Yanick Philippon (Generali France) : « Generali Vitality exige beaucoup d'énergie »

Yanick Philippon (Generali France) : « Generali Vitality exige beaucoup d'énergie »

Les résultats affichés pour 2017 en santé confirment la stratégie gagnante de Generali sur l’ANI. Mais la compagnie reconnaît une mise en œuvre plus longue que prévu pour son programme phare à destination des salariés.

Argus de l'Assurance : Comment a évolué votre chiffre d’affaires santé en 2017 ?

Yanick Philippon (Generali France) : Au global, l’année s’est présentée sous de bons auspices avec une progres­sion de 5,6 % de notre chiffre d’affaires santé. La croissance a été forte en collective, notamment sous l’effet des dernières mises en conformité avec l’ANI, la généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés. Notre chiffre d’affaires est en hausse de plus de 22 % sur le segment des entreprises de 1 à 20 salariés et de près de 7 % au-delà. En santé individuelle, l’érosion a été bien moins importante que ce que l’on avait pu envisager. La progression est de 6 % dans le cadre de nos partenariats de distribution, notamment avec le courtage, et on observe un recul pour le réseau agent, plus mobilisé sur la collective et les travail­leurs non-salariés (TNS), ainsi que le réseau salarié, repositionné sur les seniors et TNS.

Vous aviez déjà enregistré de bons résultats en 2016. Comment expliquez-vous cette performance ?

L’ANI correspondait à une phase d’équipement, et donc à une démarche commerciale résolument différente. Nous l’avons analysée comme une fenêtre d’opportunité de trois à quatre ans où il était important de bien se positionner. Aujourd’hui, les TPE-PME sont large­ment équipées et sont peu enclines à changer d’opérateur dans l’immédiat. Pour nos réseaux agents et salariés, comme pour nos partenariats avec les courtiers, la majeure partie des réalisations provient d’un travail de multiéquipement auprès de nos clients IARD. On le voit avec d’autres familles de complé­mentaires, sur l’ANI, ce sont les réseaux qui ont fait la différence !

L’ANI a-t-il modifié vos pratiques ?

L’ANI a eu pour effet d’amener des réseaux – agents, salariés, courtage généraliste – peu appétents à la collec­tive à découvrir une nouvelle activité. Les agents généraux, historiquement positionnés sur l’IARD, se développent sur le petit collectif et les TNS. Et on voit, par exemple, les courtiers généralistes se positionner sur le segment des entreprises de 20 à 300 salariés, d’où les bons résultats sur ce segment.

Quel bilan tirez-vous du programme Generali Vitality ?

Ce programme lancé commercialement en janvier 2017 exige beaucoup d’énergie. D’une part, le proces­sus de mise en place est beaucoup plus long qu’attendu du fait de la sensibilité à l’utilisation des données de santé. Nous avions travaillé avec notre partenaire sud-africain Discovery sur le ressenti des salariés, mais il s’agissait essentiellement de pays anglo-saxons, où le degré de sensibilité est moindre qu’ici.

Une fois la prévente conclue, il est donc nécessaire, avant de déployer le program­me dans l’entreprise, d’expli­quer, de rassurer sur l’usage et l’accès aux données. Dans certains cas, ce travail de pédagogie peut prendre près d’une année.

Deuxième point, le succès du programme exige un véritable engagement de l’employeur. Ce qui passe par la création d’un environnement propice à la santé des salariés. C’est pourquoi nous organisons des journées de sensibilisation et d’infor­mation, en faisant venir, par exemple, des partenaires dans le domaine de la nutrition.

Generali Vitality reste-t-il un programme important malgré ces difficultés ? Et combien d’entreprises y ont adhéré ?

Oui, Generali Vitality incarne notre volonté de proposer autre chose que des garanties de santé à nos clients, et c’est aussi l’occasion d’avoir une relation différente avec les salariés des entreprises. Nous constatons qu’entre 5 et 10 % des salariés adhèrent spontanément au program­me dès le départ et que ce taux atteint près de 20 % au bout d’un an. Désormais, environ 2 200 entreprises ont exprimé leur accord pour entrer dans le programme, sans forcément démarrer les discussions avec leurs représentants du personnel, et quelque 4 000 salariés l’ont activé.

Proposez-vous des services de téléconsultation ou d’autres services ?

Nous travaillons à la téléconsultation avec nos partenaires d’Europ Assistance. Ce service répond à un besoin au regard de la problématique des déserts médicaux : nous avons des assurés qui vivent dans des zones où l’accès aux médecins n’est pas aisé. La téléconsultation peut aussi simplifier la vie dans certains cas, lorsqu’il n’y a pas forcément besoin d’aller consulter son médecin traitant. Nous sommes convaincus qu’elle a toute sa place, malgré l’opposition des professions médicales à l’égard des plateformes des organismes complémentaires. Nous réfléchissons également à la manière de mieux accompagner les assurés dans le parcours de soins, en particulier en ce qui concerne le dépistage des maladies chroniques.

N’y a-t-il pas un effet de mode sur la téléconsultation ? Et l’opposition des professionnels de santé n’est-elle pas dommageable ?

La téléconsultation est une bonne idée qui va mettre du temps à s’installer. Nous avons connu la même situation avec les réseaux de soins. Les premiers réseaux ont été créés dans les années 1990 et ils ne sont arrivés à leur pleine efficacité qu’une dizaine d’années plus tard. Les professionnels de santé libéraux, ont, à tort, la conviction que nous voulons faire leur métier à leur place. Peut-être ne sommes-nous pas suffisamment clairs dans notre communication. Notre vocation n’est pas d’exercer la médecine mais d’inciter nos clients à un suivi médical plus régulier et davantage préventif. Je pense que nous verrons progressivement les médecins s’ouvrir à de telles collaborations.

Comment percevez-vous les discussions actuelles sur le reste à charge zéro et les autres réformes qui touchent votre secteur ?

Sur le fond, nous ne pouvons que partager l’ambition des pouvoirs publics de diminuer les restes à charge pour les assurés. Mais ce qui nous interpelle, c’est la méthode choisie pour y arriver, qui semble privi­légier des prix administrés. L’instauration de tarifs plafond n’est pas la meilleure réponse, car il s’agit d’une approche presque exclusivement quantitative. Avoir un RAC 0 n’exclut pas la volonté de fournir un équipement de qualité. Nos réseaux de soins, au moins en optique et dans une moindre mesure en audioprothèse, ainsi que demain peut-être en dentaire, auraient apporté des réponses plus efficaces. De plus, ces prix limites de vente risquent d’être intégrés au cahier des charges des contrats responsables. Cela signifie que nous repartons dans une vague d’adaptation de nos contrats, qui demande un travail considérable.

Cette réforme pourrait-elle déboucher sur des transferts de charges pour les complémentaires ?

Les craintes sont réelles au regard du raisonnement des pouvoirs publics. Selon le ministère de la Santé et la direction de la Sécurité sociale, les économies réalisées sur l’optique devraient couvrir les dépenses supplémentaires en audioprothèse et en dentaire. Nous sommes très dubitatifs sur la réalité de cet équilibre, et tout particulièrement au regard du coût du RAC 0 en dentaire.

Le débat est aussi relancé sur la lisibilité des garanties des complémentaires santé. Pouvez-vous faire mieux ?

Nous partageons le constat et nous avons fait des propositions commu­nes avec la Mutualité française et le CTip concernant le résumé de garanties pour les entreprises et les assurés, en le complétant par des exemples. Mais il ne faut pas oublier une chose : nous sommes assureurs complémentaires. Si nous pouvons porter des améliorations, les assurés ne les percevront que si le même travail de lisibilité est accompli sur les remboursements du régime de base de l’Assurance maladie.

Son parcours


Originaire de Chablis, Yanick Philippon est diplômé de Sciences Po Paris, de l’ENA et du Centre des hautes études de l’assurance (CHEA).

  • 1987 Administrateur civil à la Caisse des dépôts et à CNP Assurances
  • 1999 Directeur technique et juridique, membre du comité exécutif du groupe AG2R
  • 2005 Directeur assurances de personnes et membre du directoire de Siaci
  • 2007 Directeur prévoyance santé de Mercer
  • 2010 Directeur des assurances collectives de Generali France
  • 2014 Directeur de l’univers clients entreprises collectives, membre du comité exécutif de Generali France
  • 2018 Directeur du marché de la protection sociale des entreprises, membre du comité exécutif de Generali France

 

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