Interview de Christian Mumenthaler, CEO réassurance de Swiss Re : « La crise dans la zone euro est extrêmement dangereuse »

Interview de Christian Mumenthaler, CEO réassurance de Swiss Re :  « La crise dans la zone euro est extrêmement dangereuse »

Swiss Re fait partie des réassureurs qui s'en sont le mieux sortis en 2011, après, il faut le préciser, une cure d'austérité liée à ses difficultés en 2008. Plus que jamais, le groupe soigne sa rentabilité et reste prudent, dans un environnement économique et financier qui reste incertain.

Après une année 2011 marquée par la crise financière et une sinistralité très forte, comment entrevoyez-vous 2012 ? Craignez-vous des événements naturels de grande ampleur, notamment des ouragans aux États-Unis, alors qu'Isaac a marqué la fin août ?

Pour l'instant, la sinistralité est bonne. Les ouragans ne constituent pas le risque principal pour le futur. Les événements naturels coûtent souvent cher sur le moment, mais après, la hausse des prix permet de compenser les pertes. La situation sur les marchés financiers nous inquiète davantage.

 

Quel est le principal risque aujourd'hui ?

La crise dans la zone euro. On peut essayer de sauver la situation mois après mois, mais rien n'est encore résolu. Or, selon moi, il n'existe que deux solutions. La désintégration de la zone, qui serait extrêmement grave et déstabiliserait définitivement les marchés. Ou une vraie intégration européenne, possible techniquement, mais qui s'accompagnerait d'une certaine perte de souveraineté pour les États et probablement d'une harmonisation des systèmes sociaux. Il me semble, par exemple, impossible de conserver de tels écarts entre les âges de départ à la retraite si les pays sont tous supposés se financer mutuellement. Personnellement, je considère qu'il y a un manque évident de dialogue franc sur ces sujets en Europe et les solutions proposées ne visent que le court terme.

 

Quelle est l'exposition de Swiss Re aux dettes souveraines européennes ?

Nous avons commencé très tôt à réduire notre exposition, notamment parce que ces actifs sont considérés comme risqués par le Swiss Solvency Test, l'équivalent suisse de Solvabilité 2. Aujourd'hui, à la fin du deuxième trimestre de l'année, nous détenons des actifs allemands, français et néerlandais. Nous ne sommes exposés ni à la Grèce ni à l'Italie.

 

Comment l'industrie peut-elle se prémunir de cette crise ?

Les assureurs et réassureurs doivent essayer de tenir compte de ces deux scénarios pour ne pas mettre en danger leur société. Outre la tempête dans la zone euro, les taux d'intérêt sont extrêmement bas et les marchés restent très volatils ; le contexte est donc très difficile pour le business, d'autant que les acteurs ont, pour beaucoup, déjà puisé dans leurs réserves. Sans parler de Solva 2... La période est donc complexe pour l'industrie, et tous ces facteurs mettent les tarifs sous pression.

 

Justement, un retournement de cycle était escompté par les réassureurs dès le début 2012. Pourtant les renouvellements depuis le début de l'année ne l'ont pas confirmé...

Les hausses ont été moins élevées qu'espéré. Nous sommes dans la même situation qu'avant le 11 septembre 2001, Certains estiment qu'il y a encore beaucoup de capital. Je suis loin d'en être aussi certain. Nombre d'observations s'appuient sur les derniers chiffres de croissance de capital selon GAAP ou IFRS. Or, l'augmentation est une conséquence artificielle de nos systèmes de comptabilité qui valorisent seulement les actifs à la valeur de marché. À mesure que les taux d'intérêt baissent, le capital comptable augmente. Or, dans la réalité des sociétés, actifs et passifs sont mis en correspondance et il n'y a pas de création de capital. Celui-ci disparaîtra dès lors que les taux réaugmenteront. Si vous écoutez les propos des CFO du secteur dans les publications trimestriels, il n'est pas question d'abondants capitaux excédentaires au-delà du niveau que les sociétés doivent détenir pour conserver leur notation S et P, par exemple.

 

Le contexte actuel vous amène-t-il à réviser votre politique de souscription ?

Les attentes des investisseurs sont très claires, et nous suivons une ligne stricte pour augmenter notre valeur économique, me-surée à l'aune de notre MCEV (market consistent embedded value). Depuis 2006, nous avons réduit nos volumes de primes jusqu'à 30 %, en nous désengageant des affaires non rentables. Nous continuons de souscrire toutes les branches ; c'est la raison d'être des réassureurs. Mais nous sélectionnons les affaires par les prix et la relation client. Ceci dit, l'évolution des tarifs varie selon les branches et secteurs. RC et accidents est dans une situation calme. L'inflation et la sinistrabilité sont faibles depuis un certain temps et des provisions ont été libérées, ce qui se traduit au final par une pression sur les prix. Nous observons les premiers signes de durcissement, mais il est encore incertain si cela suffira à compenser la faiblesse des rendements. L'aviation est atone. Dans l'immobilier, la situation est variable. Le segment cat' nat' est indiscutablement dans un marché plus dur après la série de catastrophes de 2011, et les capacités restent limitées pour les plus gros potentiels de catastrophes naturelles comme les ouragans aux États-Unis. De nouveaux modèles, telle la version 11 de RMS, alimenteront encore les pressions haussières.

 

Quels peuvent être les relais de croissance pour les réassureurs, et Swiss Re en particulier ?

Le développement de Swiss Re est lié à celui des assureurs. Or, en Amérique latine ou en Asie, l'assurance continue de se développer. La réassurance peut aider les assureurs en quête de capitaux au moyen de quote-part temporaire, de un ou deux ans, ou de couvertures de développements négatifs. L'innovation est également un axe fort de croissance. En réassurance vie, nous avons lancé des produits pour le risque de longévité, alors que jusqu'à présent nous étions sur le risque de mortalité. Nous avons aussi développé des transactions avec des fonds de pension et des assureurs. La santé est un marché à haut potentiel. Beaucoup d'États ont des systèmes rudimentaires, et ont besoin d'aide, en Asie notamment.

 

Le nom de Swiss Re a été mentionné, en tant qu'investisseur candidat à la reprise de Gan eurocourtage. Pourquoi étiez-vous intéressé ?

Notre groupe ne commente pas les rumeurs de marché.

Emploi

KAPIA RGI

DVELOPPEURS ANGULARJS H/F

Postuler

KAPIA RGI

CHEFS DE PROJETS Vie et/ou IARD H/F

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

Commentaires

Interview de Christian Mumenthaler, CEO réassurance de Swiss Re : « La crise dans la zone euro est extrêmement dangereuse »

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié