour qu’elles orientent leur créativité vers ce secteur. Nous voulons travailler de façon plus rapprochée avec les grands groupes pour qu’ils organisent la vitalité de leur propre écosystème en aidant ces jeunes pousses à grandir à leur côté.

Y-a-t-il des verrous ?

Plutôt des différences culturelles de rapport au temps. La start-up est dans l’urgence et la réactivité, le grand groupe d’assurance est dans l’aversion au risque et a des process qui peuvent être jugés longs par les start-up. La problématique, c’est de faire travailler ensemble ces deux univers très différents. Par exemple, dans le big data, la culture de la direc­tion des systèmes d’information, est totalement autre que celle des start-up. Idem pour la direction des achats.

Les start-up aspirent-elles à vendre leur solution plusieurs millions d’euros aux compagnies d’assurance ?

Le mythe de la start-up qui « fait la bascule » existe peu. Le taux d’échec étant de 90%, tous secteurs confondus, la mission du pôle consiste, au contraire, à encourager le développement des start-up vers la création de PME, puis des entreprises de taille intermé­diaire et faire appel aux marchés. In fine, ces structures, épaulées par les assureurs et les investisseurs privés, vont surtout créer de l’emploi en France. Et nous pourrons bientôt en quantifier le nombre. Les start-up ouvrent, ainsi, le champ des possibles aux assureurs. à titre d’exemple, je pense à la TPE Shift Techno­logy spécialisée dans le big data au service de la détection de fraude. Elle permet aux assureurs de faire travailler leurs bases de données en interne ainsi que celles de leurs courtiers pour détecter les fraudeurs et les personnes qui, au sein d’une même compa­gnie d’assurance, déclarent plusieurs fois un sinistre et ouvrent plusieurs polices d’assurance au même nom sans que cela ne soit détecté à cause de la décentralisation et la non inter-opérabilité des bases de données entre elles au sein d’un même groupe d’assuran­ce.

Dans ce champ des possibles de l’assurance, jusqu’où peut-on aller ?

La notion d’acceptabilité sociale est un vrai garde-fou. Les assureurs pourraient hyper-segmenter leur clientèle, mais ils ne le souhaitent pas, cela irait contre la logique même de mutualisation des risques des assureurs. Ils n’ont pas non plus envie de devenir des « big brothers » de la santé. Et on ne vendra pas à un consommateur un produit dont il ne veut pas !

« Je ne crois pas à un renversement des acteurs en place car la réglementation française est très protectrice et le métier complexe. »

Comment expliquer, justement, le faible essor du e-commerce dans l’assurance qui dépasse à peine 5% des ventes ?

Ce n’est pas encore entré dans les mœurs, mais le recours à des outils digitaux et notamment à des comparateurs est courant. La souscription en ligne se cantonne à des produits standardisés. Toutefois, nous avons au pôle des projets de qualité comme celui de BPSIS qui a digitalisé le process complexe de l’assurance emprunteur. Un autre projet, Wizzas, est un nouveau service d’intermédiation d’assurance en achat groupé sur Internet. Il permet de composer son contrat d’assurance à la carte, tout en bénéficiant d’une garantie et de coûts réduits grâce à une négociation groupée.

Pensez-vous, comme Axelle Lemaire, la secrétaire d’état chargée du Numérique, que : « Contrairement à la désintermédiation annoncée, le marché de l’assurance fait face à une ré-intermédiation, car avec le digital, les contacts se font plus immédiats voire constants » ?

Absolument ! Amazon, Google ou Apple via iTunes « intermédient ». Ils sont les portes d’entrées uniques et simples du consommateur dans un monde où l’offre est multiple et éclatée. Dans l’assurance, le point d’entrée, autrefois, c’était le sinistre. Aujourd’hui, les nombreux projets de vie personnels et professionnels invitent le consommateur à multiplier les contacts avec son assureur qui doit mieux le connaître et l’accompagner en continu.

Ce que les assureurs ne feront pas, d’autres pourraient le faire à leur place. Les positions établies des grands groupes pourraient-elles être balayées par l’effet conjugué de l’innovation et du digital ?

Je ne crois pas à un renversement des acteurs en place car la réglementation française est très protectrice et le métier complexe. De nombreux outils fleurissent pour aider les grands groupes d’assurance à mieux mesurer les risques, mais le métier même du risque ne s’improvise pas. Gérer les aléas n’est pas donné à la première start-up venue, ni aux géants comme Google, Apple, Facebook et Amazon. Ceux qui se lancent à la faveur du digital auront du mal à exercer le métier de l’assureur.

A ce propos, comment interpréter l’échec de Google qui, l’an dernier, lançait son comparateur d’assurance, pour le retirer 3 mois après du marché français ?

Le tout digital ne marche pas forcément de façon systématique. L’innovation, ce sont des outils et des systèmes qui se doivent d’être au service d’une amélioration de la chaîne de valeur. Le digital ne chamboulera pas les valeurs intrinsèques de l’assurance : l’âme mutualiste ne s’achète pas.

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