Interview d'Emmanuel Clarke, directeur général de Partner Global : « Nos résultats reflètent la volatilité observée sur les marchés »

Interview d'Emmanuel Clarke, directeur général de Partner Global : « Nos résultats reflètent la volatilité observée sur les marchés »
Acteur majeur de la réassurance des catastrophes naturelles et des risques industriels, Partner Re, en perte de 682,8 M$ au premier semestre, traverse une période délicate due à l'envolée de la sinistralité. Sauf événement majeur au second semestre, Emmanuel Clarke n'envisage pas de retournement important du cycle pour 2012.

PartnerRe a enregistré une perte de 807 M$ au premier trimestre 2011. Comment s'est déroulé le deuxième trimestre ?

Il y a eu moins d'événements au second trimestre qu'au premier, qui a été extrêmement difficile pour toute l'industrie ; les réassureurs ont perdu en moyenne entre 7 et 15% de leur capital. PartnerRe se trouve plutôt dans le haut de cette fourchette, car nous sommes notamment très présents au Japon et en Australie. Ceci dit, en termes d'impact sur le capital, le premier trimestre 2011 n'est que le troisième plus élevé dans l'histoire de PartnerRe, après les attentats du World Trade Center en 2001 et les ouragans Katrina et Rita aux États-Unis en 2005. Il est normal, pour un réassureur de notre taille, d'enregistrer des résultats négatifs lorsque de tels événements surviennent ; on ne peut juger de la performance des réassureurs que sur une période assez longue. C'est justement notre métier de générer suffisamment de bénéfices sur une période plus longue pour pouvoir absorber ces chocs et rester profitables.

Mais l'exercice 2010 n'avait-il pas déjà été en demi-teinte...

Et, c'est vrai, l'année 2010 avait déjà été un peu compliquée pour le marché. L'an passé, PartnerRe a enregistré des résultats conformes à la période traversée, marquée par une accélération de la sinistralité en événements naturels comme des grands risques, par des marges en termes de réassurance qui ont continué de s'éroder, par des revenus d'investissements qui sont en berne depuis un moment et un environnement économique qui ne laisse pas beaucoup de place à la croissance, notamment dans les pays matures d'Europe occidentale et en Amérique du Nord. Dans cet environnement, nos résultats ont reflété la volatilité observée sur les marchés, mais aussi celle que PartnerRe assume pour ses clients. PartnerRe étant un acteur majeur de la réassurance des catastrophes naturelles et des grands risques industriels, et étant très diversifié géographiquement, il est normal que nos résultats reflètent cette volatilité. Avec un ratio combiné à 95% et un retour sur capital à 11,5%, nos résultats pour l'année 2010 sont tout à fait honorables, malgré un environnement difficile.

" NOTRE AUGMENTATION DE CAPITAL PERMET DE DIVERSIFIER NOS SOURCES DE CAPITAUX ET D'AUGMENTER, DE CE FAIT, NOTRE FLEXIBILITÉ FINANCIÈRE. "

En juin, PartnerRe a procédé à une augmentation de capital de 325 M$. Était-ce pour « renflouer la caisse » ?

Nous avons eu l'opportunité d'accéder aux marchés de capitaux avec des taux intéressants, qui nous permettaient de faire diminuer, au global, notre coût du capital : notre objectif est de délivrer du 13% de retour sur capital sur le cycle ; il est donc positif d'emprunter un capital à un taux légèrement supérieur à 7%. Cela nous permet aussi de diversifier nos sources de capitaux et d'augmenter, de ce fait, notre flexibilité financière. Cela n'a rien à voir avec un renflouement, car nos fonds propres, après les événements du premier trimestre, se situent à 7,4 Md$, ce qui est largement suffisant pour assumer tous les risques que nous prenons.

Ces résultats vous ont-ils amenés à modifier votre politique de souscription, lors des renouvellements pour 2011 ?

Au 1er janvier 2011, le marché a continué à montrer des signes de lente érosion des marges dans la plupart des branches (hormis celles qui ont connu une forte sinistralité, comme l'énergie offshore). Chez PartnerRe, nous continuons de faire ce que nous avons toujours fait : gérer le cycle. Pour nous, il ne s'agit pas d'une période où la croissance est prioritaire. PartnerRe a ainsi enregistré un recul au 1er janvier 2011, mais qui est aussi le résultat de la combinaison des portefeuilles de PartnerRe et de Paris Re, puisque nous avons fusionné la souscription des deux portefeuilles sur la période allant du 1er juillet 2010 au 30 juin 2011. Il s'agissait donc, au 1er janvier 2011, du principal renouvellement des deux portefeuilles, et nous avons dû gérer les accumulations entre les deux sociétés, dans un environnement de marché qui était moins attractif que précédemment. Il y a effectivement un certain nombre de branches où nous avons accepté moins de risques qu'auparavant.

Quelle était la part de doublons entre les portefeuilles de PartnerRe et de Paris Re ?

Le chevauchement des affaires PartnerRe-Paris Re était de l'ordre de 20%.

Concrètement, entre vos décisions de ne pas renouveler certains traités et les doublons entre les portefeuilles de PartnerRe et de Paris Re, à combien s'est élevée la contraction du volume de primes ?

Nous renouvelons un peu plus de la moitié de nos affaires « traités » en janvier. Au 1er janvier 2011, les décisions de souscription que nous avons prises ont conduit le portefeuille à se contracter de 16 %. Cette contraction s'est opérée tout en privilégiant le maintien de notre profitabilité technique, malgré la sensible détérioration des conditions de marché, et ceci grâce à la rétention des affaires les plus attractives. La proportion d'affaires de Paris Re que nous n'avons pas pu renouveler malgré notre souhait de le faire est marginale.

 

" LA PROPORTION D'AFFAIRES DE PARIS RE QUE NOUS N'AVONS PAS PU RENOUVELER MALGRÉ NOTRE SOUHAIT DE LE FAIRE EST MARGINALE. "

 

Qu'ont donné les renouvellements d'avril en Asie ?

En avril, on renouvelle les portefeuilles japonais et coréens ; les renouvellements avaient commencé avant le tremblement de terre japonais, ont continué pendant et ont fini après ! Le résultat est un peu contrasté, et n'est pas suffisamment représentatif du marché, notamment pour la partie japonaise : certains clients ont préféré renégocier leur contrat avant le 1er avril pour sécuriser la capacité qui était disponible, même s'ils n'avaient pas toutes les informations sur le sinistre ; d'autres ont choisi de demander une extension à leur contrat pour deux ou trois mois. Finalement, beaucoup de renouvellements de contrats japonais se sont déroulés après le 1er avril.

Et ceux du 1er juillet aux États-Unis ?

Il s'agit d'une date importante dans l'année, car nous renouvelons beaucoup d'affaires aux États-Unis, notamment en catastrophes naturelles. Nous avons poussé pour une hausse des prix, et enregistré une augmentation entre 5 et 10% des prix des contrats sur lesquels PartnerRe est présent. Sur les autres branches, en excluant tous les traités qui ont été affectés par des sinistres, notre approche a été d'arrêter l'érosion des taux de primes, donc d'offrir un renouvellement à l'identique pour nos meilleurs clients. Au final, nous avons enregistré une stabilisation du marché hors catastrophes naturelles. Pour le 1er janvier 2012, nous nous orientons vers cette perspective-là, même s'il est encore trop tôt pour réellement décider, car beaucoup d'événements peuvent encore survenir d'ici à la fin de l'année. Que se passera-t-il si la saison des ouragans outre-Atlantique est très active ? Plusieurs points restent donc en suspens, car les événements qui ont touché l'industrie jusqu'à présent n'ont pas été des capital events [NDLR : événements remettant en cause le niveau de capital des acteurs] ; ils ont réduit l'excès de capital sur le marché, mais l'offre reste globalement supérieure à la demande. Cependant, un événement supplémentaire important, notamment un ouragan Nord-Atlantique, pourrait modifier cette donne. En l'absence d'événement majeur, nous nous attendons à une hausse raisonnable sur la partie catastrophes naturelles et une stabilisation du reste.

Donc, pas d'évolution importante à prévoir dans votre politique de souscription pour 2012 ?

Non. Nous continuons de percevoir les conditions de marché comme en deçà du point d'équilibre technique, ne nous incitant pas à déployer toute notre capacité dans certaines branches. Néanmoins, notre appétit de risque demeure important dans certaines de nos branches de spécialités, en assurance-crédit par exemple, après avoir traversé une période difficile en 2008-2009. Depuis, la situation s'est considérablement améliorée, et c'est un secteur où PartnerRe continue de donner une capacité significative à ses clients. Nous sommes également présents de façon significative dans l'énergie offshore, où l'on constate une hausse continue des taux à la suite des sinistres importants de 2010 et de 2011.

Comment l'intégration de Paris Re s'est-elle passée courant 2010 ?

L'intégration de Paris Re s'est très bien passée, car elle a été très bien préparée. De plus, il y avait une homogénéité naturelle de culture du risque entre les équipes. Paris Re était d'une taille suffisamment importante pour que cette opération compte dans notre évolution ainsi que sur le marché, tout en étant de taille suffisamment raisonnable pour être intégrée relativement facilement. Mais nous étions déjà présents à Paris de façon significative ; cette opération constitue donc la consolidation d'une base d'employés importante, dans un environnement parfaitement familier. Ceci est maintenant derrière nous. Il était également primordial de gérer les relations clients. Au 1er juillet 2010, nous avions déjà une organisation PartnerRe-Paris Re, et une politique de souscription unique, avec des messages clairs à donner au marché avant Monte-Carlo sur la continuité, ou non, de certaines affaires. Le non-renouvellement de certaines d'entre elles a été une exception plus que la règle, dictée par des besoins d'équilibre de portefeuille et de gestion des cumuls.

" NOTRE APPÉTIT DE RISQUE DEMEURE IMPORTANT DANS CERTAINES DE NOS BRANCHES DE SPÉCIALITÉS, COMME L'ASSURANCE-CRÉDIT OU L'ÉNERGIE OFFSHORE. "

Tous les collaborateurs de Paris Re ont-ils maintenant intégré les locaux de PartnerRe ?

Oui, les équipes sont fusionnées et travaillent ensemble. Nous n'avons pas encore eu la possibilité de réunir tous les collaborateurs sur un même site, mais, fin 2012, ce sera chose faite. Cette acquisition nous a apporté beaucoup : un bilan plus fort, donc encore plus résistant face aux chocs, et un complément de notre gamme de produits, en particulier dans le secteur des facultatives, puisque nous avons pu, grâce à l'arrivée de Paris Re, monter une nouvelle unité très présente sur le marché avec une taille très significative. Cette opération a aussi complété notre présence tant géographique - sur les marchés émergents, par exemple - que par produits - dans des branches comme l'agriculture ou le crédit.

Combien de collaborateurs compte aujourd'hui PartnerRe/Paris Re ; qu'a donné le plan de départs volontaires ?

Sur environ 1 400 employés dans le monde, nous sommes aujourd'hui près de 400 personnes à Paris, après un plan de départs d'environ 140 personnes. Nous sommes satisfaits d'avoir pu limiter ce plan à des départs volontaires uniquement, lesquels s'étalent entre 2010 et 2012. Ce plan s'est fait dans un excellent climat social, parce que les conditions étaient généreuses.

SON PARCOURS

Emmanuel Clarke est responsable de toutes les opérations non-vie de PartnerRe Global, et membre du comité exécutif du groupe PartnerRe.

1997 Il rejoint PartnerRe dans le cadre de l'acquisition par le bermudien de la SAFR (filiale de réassurance des AGF).

2001 Nommé responsable crédit et caution, PartnerRe Global.

2002 Devient également adjoint du département lignes spécialisées.

2006 Nommé responsable P&C.

2008 Responsable des lignes spécialisées.

Septembre 2010 Nommé directeur général de PartnerRe Global.

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